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20 février 2012

Influençable, mon enfant?

Bêtises ou gros mots, vient un âge où les bambins rentrent régulièrement de la crèche ou de l’école avec dans leur sacoche des mauvaises habitudes héritées des copains. Un passage obligé affirment les spécialistes de l’éducation.

Deux jeunes garçons assis face à face près de la fenêtre
Plus les années passent, plus le regard des pairs comptera pour l'enfant. (Photo: Plainpicture/Johner)

Inévitable! Cette étape bénie des parents durant laquelle Junior enrichit son vocabulaire de mots plus ou moins fleuris – qu’on s’est pourtant efforcé de ne jamais prononcer en sa compagnie. Durant laquelle on assiste, presque impuissant, à une débauche d’inventivité lorsqu’il s’agit de désobéir aux règles, de défier l’autorité, de transgresser les interdits. Durant laquelle il subit, jour après jour, l’emprise de ses camarades d’école ou même de garderie.

«L’homme est un être influençable, confirme Danièle Mügeli Ardia, psychologue et psychothérapeute FSP à Yverdon. Mais ce phénomène est loin d’être négatif. Le milieu familial et social dans lequel il évolue prend une place très importante dans la construction de son identité, et ce, dès le plus jeune âge.» Si, à l’aube de sa vie, l’enfant n’a d’yeux que pour ses parents, il se tournera ensuite peu à peu vers ses pairs, d’où cette tendance à répéter bêtises et gros mots...

Mais commençons par le commencement. Le bébé lui-même n’a de cesse d’imiter sa maman. Elle lui sourit? Il lui répond en jouant des zygomatiques. «Ça le rassure: face à une mère qui lui répète des gestes, des mimiques, des expériences, il pose ses repères, il établit une certaine stabilité qui le tranquillise. Nous avons tous besoin de nous sentir en sécurité.»

Lorsque les parents perdent leur statut de tout-puissants

Peu à peu cependant, à mesure qu’il grandit, l’enfant réalise que sa génitrice ne peut pas apaiser toutes ses tensions, que ses parents ne sont pas tout-puissants. «Cela peut être un réel choc pour lui, souligne Danièle Mügeli Ardia. Il va alors partir en quête d’autres réponses, d’autres modèles. Et c’est vers 5-6 ans que ses copains vont prendre davantage d’importance. Ses parents ne sont plus l’unique référence.» Parallèlement, explique encore la psychologue, le petit accède à une nouvelle aire de liberté: il prend conscience qu’il peut avoir ses propres secrets et, de manière générale, qu’il a un monde intérieur.

Nouveau plaisir donc, et surtout plaisir partagé. «Les enfants atteignent cette étape en même temps et le fait d’être à plusieurs les aide à expérimenter des comportements de transgression. Ils découvrent le plaisir de faire des bêtises ensemble et lorsque l’un d’eux ose lâcher un gros mot, ses camarades, forts de cette audace, n’hésiteront pas à le répéter. C’est l’effet boule de neige.»

Danièle Mègeli Ardia, psychologue et psychothérapeute FSP: C'est vers 5-6- ans que les copains vont prendre davantage d'importance. (Photo: Keystone/LAIF/A. Morascher)
Danièle Mügeli Ardia, psychologue et psychothérapeute FSP: "C'est vers 5-6- ans que les copains vont prendre davantage d'importance." (Photo: Keystone/LAIF/A. Morascher)

Les années passant, le regard des pairs prendra de plus en plus d’importance. «Sur le plan de l’espèce, l’homme a l’instinct grégaire et sa survie dépend de l’appartenance à une communauté, rappelle Danièle Mügeli Ardia. Sur le plan psychologique, l’individu a besoin de se reconnaître dans le regard de l’autre, de développer un sentiment d’appartenance. Si le destin de l’enfant est de grandir et de quitter ses parents, ce n’est pas pour se retrouver seul: d’une manière ou d’une autre, il intégrera forcément un autre groupe.»

Comment, dès lors, éviter à son enfant de perdre son individualité dans la masse? «Si un petit est encouragé à donner son avis dès le plus jeune âge, s’il se sent écouté, si ses parents valorisent son monde intérieur, il aura plus de facilité à conserver quoi qu’il arrive ses propres opinions, même au sein d’un groupe. Dans le cas inverse, il sera peut-être dans l’idée que pour être aimé, il doit penser comme les autres.»

Le rôle des parents: poser des limites et rester à l’écoute

Et comment réagir lorsque le vocabulaire de son rejeton laisse vraiment à désirer ou qu’il multiplie les bêtises? «Il s’agit de poser les limites, tout en cherchant à comprendre ce qui pousse l’enfant à transgresser les règles. Il faut par ailleurs être attentif à ce qu’il ne se mette pas en danger.»

Autre mise en garde de la spécialiste: même si à une période de leur développement les enfants semblent ne plus accorder aucune importance à leurs géniteurs, même si leurs copains semblent prendre toute la place, l’attachement aux parents reste fondamental, de même que le besoin de se sentir reconnus par eux. «Beaucoup de pères et de mères perdent cela de vue, ont l’impression qu’ils n’ont plus d’importance aux yeux de leur petit: c’est faux. Ils doivent continuer à manifester leur intérêt, l’enfant en a besoin.»

N’oublions pas enfin l’influence positive que peuvent exercer les enfants les uns sur les autres: «On constate parfois un phénomène d’émulation, notamment pour les activités extra-scolaires. Le petit va se dire: si elle peut jouer du piano, s’il peut faire du foot, s’ils se mettent au dessin, alors pourquoi pas moi...»

Et à l’adolescence?

Jusqu’où est-il prêt à aller pour avoir le sentiment d’appartenir à un groupe? Voilà une question qui taraude bon nombre de parents d’adolescents. Pour répondre à leurs inquiétudes, Addiction Suisse a publié en 2010 une lettre d’information intitulée «Tous les autres le font. L’influence, les fréquentations et les consommations.»

Les conseils dispensés:

  • Incitez votre enfant à inviter ses copains à la maison, sans pour autant faire ami-ami avec eux: vous apprendrez ainsi à les connaître et pourrez vous forger votre propre opinion.
  • Faites attention aux critiques. Si les amis de votre ado ne vous plaisent pas, ne lui dites pas: «Je n’aime pas Jean», mais plutôt: «Je n’apprécie pas que Jean fasse ceci ou cela».
  • Encouragez les comportements positifs:n’hésitez pas à offrir une aide financière ou logistique (transport en voiture) lorsque votre enfant prévoit une sortie avec ses amis (sport, groupe associatif, ­cinéma, etc.).
  • Acceptez que votre enfant ait son jardin secret:soyez à l’écoute, intéressez-vous à lui, sans le contraindre à parler de sujets qu’il préfère évoquer avec ses amis.
  • Aidez-le à forger sa propre opinion:en développant son sens critique, il fera mieux face aux pressions extérieures.
  • Faites part de vos propres expériences face à la pression et à l’influence du groupe: parler de vos propres difficultés peut aider votre enfant à évoquer les siennes.
  • Ne dites pas oui uniquement parce que les autres le font: votre enfant doit apprendre que les règles peuvent être différentes d’une famille à l’autre.

Auteur: Tania Araman