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23 juin 2014

James Blunt: «Le Paléo est l’un des plus beaux festivals au monde»

Peu avant son concert à Nyon le 26 juillet, James Blunt évoque les critiques dont il est la cible, revient sur son expérience dans l’armée britannique et dit pourquoi il se sent chez lui à Verbier.

Portrait de James Blunt
«Les vrais héros d’aujourd’hui, 
ce sont les médecins, les enseignants ou encore les travailleurs humanitaires.» Photo: Bulls / News International.

James Blunt, votre compte Twitter rappelle que vous avez enregistré un énorme tube, décroché cinq nominations aux Grammy Awards et vendu 20 millions de disques. Comment gérez-vous un tel succès?

Je twitte seulement pour m’amuser. Mais je reconnais qu’en ce moment j’ai de quoi me réjouir: je suis en tournée à l’occasion de la sortie de mon quatrième album, Moon Landing. J’ai écrit le titre Bonfire Heart dans le bus avec mon ami Ryan Tedder, du groupe One Republic, entre deux concerts. C’est génial de pouvoir entendre la chanson à la radio et de recevoir tant de réactions positives. Je suis particulièrement fier que l’on apprécie ma musique en Suisse. Après tout, c’est mon pays d’adoption!

Vous possédez une maison à Ibiza et un chalet à Verbier. Où vous sentez-vous le mieux?

En réalité, je vis en Suisse. Je raffole du ski, des montagnes et de la nature. J’essaie de passer le plus de temps possible à Verbier, mais en été, j’aime profiter de l’air méditerranéen d’Ibiza.

Etes-vous souvent chez vous?

Sur les dix dernières années, j’ai été huit ans en tournée. Au total, je n’ai pu me poser réellement qu’un an environ.

Vous avez dit un jour vouloir devenir suisse. Est-ce toujours le cas?

Je ne l’ai jamais formulé de cette manière, je pense que cela serait mal compris. Et je doute que l’on m’accorde la nationalité de toute façon. Je me contente de mon statut actuel. Verbier est ma ville d’adoption, et j’ai de la chance de pouvoir y vivre.

James Blunt photographié en 2007 à Verbier. (photo Keystone)
James Blunt photographié en 2007 à Verbier. (photo Keystone)

Vous y possédez même un restaurant…

Je viens d’ouvrir une enseigne baptisée La Vache, un endroit génial qui a reçu un accueil très chaleureux de la part des habitants.

D’où vient le nom de votre dernier album, Moon Landing?

La naissance de cet album est un retour aux sources. J’ai écrit beaucoup de chansons très personnelles, probablement les plus fortes de mon répertoire. Pour raconter mon histoire, je suis parti retrouver Tom Rothrock, le producteur qui a enregistré mon premier album. J’ai vécu près d’un an dans son studio à Los Angeles pour préparer ce nouvel opus. C’est une histoire un peu désuète, solitaire et romantique: comme les photos d’un alunissage…

Vidéo: la bande-annonce de Moon Landing.

Près de dix ans se sont écoulés depuis la sortie de votre premier album. Avez-vous évolué en tant que musicien?

A vous de me le dire: y a-t-il une différence entre mon premier et mon dernier disque?

Vous dites vous-même que dans ce quatrième opus, vous renouez avec vos racines «rock indé».

Back to Bedlam, mon premier album, a été produit sous le label indépendant de Linda Perry, Custard Records. C’est uniquement parce qu’on y trouvait le titre You’re beautiful qu’il a été classé main­stream. Les suivants ont donc été traités de la même manière, et ils ont connu le succès en tant que tels. Mais j’ai écrit et enregistré le quatrième comme le premier, dans un style «indie», si vous y tenez.

La ballade «You’re beautiful» vous a rendu célèbre en 2005. Grâce à vous, maintenant, tout le monde se croit beau!

C’est fantastique! Le public s’est vraiment approprié cette chanson.

Lorsque vous êtes sur scène devant 80 000 personnes, avez-vous toujours l’impression d’être un type comme un autre qui pousse la chansonnette?

J’ai été soldat, ce qui m’a permis de remettre beaucoup de choses en perspective. Mais les vrais héros d’aujourd’hui, ce sont les médecins, les enseignants ou encore les travailleurs humanitaires: moi, je ne sauve pas de vies, je n’éduque pas les jeunes générations et je ne participe pas non plus à la reconstruction de pays entiers. Je ne suis qu’un simple chanteur.

Votre meilleur concert?

Le Paléo est sans doute l’un des plus beaux festivals au monde. Celui de Glastonbury compte aussi parmi mes grands favoris.

Revenons à votre compte Twitter. Vous répondez aux commentaires les plus désobligeants avec un sens aigu de l’autodérision. Avez-vous raté votre vocation d’humoriste?

Je suis et je reste un musicien! Mais de temps en temps, j’aime bien plaisanter un peu…

La twittosphère se montre parfois féroce envers vous. On a pu lire par exemple: «Quand cet imbécile de James Blunt va-t-il enfin fermer son clapet?» Les commentaires de ce type ne vous blessent-ils pas?

Non. Les internautes qui postent ce genre de messages sur Twitter n’en ont pas uniquement après moi. Lorsque l’on est une personne publique, il faut s’attendre à ce genre de choses. Généralement, les attaques les plus brutales sont rédigées dans l’intimité d’un salon ou d’une chambre à coucher, jamais en pleine lumière. J’y prête donc peu d’attention.

Nombreux sont ceux qui vous considèrent comme une mauviette parce que vous chantez des ballades. Or vous refusez d’être rangé dans une case. Qui est vraiment James Blunt?

Je ne comprends pas que l’on colle ainsi des étiquettes sur les gens. Je ne pense pas, par exemple, que vous soyez simplement une journaliste. Je suis sûr que vous avez bien d’autres qualités.

En tant qu’ancien officier de l’armée britannique, vous avez servi au Kosovo pour le compte de l’OTAN. Comment avez-vous fait face à toutes les souffrances engendrées par le conflit?

Notre tâche consistait à empêcher les individus de s’entretuer. Dans ces conditions, on ne se pose pas de questions, on fait son devoir.

Si vous aviez le choix, envisageriez-vous de réintégrer l’armée?

Vous voulez savoir si je pourrais participer à une autre mission humanitaire? Bien sûr!

A quel moment avez-vous décidé de vivre de la musique?

J’ai commencé à écrire des chansons à l’âge de 14 ans. A l’époque, je jouais du piano et de la guitare, et je disais à tous mes amis que je voulais devenir musicien. Ensuite, pendant ma carrière militaire, cette vocation est un peu passée au second plan. Je n’en parlais presque plus. La priorité, c’était l’armée.

Vous soutenez activement Médecins Sans Frontières. Que signifie pour vous l’action caritative?

J’ai été particulièrement impressionné par le travail de cette organisation. Au Kosovo, même quand je pensais être efficace, les membres de MSF avaient toujours une longueur d’avance. Ce qu’ils sont capables d’accomplir est incroyable, c’est pourquoi j’ai toujours voulu les aider. Lorsque je suis en tournée, j’essaie de collecter de l’argent pour l’association. C’est pour moi un grand honneur.

James Blunt est actuellement en tournée mondiale avec son quatrième album intitulé Moon Landing. (photo:Keystone)
James Blunt est actuellement en tournée mondiale avec son quatrième album intitulé Moon Landing. (photo:Keystone)

Dans les paroles de l’une de vos chansons, vous confiez que l’absence de votre père vous a profondément marqué.

Quand j’avais 7 ans, il m’a envoyé dans un internat. Nous avons aussi souvent déménagé. J’ai donc appris très jeune à être indépendant.

Quels sont les autres événements qui ont fait votre force?

Aucune idée. A l’armée, on ne se demande pas si l’on est assez fort, mais si l’on est trop faible. Mes chansons parlent à la fois des forces et des faiblesses, de l’échec et de la réussite, de la peur et de l’espérance. Je pense qu’il est essentiel de trouver un équilibre entre tous ces éléments.

Où écrivez-vous vos textes?

Principalement dans ma tête.

Mais lorsqu’il s’agit de les coucher sur le papier?

Quand je suis en tournée, je choisis un endroit calme. Mais j’écris partout, même dans ma salle de bains!

Vous avez vraiment écrit une chanson dans votre salle de bains?

J’ai du moins enregistré Goodbye my lover dans celle de l’actrice Carrie Fisher. J’avais fait sa connaissance à Londres et elle m’avait proposé de m’héberger chez elle, à Los Angeles, pendant les séances d’enregistrement.

Vous venez d’avoir 40 ans. Quels sont vos projets pour les quarante prochaines années?

Je ne vivrai sans doute pas si vieux. Je préfère penser au moment présent, à ma tournée mondiale, et bien sûr à mes concerts en Suisse.

Pouvez-vous décrire votre fan suisse typique?

Il n’existe pas: parmi les gens qui apprécient ma musique, on trouve des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des homos et des hétéros, des Noirs et des Blancs.

Et vous, quel est votre style musical de prédilection?

En fait, je n’aime pas la musique.

Ah non?

Non, je plaisante. L’été, à Ibiza, j’écoute beaucoup de «dance». Je cherche toujours à découvrir ce que l’on écoute dans les autres pays. Je puise sans doute mon inspiration dans la musique des années 70, notamment celle de Paul Simon, de David Bowie ou de Fleetwood Mac. Mais je suis aussi amateur de la pop des années 80 et de l’électro de la décennie 90.

Il paraît que vous vous êtes récemment fiancé. Avez-vous déjà des projets de mariage?

Je suis très discret sur ma vie privée. C’est mieux ainsi. Mes chansons, qui évoquent mon vécu, sont déjà suffisamment personnelles. Je partage volontiers ces textes, auxquels le public peut parfois s’identifier. Je pense que les individus sont davantage touchés par des paroles qui trouvent un écho chez eux.

Comment parvenez-vous à protéger votre vie privée?

Il suffit de ne pas en parler pendant les interviews, et de tracer une frontière claire. Les Suisses sont fantastiques: ils respectent ce choix.

Comment les décririez-vous?

Ils sont avenants, chaleureux et amicaux, sans être le moins du monde envahissants. C’est pourquoi j’aime tant la vie à Verbier.

Auteur: Silja Kornacher