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19 décembre 2011

Jamais la nature 
n’a été aussi belle

Pour protéger sa faune et sa flore exceptionnelles, le Costa Rica a classé 
plus d’un quart de son territoire en parcs nationaux et réserves. Là, volcans actifs, plages paradisiaques et jungle luxuriante attendent les amoureux de paysages intacts.

Volcan de l'Arenal
A nouveau quotidiennement actif depuis 1968, le volcan de l'Arenal offre un spectacle saissisant.

La scène peut paraître anecdotique. Elle est pourtant révélatrice. Au bord d’une piscine d’un hôtel chic du Costa Rica, surplombant le Pacifique, un couple marié depuis quelques minutes se laisse immortaliser par un photographe. Or, il pleut à verse – déstructurant peu à peu la voluptueuse robe blanche de la mariée. Pourtant, les grosses gouttes chaudes et régulières ne gênent aucunement les amoureux. Dans ce petit pays d’Amérique centrale en effet, on vit en harmonie avec les instabilités du ciel.

Il faut dire que les précipitations, généreuses entre mai et novembre, offrent au Costa Rica une nature luxuriante se déclinant en un éblouissant camaïeu de verts. Quant à sa situation géographique, à la rencontre des zones d’influence des océans Atlantique et Pacifique, elle a permis la cohabitation d’un très grand nombre d’espèces animales. On estime ainsi que cet Etat à peine plus grand que la Suisse présente une biodiversité supérieure à celles des Etats-Unis et de l’Europe réunies. Rien de moins.

Conscient de cette incroyable richesse, le Costa Rica a commencé à protéger, dès les années 1970, des forêts menacées de disparition. Aujourd’hui, plus d’un quart du territoire est classé en parcs nationaux et réserves, et le pays tente de favoriser un tourisme écoresponsable.

Comme beaucoup de visiteurs atterrissant à San José, nous décidons donc de quitter au plus vite la capitale et ses routes surchargées pour aller explorer les merveilles naturelles du pays.

L’accès au parc national Manuel Antonio se fait notamment par bateau.
L’accès au parc national Manuel Antonio se fait notamment par bateau.

Cap sur le parc national de l’Arenal

Après avoir traversé une mystérieuse forêt de nuages où une brume permanente s’accroche aux branchages, puis longé des cultures d’ananas, de noix de coco, de papaye et rencontré des iguanes au bord de la route, nous arrivons à La Fortuna dont le parc national de l’Arenal attire des touristes toujours plus nombreux.

Pas besoin d’y entrer toutefois pour admirer celui que tout le monde vient voir: un volcan culminant à 1600 mètres. A nouveau actif depuis 1968, ce cône parfait éternue quasiment chaque jour libérant quelques fumerolles, voire une coulée de lave. Pour autant que la montagne de feu ne soit pas dissimulée par des nuages, le spectacle est saisissant.

Les côtes de l’océan Pacifique, ici à Manuel Antonio, sont restées très sauvages.
Les côtes de l’océan Pacifique, ici à Manuel Antonio, sont restées très sauvages.

Jouxtant le parc, plusieurs réserves proposent différentes activités: promenade à cheval, tyrolienne, rafting. Nous choisissons d’aller tutoyer la canopée de la forêt privée Puentes Colgantes del Arenal grâce à un ingénieux système de quinze ponts suspendus amenant le visiteur jusqu’au sommet des arbres culminant parfois à 60 mètres. L’occasion d’observer de près une cinquantaine d’espèces d’oiseaux répertoriées ici, dont le très rare jacamar à queue rousse.

De retour au niveau du sol, Sergio, notre guide, ne manque pas de nous expliquer le fonctionnement du palmier marcheur, capable de se déplacer grâce à ses racines en échasses pour aller chercher la lumière, ou les horaires des fourmis Atta transportant de volumineux morceaux de feuilles: «Elles travaillent 24 heures sur 24 et ne marquent une pause que s’il pleut.»

Des plages de sable blanc

Délaissant les terres volcaniques, nous prenons le chemin du sud. Sur la côte pacifique, le parc Manuel Antonio fait le bonheur des familles costariciennes.

Les plages du parc national Manuel Antonio invitent à la détente et à la baignade.
Les plages du parc national Manuel Antonio invitent à la détente et à la baignade.

Et si la majorité des visiteurs empruntent le large chemin qui mène à la plage de sable blanc sur laquelle ratons laveurs, coatis et capucins à face blanche n’hésitent plus à aller fouiller dans les sacs des visiteurs en train de se baigner, il vaut la peine, malgré la chaleur et un taux d’humidité avoisinant les 90%, de prendre les sentiers de traverse, dont celui qui grimpe jusqu’à un point de vue embrassant toute la baie.

Une randonnée dans le parc national du Corcovado constitue une expérience ultime pour beaucoup de touristes.
Une randonnée dans le parc national du Corcovado constitue une expérience ultime pour beaucoup de touristes.

Une incroyable faune en chemin

Encore plus au sud, le parc du Corcovado, lui, se mérite et constitue pour beaucoup de touristes une expérience ultime. Les lodges situés à San Pedrillo, son entrée ouest, ne sont accessibles que par bateau, ou plutôt par barque. Tant mieux. Le début de la croisière se déroule sur le rio Sierpe aux élégants méandres. De temps à autre, Roberto, le capitaine, s’arrête afin que la dizaine de touristes embarqués puissent observer un alligator dormant sur la berge ou des boas constrictors suspendus à des branches. Plus loin, c’est la mangrove qu’il faut traverser et son incroyable entrelacs de racines fantomatiques. Une fois arrivés à l’embouchure du fleuve, le périple continue dans l’océan malgré une mer agitée. A bâbord, la côte sauvage n’a pas changé depuis le temps des conquistadors. A tribord, l’Isla del Caño, petit morceau de forêt vierge posé à quinze kilomètres du rivage, est lui aussi une réserve. On y vient essentiellement pour faire de la plongée.

Le logde Casa Corcovado offre tout le confort d’un hôtel de premier ordre – au cœur de la jungle.
Le logde Casa Corcovado offre tout le confort d’un hôtel de premier ordre – au cœur de la jungle.

«Les baleines viennent ici dès le mois de décembre avec leurs petits, et nous avons des dauphins en résidence», explique Jacqueline, la guide du Casa Corcovado Jungle Lodge, lorsque nous arrivons dans ce qui sera notre futur camp de base.

Construit en pleine jungle, à six heures de marche du premier village, cet hôtel extraordinaire rapproche forcément les hôtes entre eux. C’est donc avec deux couples de Britanniques que nous décidons d’explorer la jungle de bonne heure le lendemain matin.

L'iguane est un animal un peu farouche.
L'iguane est un animal un peu farouche.

Mais attention, la présence d’un guide est ici fortement recommandée. Il en va de même des bottes en caoutchouc (fournies par l’hôtel) qui permettent de fouler les sentiers détrempés et protègent des tiques ou des morsures de reptiles. «Avancez silencieusement afin de ne pas faire fuir les animaux et surtout regardez toujours où vous mettez les pieds», avertit Jacqueline.

Et comme pour illustrer ses dires, à peine quelques minutes plus tard, nous voici face à une vipère fer-de-lance lovée au milieu du chemin. «Splendide, lance Thomas, un alerte septuagénaire londonien. Vous l’avez placée là hier soir?»

Après l’avoir délogée avec un long bâton, nous continuons notre route à pas feutrés. Il fait très sombre, et les cris des singes hurleurs ne lassent pas d’impressionner le néophyte. Tout comme ces rideaux de lianes qu’il faut franchir ou ce tronc mort géant dans lequel nous pénétrons pour réveiller quelques chauves-souris. Plus loin, la forêt s’éclaircit, et nous traversons à gué une rivière, avant de nous y baigner, non loin d’un héron-tigre en train de pêcher et d’une seconde vipère fer-de-lance, heureusement assoupie.

Le parc national Manuel Antonio accueille une grande colonie de capucins à face blanche.
Le parc national Manuel Antonio accueille une grande colonie de capucins à face blanche.

Sur le chemin du retour, le long de l’océan, paresseux, coucou à longue queue, faucon et pélican nous saluent. De même qu’un tapir. Et le soir, lorsque tous les hôtes sont réunis sur un promontoire pour observer le coucher du soleil sur le Pacifique, une phrase entendue quelques jours plus tôt nous revient à l’esprit. «Il y a beaucoup de belles choses dans le monde, mais je suis sûr que vous reviendrez ici», avait lancé un guide. En repensant à ce couple d’aras rouges volant au-dessus de nos têtes, à ce toucan au bec jaune vif observé depuis une chambre d’hôtel ou à ce morpho bleu, un papillon géant tournoyant autour de nous, il devient soudain clair qu’il n’y avait pas dans ces dires de la forfanterie, mais simplement une prémonition. Car oui, nous reviendrons.

Auteur: Pierre Wuthrich

Photographe: Marc Antoine Messer