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4 avril 2016

Le Japon en accéléré

Visiter le Japon en une petite dizaine de jours, c’est possible... en suivant les conseils d’Akiyoshi Ogikura, guide touristique japonais.

Une rive du lac Ashi, avec le Mont Fuji en arrière-plan
Une rive du lac Ashi, l’endroit idéal pour contempler le Mont Fuji (photo: Jose-Fuste Raga/Laif).
Portrait d'Akiyoshi Ogikura
Akiyoshi Ogikura, guide touristique.

C’est le plus vieux pays du monde.» Guide touristique profes­sionnel, Akiyoshi Ogikura l’annonce sans la moindre forfanterie:

Le Japon a 2000 ans d’histoire et la famille impériale est restée la même depuis le début.

L’Ethiopie certes, concède-t-il, pouvait faire valoir une plus grande longévité politique, mais depuis, il y a eu la chute d’Haïlé Sélassié.»

Face au challenge qu’on lui propose – visiter le Japon en une dizaine de jours – il ne se défile pas. Il rappelle d’abord que la meilleure saison, c’est le printemps, à cause bien sûr des fameux cerisiers en fleurs, mais aussi parce que les hivers peuvent être désagréables, les étés étouffants et les automnes sujets à typhons.

Puis trace un itinéraire sur mesure. Où ne figure pas l’Hokkaidō, la grande île du nord. Le guide balaie l’objection d’un revers de main. «Il y a de très beaux paysages, mais c’est tout.» Sous-entendu: le plus vieux pays du monde a bien d’autres choses à montrer. En route donc.

Jours 1 et 2: Tokyo

Le marché de poissons.
Le plus grand marché de poissons au monde se trouve à Tokyo (photo: Mauritius Images).

Akiyoshi Ogikura propose de commencer la visite de la capitale japonaise par le plus grand marché de poissons au monde: Tsukiji. Du poisson, il s’en vend là chaque jour des milliers de tonnes, mais aussi des fruits de mer. Dans une atmosphère de fièvre lors des enchères qui peuvent atteindre des montants faramineux. Autant profiter de ce lieu unique puisqu’il est prévu qu’il déménage d’ici au mois de novembre dans la baie de Tokyo à quelques kilomètres de son emplacement actuel.

Une rue du qurtier de Ginza.
Les enseignes chics se sont installées dans le quartier de Ginza, à Tokyo (photo: Jose-Fuste Raga/Laif).

«Mais attention, prévient notre guide, si le marché ouvre dès 5 h 30, les touristes sont soumis à des restrictions d’horaires et de zones, spécialement celles des ventes aux enchères.» On enchaînera ensuite avec un peu de shopping dans le quartier de Ginza, qui signifie «le siège de l’argent» – c’était là qu’était installé le bureau chargé de contrôler la frappe des monnaies. Aujourd’hui Ginza est le quartier chic où se bousculent les enseignes lumineuses géantes, où l’industrie du luxe a pignon sur rue.

Changement radical de décor ensuite avec une balade dans le quartier populaire d’Asakusa, connu pour le temple bouddhiste Senso-ji et sa pagode à quatre étages. Quartier aussi où foisonnent des échoppes et des boutiques permettant l’emplette d’objets traditionnels japonais.

Le Centre national d’art de Tokyo.
Le Centre national d’art fait venir des collections du monde entier (photo: Mauritius Images).

Le deuxième jour à Tokyo pourrait être consacré d’abord aux musées. Par exemple, celui d’Edo-Tokyo (lien en anglais), dédié à l’histoire de la ville. On y trouve notamment la réplique grandeur nature du Nihonbashi, «le pont d’où toutes les routes japonaises étaient censées partir». Ou encore le Centre national d’art, fondé en 2007 dans le quartier de Roppongi qui se targue d’être le plus grand musée du Japon.

Le Palais impérial de Tokyo
Le Palais impérial ne peut se visiter qu’après s’être inscrit en ligne (photo: Mauritius Images).

On ne quittera évidemment pas Tokyo sans un salut à l’empereur, qui se limitera à la visite du Palais impérial, ou plus exactement des deux parcs publics qui l’entourent. La visite de l’intérieur est possible, mais seulement sur inscription en ligne. Le 23 décembre et le 2 janvier uniquement, ce pourrait être l’occasion, au milieu d’une cohue monstre, d’apercevoir l’empereur et sa famille qui saluent à leur tour. Et puisque c’est à deux pas, autant jeter un œil sur la gare de Tokyo. Après cinq ans de travaux, elle a été rendue à son aspect d’origine, celui de 1914.

Jour 3: Kamakura et Hakoné

A Kamakura, la statue en bronze de Bouddha
A Kamakura, la statue en bronze de Bouddha fait 13 mètres de haut (photo: Mauritius Images).

A 50 km au sud-ouest de Tokyo, voici Kamakura. «La capitale des samouraïs», s’exclame Akiyoshi Ogikura. C’est là en effet, en 1185, que les shoguns, qui avaient pris le pas sur l’empereur, s’y installèrent et firent de la ville le centre politique du Japon. On y trouve de nombreux mausolées, sanctuaires, temples bouddhistes ou shintoïstes. Notamment une sculpture en bronze de Bouddha de 13 mètres de haut.

Kamakura est aussi une station balnéaire, avec une longue plage. «La ville est entourée de trois côtés par les montagnes et du quatrième par la mer. C’était donc un endroit très facile à défendre.» 50 km plus loin, on arrivera dans la région de Hakoné et du lac Ashi. L’endroit idéal pour contempler le Mont Fuji. Le guide y va de sa mise en garde:

Je vous déconseille de l’escalader. Bien sûr, ce serait une satisfaction personnelle, mais vous seriez décidément trop près. Le Mont Fuji, il faut l’admirer à bonne distance.»

Jour 4: Takayama et Shirakawa-gŌ

On découvrira ensuite Takayama, une ville très ancienne. «Autrefois, l’industrie du bois était très florissante. Plus aujourd’hui, car beaucoup de bois viennent désormais de l’étranger, mais la cité est très belle.» On la surnomme d’ailleurs «la petite Kyoto» tant il y a de monuments historiques à visiter. Située au cœur des Alpes japonaises et entourée de sommets qui frôlent les 3000 mètres d’altitude, Takayama porte bien son nom qui signifie «haute montagne».

Une ancienne maison de Shirakawa-gŌ
Shirakawa-gŌ est connu pour ses vieilles maisons conservées (photo: Mauritius Images).

Plus loin dans la montagne on atteindra par bus Shirakawa-gō, un village perché célèbre pour ses vieilles maisons japonaises conservées aux toits très pentus pour mieux supporter les abondantes chutes de neige. Un style architectural que l’on appelle ici «construction de paumes aux mains jointes».

Jour 5: Kanazawa

Une scène de rue à Kanazawa.
Une scène de rue à Kanazawa (photo: Mauritius Images).

«Il existe trois jardins célèbres au Japon. L’un des trois est à Kanazawa et c’est le plus célèbre. On y trouve la plus ancienne fontaine du pays.» Située sur la mer du Japon, en bordure du parc national Hakuzan, la ville de Kanazawa était l’une des plus peuplées du pays au Moyen Age. Mieux vaut savoir qu’il y pleut beaucoup. Les produits de la mer – sashimis et sushis, ainsi que crabes et crevettes – y sont très réputés.

Jours 6-7-8: Kyoto et Hiroshima

Akiyoshi Ogikura conseille de consacrer au moins deux jours à la visite de Kyoto, la ville aux 2000 temples, l’ancienne capitale impériale de 794 à 1868. «Si l’empereur a décidé de déménager à Tokyo, suggère le guide, c’est peut-être parce qu’il fallait prendre les palais des shoguns, montrer que le pouvoir avait changé de main, montrer qu’il y avait un empereur. Surtout qu’il y a cent cinquante ans, il n’y avait ni télévision ni radio.»

Kyoto figurait sur la liste des cibles atomiques prévues par les Américains. Si la ville fut finalement épargnée, c’est en raison de son formidable patrimoine architectural et culturel. Et puisque l’on parle de cibles atomiques, Akiyoshi Ogikura propose de consacrer un jour supplémentaire à la visite d’une ville qu’on ne présente plus: Hiroshima.

Jour 9: Itsikushima

Le «torii» («porte») de l’île d’Itsikushima.
Ce «torii» («porte») a été construit en 1875 sur l’île d’Itsikushima et reste le plus grand du Japon (photo: Mauritius Images).

On terminera le périple par l’île sacrée d’Itsikushima, dans la mer intérieure de Seto. Une île qui compte beaucoup de ponts mais pas de cimetières ni de maternité, car selon le rituel shintoïste il est interdit d’y naître comme d’y mourir. On n’a pas le droit non plus d’y couper les arbres. L’île est donc recouverte d’une forêt luxuriante mais regorge aussi de temples et sanctuaires.

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet