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6 février 2012

Accompagner un parent à l’hiver de sa vie

Irène Rossier a laissé tomber ses projets de retraite afin d’aider sa mère de 83 ans, dont les forces déclinent gentiment… Un choix de vie que cette ancienne infirmière ne regrette pas.

Irène Rossier
Irène Rossier n'a pas hésité un instant à retourner vivre à Fribourg pour se rapprocher de sa mère.

L’allongement de notre espérance de vie et la politique actuelle visant au maintien à domicile de nos aînés font que de plus en plus de personnes dans nos sociétés deviennent ce qu’on appelle en jargon médico-social des proches aidants. C’est-à-dire des hommes et des femmes – ça pourrait être un jour vous ou moi! – qui s’engagent pour une durée indéterminée à prendre soin d’un parent, ami ou voisin atteint dans sa santé ou simplement âgé.

Pour Irène Rossier, sexagénaire au regard doux et aux gestes mesurés, aider sa mère de 83 ans s’est un peu imposé comme une évidence. «J’ai éprouvé la nécessité de me rapprocher de ma famille en général et de ma maman en particulier, de profiter avec elle des belles années qui lui restent.» Pourtant, au printemps passé encore, cette ancienne infirmière-assistante et éducatrice n’imaginait pas qu’elle se lancerait dans pareille entreprise…

«J’ai arrêté de travailler le 30 avril. J’avais 62 ans. Cette préretraite, je la préparais depuis trois ans et je pensais en profiter pour réaliser quelques rêves de jeune fille, tout en continuant à vivre au bord du Léman.» Il en ira finalement tout autrement. «Au début de l’été, je suis allée m’occuper de maman parce que ma plus jeune sœur, qui partait en vacances, ne pouvait momentanément plus lui rendre visite. C’est comme ça que tout a démarré!»

Par altruisme et amour plus que par obligation, elle décide alors de consacrer davantage de temps à sa génitrice. Pour la soutenir et lui prêter main-forte bien entendu, mais également pour soulager sa cadette et son frère, lui aussi embarqué dans cette aventure. Le 1er novembre, elle quitte Lausanne pour s’installer à Fribourg, sa ville natale. «Je n’habite pas avec ma mère. J’ai mon propre logement. C’est important pour garder la bonne distance, pour ne pas se laisser envahir ou envahir l’autre, pour éviter que ne s’installe une relation fusionnelle.» 4,6 km exactement les séparent.

Tout s’est déroulé naturellement

Irène Rossier fait le trajet en bus plusieurs fois par semaine. «Mardi, mercredi et jeudi, je mange avec maman à midi et on passe ensuite l’après-midi et la soirée ensemble. J’y retourne samedi en fin de journée. Enfin, dimanche, elle cuisine pour mon frère et moi.» Un véritable sacerdoce! «Non, non, c’est naturel ce que nous faisons les uns pour les autres, ce n’est pas un sacrifice, nous donnons beaucoup mais nous recevons beaucoup aussi.»

A partir d'un certain âge, la situation s'inverse et les enfants deviennent responsables de leurs parents. (Photo: Istockphoto)
A partir d'un certain âge, la situation s'inverse et les enfants deviennent responsables de leurs parents. (Photo: Istockphoto)

Si elle assure une présence soutenue, cette femme n’intervient en revanche dans le quotidien de sa mère qu’avec des gants. «L’essentiel, c’est de ne pas trop la bousculer, de la respecter, de ne pas l’étouffer ni de la blesser en lui donnant l’impression d’être inutile. Je me contente d’apporter des repas équilibrés pour qu’elle se nourrisse sainement et d’effectuer de menus rangements avec son consentement.» «Notre relation est saine, poursuit notre interlocutrice. J’ai appris à dire non si quelque chose ne me convenait pas et maman sait aussi que j’ai besoin de certains jours pour moi.»

Parce que entourer un parent fatigue et peut même épuiser à la longue; il est donc nécessaire d’avoir des moments à soi pour recharger ses batteries. «Je me ressource notamment par le biais de la musique. Je fais partie d’un petit ensemble amateur et féminin de gospel basé à Lausanne.»

Aujourd’hui, après quelques mois d’expérience, Irène Rossier tire un bilan très positif de cet accompagnement. «Le fait que la famille se soit resserrée autour d’elle lui procure du plaisir et de la joie, elle a de nouveau de petits projets comme recevoir des gens à sa table, ça l’a vraiment remise sur les rails!» Et vous? «Je crois que mes pas m’ont guidée au bon endroit, je pense que c’est ce que j’avais de mieux à faire pour ne pas avoir de regrets plus tard. Et puis, je redécouvre ma maman, je suis plus proche d’elle que jamais je ne l’ai été auparavant.»

Photographe: Pierre-Yves Massot /Arkive