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27 février 2012

Kopimism

Stéphane Garelli nous livre une réflexion sur le copyright à l'ère du copier-coller.

Stéphane Garelli
Stéphane Garelli, professeur à l'Université de Lausanne et à l'IMD. (Photo: DR)

Non, ce n’est pas une faute d’orthographe… Le Kopimism est une religion fondée il y a deux ans et dont la croyance est que l’information est sacrée et que l’acte de copier l’est tout autant. Cette religion – reconnue officiellement par la loi suédoise (si!) – rassemble plus de 3000 membres. Les membres du Kopimism se réunissent régulièrement, physiquement ou sur internet, pour des moments de prière et de méditation. Leur credo: «Nous vénérons la valeur de l’information en la copiant», il fallait y penser…

Le Kopimism peut prêter à sourire: il n’est cependant que l’expression ubuesque d’un débat profond dans notre société: l’information est-elle du domaine public? Jusqu’où peut-elle être gratuite? Internet a ouvert une brèche avec plusieurs sites de téléchargement gratuit. Le plus célèbre, Megadownload, créé par l’inimitable Kim Dotcom, vient d’être fermé par le gouvernement américain. Il existe pourtant toute une génération qui estime avoir le droit à l’accès libre et gratuit à l’information et à la culture, sans tenir compte des copyrights.

D’autres sont plus nuancés. Le Parti pirate suisse estime que «le partage de copies dans un cadre non commercial ne devrait jamais être illégal». Son grand frère, le Parti pirate suédois, fondé en 2006, a recueilli 7,1% des voix aux dernières élections du Parlement européen; ce qui leur a valu deux sièges. Et puis, il y a le «faux gratuit».

Toujours en Suède, le premier journal gratuit a été lancé en 1992. Aujourd’hui 44 millions d’exemplaires sont distribués gratuitement dans 56 pays; en fait c’est la publicité qui paie le journal à la place des lecteurs…

Les Américains disent: «no free lunch»: quelque part il y a toujours quelqu’un qui paie l’addition. Il existe peu de choses réellement gratuites dans notre société.

Même Wikipédia, qui est une magnifique expérience intellectuelle, doit faire campagne pour recevoir des dons. Les religions aussi dépendent de la générosité publique sans laquelle elles ne survivent pas.

D’ailleurs, je viens aujourd’hui d’essayer d’entrer sur le site internet de Kopimism: plus rien… peut-être se sont-ils tous évaporés dans les cieux bienheureux de la gratuité?