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19 octobre 2015

Jeux de lumière entre lac et montagne

Entre Interlaken et Iseltwald, une balade paisible et de toute beauté mène de maisons en bois historiques à un bout du monde surgi du passé. Avec des variantes de marche, bus ou bateau qui devraient mettre tout le monde d’accord.

Les rives de l’Aar, juste derrière la gare d’Interlaken Ost. 
Le sentier est très apprécié par les promeneurs en été.
Les rives de l’Aar, juste derrière la gare d’Interlaken Ost. 
Le sentier est très apprécié par les promeneurs en été.

«La balade va être magnifique, car il fait grand beau», prédit en souriant Sandrina Glaser, représentante de l’Office du tourisme, en nous accueillant à la gare d’Interlaken Ost (BE). Direction les bords de l’Aar, juste derrière la gare. «Interlaken est un lieu de passage, qui permet de partir dans toutes les directions pour de nombreuses randonnées et activités», nous explique Sandra Kaiser, passée il y a huit ans de son métier de restauratrice d’art à celui de guide tout aussi passionnée d’histoire. Nous nous engageons à droite, sur un petit sentier gravillonné qui longe fleuve et roseaux. «C’est un chemin agréable et facile, très prisé en été. On peut même le parcourir à vélo ou avec une poussette, c’est très pratique pour les familles», souligne notre accompagnatrice, qui nous désigne la petite route goudronnée sur notre droite.

Le lac de Brienz et son panorama de carte postale.
Le lac de Brienz et son panorama de carte postale.

Plus haut, une tour ceinturée d’échafaudages: la ruine de l’église de Goldswil, construite par le couvent d’Interlaken au XIe siècle. «A l’époque, il n’existait que la vieille ville d’Unterseen et un cloître, par ici. Des champs occupaient tout le reste de la région.» C’est autour de 1800 qu’Interlaken a commencé à se développer dans le tourisme. D’abord avec l’arrivée des Allemands, désireux de découvrir la montagne tant louée par Goethe en 1779, puis avec les Anglais bien décidés, eux, à affronter les sommets.

Une vue de carte postale

Tout en devisant, nous voici arrivés à l’embouchure. Devant nous, les eaux turquoise si typiques du lac de Brienz et un premier aperçu miroitant du splendide panorama. Nous partons sur la droite pour longer la plaine. Au loin, perchée sur une colline à gauche, la majestueuse ruine du château de Ringgenberg, flanquée de l’église protestante du village, tous deux construits au XIIIe siècle par le comte Cuno von Brienz. Nous passons sous un tunnel de noisetiers et longeons deux étangs aux mille reflets. Plus loin, à droite, un petit camping idéalement situé. Puis, à gauche, la piscine de Bönigen.

Un quartier d’autrefois

Nous traversons le pont au-dessus de la Lütschine: «Elle a l’air paisible et inoffensive, n’est-ce pas? Mais en 2003 et en 2005, il a tellement plu qu’elle est sortie de son lit et a noyé la plaine sous deux mètres d’eau, en emportant des ponts sur son passage.» Juste à gauche, une grande plage où les promeneurs rêvent face aux flots calmes. «On appelle la région “Bödeli”, car le sol est plat, dessiné par le limon des rivières. Il y a 10 '000 ans, un lac glaciaire s’étendait de Meiringen à Berne. Il s’est retiré peu à peu, en créant les lacs de Thoune et Brienz et un espace tout plat entre deux. C’est pour cela qu’Interlaken a pris ce nom, car la ville se situe entre deux lacs.»

Le village de Bönigen et ses maisons en bois d’époque.
Le village de Bönigen et ses maisons en bois d’époque.

Après le petit port de Bönigen, on longe le quai avant de partir à droite jusqu’à l’école. Là, on traverse la route pour s’enfoncer dans le vieux quartier du village. On suit alors les flèches du «Rundweg» pour découvrir les superbes maisons et greniers en bois datant du XIVe au XIXe siècle. Façades peintes, masques grimaçants sculptés dans les poutres, fleurs à foison dans les jardins: cela vaut la peine de tourner autour de chaque construction pour en admirer tous les détails. «Au fil des siècles, beaucoup de maisons semblables ont été détruites par des incendies à Brienz et dans les villages environnants. Mais Bönigen a été miraculeusement épargné et ces maisons sont un précieux témoignage de l’histoire de la région.»

Comme au bout du monde

Il est temps de retourner au port pour prendre le bateau – on peut aussi continuer la balade à pied, mais en longeant une route, ou prendre le bus. Direction: Iseltwald (BE), unique village construit contre l’abrupte paroi rocheuse sur la rive gauche du lac. Dans ce joli coin paisible, quelques maisons de vacances côtoient dorénavant les anciens chalets décorés. Mais on découvre au détour de chaque ruelle une trace du temps passé, comme ce panneau récapitulatif des symboles dont étaient ornés les outils des habitants. «Cela permettait d’éviter les bagarres en fin de journée, explique notre guide en riant. C’est également un recensement intéressant des familles qui habitaient le village à l’origine.» Iseltwald étant construit autour d’une baie, on longe le quai côté montagne pour bénéficier d’une vue intéressante, donnant à la fois sur le splendide château du Seeburg, construit au bout de la presqu’île en 1907, ainsi que sur la rive d’en face et la minuscule «île de l’escargot». Cette dernière, propriété du Seeburg, se pare de grands arbres qui flamboient en automne et abrite une minuscule chapelle.

Le château du Seeburg, construit au bout de la presqu’île en 1907.
Le château du Seeburg, construit au bout de la presqu’île en 1907.

La balade peut se poursuivre en reliant Iseltwald à Giessbach, le long d’un petit sentier qui serpente durant une heure et demie au-dessus du lac. Les promeneurs pourront alors emprunter le funiculaire privé du Grandhôtel Giessbach. Et aller déguster un thé ou café bien mérité en admirant la vue extraordinaire dont on bénéficie au sommet, avant de reprendre le bateau pour rentrer à Interlaken.

Pour notre part, nous préférons profiter de la lumière dorée nimbant le lac et reprenons le bateau. «Savez-vous qu’à l’époque, c’étaient des batelières qui transportaient les gens? L’une des plus célèbres fut Elisabeth Grossmann, qui vécut de 1795 à 1858 et qui était nommée “la belle batelière de Brienz”. Les hommes étaient très admiratifs de ces femmes musclées et intrépides, et il y a eu beaucoup d’histoires d’amour…»

Iseltwald s’éloigne dans une brume légère. Et les échos du passé résonnant encore à nos oreilles, les touristes campés à la poupe du bateau, caméra au poing, nous semblent soudain totalement anachroniques.

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Raffael Waldner