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22 septembre 2014

Isabelle Carruzzo, la reine des champignons

Pieds bleus, amanites, chanterelles, grands toxiques ou comestibles, ils n’ont aucun secret pour elle. Passionnée et généreuse, la Valaisanne Isabelle Carruzzo sillonne les forêts en quête des espèces les plus goûteuses mais aussi des plus rares.

«Je prends toujours une ou deux boîtes en plastique pour les espèces plus fragiles en plus de mon panier. Il est aussi recommandé d’avoir un autre sac où mettre les espèces non comestibles. Car il suffit d’un champignon toxique pour contaminer l’entier de la récolte... Et puis, je ne pars jamais sans mon chapeau. Il me protège des tiques.»
Isabelle Carruzzo: Je prends toujours une ou deux boîtes en plastique pour les espèces les plus fragiles en plus de mon panier. Il est aussi recommandé d'avoir un autre sac où mettre les espèces non comestibles. Car il suffit d'un champignon toxique pour contaminer l'entier de la récolte...

«Regardez là-bas! Ça, c’est une espèce très intéressante.» Sous le parterre de feuilles orangées, on distingue au loin une petite pointe blanche qui perce timidement, Nul doute que sans Isabelle Carruzzo, on ne l’aurait même pas remarquée. Mais voilà, nous sommes en compagnie d’une experte des plus pointues, une aficionada du chapeau qu’aucune pente ni ravin n’arrête. A peine le temps de localiser le végétal que notre champignonneuse revient nous le présenter loupe à la main: «Si vous regardez bien, vous verrez que son pied est strié, C’est un mycena non comestible typique, le genre de sujet que je ramène pour l’étudier», dit-elle en refermant sa précieuse trouvaille dans une boîte en plastique.

Contrôleuse officielle à Chamoson (VS) où elle réside, voilà une quinzaine d’années que cette amoureuse de la nature a «attrapé le virus», A l’époque, elle est une des rares femmes à intégrer ce monde réservé aux hommes, à l’instar de la chasse qu’elle pratique en haute montagne. Depuis, elle sillonne les forêts de feuillus et de bois mêlés en compagnie de «Flo», son setter gordon de 4 ans, en quête de chanterelles (d’automne, qu’elle adore), mais aussi d’espèces plus rares. C’est sûr, Isabelle Carruzzo ne rentre jamais bredouille: «Je découvre toujours de nouvelles espèces. Cette année, je suis tombée sur des chanterelles blanches!»

7h30: Ciel, dis-moi tout

Isabelle Carruzzo à la recherche de chanterelles d'automne.
Isabelle Carruzzo à la recherche de chanterelles d'automne.

«Après trois ou quatre jours à 24-27 degrés, il n’y a souvent pas grand- chose, même s’il a plu durant la nuit. Ici, le sol est calcaire et l’on trouve beaucoup de chanterelles d’automne.»

10h: Secrets partagés

Lorsqu'Isabelle Carruzzo fait une bonne récolte, elle laisse toujours des champignons pour les autres.
Lorsqu'Isabelle Carruzzo fait une bonne récolte, elle laisse toujours des champignons pour les autres.

«Le sentier des feuilles, au-dessus de Chamoson, est un endroit où je viens souvent. La tradition veut qu’on ne dévoile pas ses coins, mais je ne suis pas comme ça. Et quand j’en trouve un beau, je laisse toujours quelques champignons pour les autres.»

Ma loupe

La champignonneuse ne sort jamais sans sa loupe.
La champignonneuse ne sort jamais sans sa loupe.

«Je l’ai toujours sur moi. Elle me permet d’étudier les champignons sur le terrain, mais aussi le soir quand je rentre à la maison. On y voit toutes sortes de détails invisibles à l’œil nu qui permettent d’identifier l’espèce.»

14h: Festival de chanterelles

Isabelle aime les chanterelles revenues à la poêle avec de l’oignon, du vin, du bouillon, un peu de crème et servies avec des tagliatelles.
Isabelle aime les chanterelles revenues à la poêle avec de l’oignon, du vin, du bouillon, un peu de crème et servies avec des tagliatelles.

«Ce sont des chanterelles d’automne, plus parfumées que celles d’été. Je les aime revenues à la poêle avec de l’oignon, du vin, du bouillon, un peu de crème et servies avec des tagliatelles. Pour bien les digérer, il faut veiller à bien les cuire, environ quinze à vingt minutes.»

16h: Grand nettoyage

Nettoyage: l’important est de ne pas mouiller le champignon.
Nettoyage: l’important est de ne pas mouiller le champignon.

«Ceux-là ne sont pas difficiles à nettoyer, mais les chanterelles, c’est une autre histoire! L’important est de ne pas mouiller le champignon. On prend un pinceau humidifié que l’on passe sur le chapeau et on enlève la terre du pied au couteau.»

19h: En boîte

Séchés, les bolets et les chanterelles révèlent vraiment tout leur parfum.
Séchés, les bolets et les chanterelles révèlent vraiment tout leur parfum.

«J’aime les champignons sous toutes leurs formes! Mais séchés, les bolets et les chanterelles révèlent vraiment tout leur parfum.»

21h: Mon carnet de route

Un carnet de route richement illustré.
Un carnet de route richement illustré.

«J’ai toujours aimé dessiner. Quand je ramène une espèce que je ne connais pas, je la reporte dans mon carnet, cela me permet de les mémoriser. Je note aussi les coins où j’ai trouvé tel ou tel champignon et l’année.»

Découverte...

«Des cortinaires praestens! Je suis contente car il s’agit d’un bon comestible qui n’est pas très courant. J’avais repéré ce coin il y a deux jours et je me demandais s’ils seraient encore là. Pour trouver des champignons, il faut s’éloigner des sentiers.»

© Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Christophe Chammartin