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24 mars 2014

Le bovon de X

Jacques-Etienne Bovard à propos d'une particule qui engendre le bonheur.

Jacques-Etienne Bovard, professeur et écrivain
Jacques-Etienne Bovard, professeur et écrivain.

Naturellement, vous connaissez le boson de Higgs, appelé aussi «particule de Dieu»: ce constituant fondamental de l’univers explique «la brisure de l’interaction unifiée électrofaible» (Wikipedia), et donc, cela va de soi, pourquoi certaines particules ont une masse et d’autres non. Un prix Nobel de physique n’a que trop justement couronné la démonstration de son existence l’an passé à Genève.

Eh bien, il se trouve que moi aussi, j’ai eu l’intuition d’une particule capitale, dont je souhaite, à ce stade déjà et en toute humilité, réserver le nom: il s’agit du futur fameux bovon de X, qui engendre quant à lui la «non-brisure de l’interaction humaine forte».

Je m’explique. Ne percevez-vous jamais le puissant magnétisme dont rayonnent certains êtres (X), qui, si cosmico-crépusculaires que soient les circonstances ou entourages où vous êtes, ont le pouvoir, d’un simple mot, d’un bref sourire, par leur seule apparition parfois, de vous faire entrevoir un rayon de soleil, voire de vous soulever en plein ciel bleu? C’est l’effet du bovon. Vous croisez X dans le couloir morne, «eh tchô, ça va?», il est déjà loin, mais votre journée s’est illuminée, inexplicablement; un internaute X perd son temps à vous télé-réparer votre ordi, contradictoirement à tous les principes de l’égoïsme pressé, et vous voilà regorgeant de foi en l’humanité; X vous dit «je t’aime», et vous rejoignez le big bang. Le bovon!

Cousin du boson, qui permet à l’atome d’exister (on simplifie légèrement), le bovon permet donc à l’homme de coexister, et même de ressentir de l’agrément, voire du bonheur à la fréquentation d’autrui, dans une intensité vibratoire qui conjugue toutes les affinités possibles, du frêle début de sympathie à l’amour fou. Or, dans ce flux créateur qui traverse l’univers humain, certains spécimens, qui extérieurement ne paient souvent pas de mine, irradient plus que les autres, capables non seulement de répandre un surplus de bovons autour d’eux, mais de faire entrer les nôtres en résonance, comme si nous étions violons, et qu’un virtuose se mît à nous jouer.

C’est sur ces X que se portera désormais la totalité de mes travaux d’expérimentation. C’est en leur faveur, bien sûr, que je solliciterai à mon tour la juste récompense du Nobel pour mon bovon. Il sera d’ailleurs permis de l’appeler aussi «particule de l’Ange».

© Migros Magazine – Jacques-Etienne Bovard

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Auteur: Jacques-Etienne Bovard