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25 juin 2012

«Je cherche toujours le dialogue»

Claude Hauser quittera la présidence de l’administration de la Fédération des coopératives Migros (FCM) à fin juin après quarante-cinq années passées au service de l’entreprise. Tout en revenant sur son parcours professionnel, le Genevois plaide pour une Migros des régions qui se développe en faisant preuve de responsabilité sociale.

Claude Hauser dans une salle, avec un grand M orange au fond
Pour Claude Hauser, «il est important de se demander chaque jour comment nous pouvons encore nous améliorer».

La vie de Claude Hauser s’est presque uniquement articulée autour de Migros. A 69 ans, le Genevois connaît la structure des sociétés coopératives régionales de Migros mieux que quiconque. Esprit porté sur la conciliation, il a pris soin d’assurer une continuité au sein de la communauté Migros. Pour question d’âge, Claude Hauser quittera ses fonctions à fin juin, après une carrière de quarante-cinq ans à Migros, dont douze en tant que de président de l’administration de la Fédération des coopératives Migros (FCM).

Pour beaucoup de Romands, vous êtes «Monsieur Migros». Vous portez pourtant un nom suisse alémanique…

C’est vrai. Mes parents étaient suisses alémaniques. Ils ont émigré au Maroc, où je suis né en pleine Seconde Guerre mondiale. Ils me parlaient cependant toujours en français, car, à cette époque, l’allemand n’était pas le bienvenu dans ce pays en mains françaises. La situation était la même à Genève, où nous sommes arrivés quelques années plus tard.

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance à Genève?

D’excellents souvenirs! J’ai vécu une enfance heureuse, même si nous ne disposions que de moyens limités. J’ai dû gagner moi-même mon argent de poche. De la même façon, j’ai ultérieurement payé personnellement mes études.

Vous avez étudié à Genève?

Oui, les sciences économiques. Cela m’a notamment permis de travailler pour un temps donné sur un projet dans l’industrie horlogère. Après quoi, j’ai rempli mes obligations militaires et accompli mon école d’officier.

Vous avez commencé votre carrière à Migros Genève en 1967…

Ce fut plutôt un hasard. Je cherchais à relever un défi dans le domaine du marketing. J’ai donc écrit à une dizaine de grandes entreprises. Au nombre de celles-ci: Migros. J’ai reçu des réponses positives de chacune d’elles. J’ai signé un contrat de stagiaire auprès de Migros Genève parce qu’elle était d’accord de m’engager immédiatement.

Vous êtes donc arrivé par hasard dans le commerce de détail…

Je n’avais nullement l’intention de devenir gérant de magasin. Je cherchais plutôt une expérience pratique dans le domaine du marketing. Dans un premier temps, j’ai donc passé par tous les secteurs du commerce de détail jusqu’à ce que mon supérieur, Alfred Gehrig, fondateur de Migros Genève et cousin de Gottlieb Duttweiler, lui-même fondateur de Migros, me remarque et me soutienne.

Quel était alors le rôle de la FCM?

Les différentes sociétés coopératives étaient alors plus autonomes qu’aujourd’hui. Par la suite, j’ai vécu de très près l’évolution de celles-ci vers une communauté dotée d’une FCM forte.

Mais vous passez pour le défenseur d’un fort ancrage régional...

L’un n’exclut pas l’autre. Au fil des ans, la centralisation a rassemblé de nombreux domaines d’activités régionaux. Cela était nécessaire si l’on voulait croître rapidement et efficacement. Aujourd’hui, les sociétés coopératives demeurent autonomes du point de vue organisationnel et financier. Leurs directeurs sont cependant davantage impliqués dans la communauté Migros.

Vous avez vous-même dirigé Migros Genève pendant près de vingt-cinq ans…

J’ai été nommé à cette fonction en 1976, après le départ à la retraite d’Alfred Gehrig. De fait, je connais particulièrement bien les attentes d’une coopérative régionale.

Quelles sont-elles?

Nos clients s’intéressent avant tout aux produits de leur région. Ils veulent connaître leur boucher et pouvoir parler au gérant de leur magasin. C’est pour cette raison qu’il importe de laisser une certaine autonomie aux régions. Cela crée un sentiment identitaire.

En l’an 2000, vous avez fait le grand saut en devenant président de Migros…

Tel n’était pas mon dessein. Comme directeur de Migros Genève, j’éprouvais beaucoup de satisfaction dans un travail qui était couronné de succès. Lorsque le président de Migros d’alors, Jules Kyburz, a annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, j’ai été désigné comme son successeur et ai accepté mon élection.

Qu’avez-vous fait en tant que nouveau président?

Dans l’immédiat, j’ai simplement beaucoup écouté. J’aime le travail en équipe. Prendre des décisions en solitaire ne me correspond pas. Je cherche toujours le dialogue.

Quelles ont été les tâches les plus importantes?

Créer un équilibre entre la FCM et le commerce de détail des coopératives. Celui-ci constitue la colonne vertébrale du groupe Migros. Le plus grand défi ne change pas: il faut tenir solidement cette épine dorsale.

Comment Migros a-t-elle évolué durant ces quarante-cinq dernières années?

Elle a continué à se développer, et il faut s’en féliciter. Il est toutefois important qu’elle soit restée fidèle à ses valeurs fondamentales. Tout comme il est important que nous nous demandions chaque jour où nous pouvons encore nous améliorer.

Et en quoi Migros est-elle restée la même qu’il y a quarante-cinq ans?

Nous cherchons toujours à savoir où nous pourrions réaliser des économies et ce que nous pourrions offrir de plus à nos clients. Cependant, l’an passé, les défis étaient de taille: franc fort, tourisme des achats, mauvais climat de consommation et concurrence accrue. Tout cela en même temps.

Comment Migros réagit-elle?

Nous explorons constamment de nouveaux champs d’activités. Comme la Suisse est relativement petite et que le marché est saturé, nous entendons croître surtout à travers des acquisitions et des participations. Un bon exemple est le récent rapprochement de Migros avec Digitec. Cela va nous permettre de continuer de faire la course en tête dans le commerce en ligne.

Où voyez-vous Migros dans dix ans?

Depuis sa fondation, Migros s’est astreinte à exercer une responsabilité sociale. La concurrence ne nous a emboîté le pas que sur le tard. Si Migros poursuit dans cette direction, elle continuera d’occuper une position favorable dans le futur.

Et qu’allez-vous faire à l’avenir?

Je vais pouvoir consacrer davantage de temps à ma famille et surtout à mon petit-fils. En outre, je m’engagerai dans quelques activités de conseil.

Auteur: Daniel Sidler

Photographe: Nik Hunger