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1 juillet 2013

Je résiste aux réseaux sociaux et je vais bien, merci

Les réseaux sociaux attirent toujours plus d’internautes, toutes catégories d’âge confondues. Mais certains ont fait la promesse de ne pas céder à la tentation. Témoignages de ces derniers Mohicans.

ils résistent aux réseaux sociaux

Facebook, simple phénomène de mode éphémère? Les dernières statistiques disent le contraire. Fin 2012, la Suisse comptait 3,06 millions de profils consultés régulièrement, ce qui représente environ 38% de la population totale. Un chiffre en progression de 12% sur un an! Selon les prédictions d’experts, au cours de l’année 2013, près d’un Suisse sur deux ayant accès à internet devrait rejoindre le réseau de Mark Zuckerberg. Et c’est sans compter sur le succès des autres plateformes qui montent: Twitter, Path, Tumblr ou autre Netlog…

Les réseaux sociaux pour façonner son identité

Mais comment expliquer leur succès? «Les réseaux sociaux nous permettent surtout de communiquer de manière plus diversifiée qu’auparavant», explique Sami Coll, sociologue spécialiste des nouvelles technologies à l’Université de Genève.

L’être humain est un animal social, qui a besoin de se sentir entouré!

Il poursuit: «Pas étonnant donc que ces sites de partage connaissent une si importante fréquentation. Sans oublier qu’au-delà de leurs fonctions communicationnelles, ils sont aussi un moyen de façonner sa propre identité. Ainsi, si les internautes partagent des informations personnelles sur ces médias, c’est principalement dans une quête de reconnaissance de soi par les autres.»

Ils résistent aux réseaux sociaux.

Et c’est ensuite par une certaine «pression du groupe» que ces sites peuvent rassembler une si large population. «Dans l’absolu, ces outils ne sont bien sûr pas indispensables, continue le sociologue. Cela dépend d’abord du milieu social dans lequel on évolue: une personne du troisième âge en ressentira peu le besoin, car la pression de ses pairs sera quasi absente. En revanche un adolescent aura bien plus de peine à résister puisque la plupart de ses camarades y seront présents. Une manière pour lui de se sentir intégré au sein d’une communauté.» Jusqu’à y développer dans quelques cas une véritable addiction (lire encadré).

Malgré les fonctions alléchantes des réseaux sociaux, une minorité refuse encore et toujours de les rejoindre. Non pas par manque de temps, de moyens ou compétences techniques. Mais bien par un choix délibéré et longuement réfléchi. Et une de leurs raisons, c’est bien cette recherche constante de reconnaissance qui a une fâcheuse tendance à les agacer... «J’ai le sentiment que de nombreuses personnes inscrites sur ces médias déballent leur vie privée dans le but de se créer une certaine réputation, réalisant une sorte de montage de leur vie de tous les jours, affirme Thomas, 25 ans, journaliste indépendant. Pour moi, les informations disponibles sur ces médias sont donc peu intéressantes… et très artificielles.»

Une exposition qui n’est pas sans risque

L’autre raison, c’est bien sûr l’envie de préserver une certaine intimité. «Je ne suis pas très expansive, confie Cécile, 26 ans, enseignante au niveau primaire. Je ne ressens donc pas le besoin d’«exposer» ma vie privée sur internet.»

Un bon vieux coup de téléphone aux personnes qui me sont proches me suffit.

Des nouveaux médias – Facebook en tête – qui attisent encore plus les craintes depuis qu’il a été révélé ces dernières semaines que les services des renseignements américains y auraient des portes d’entrée pour espionner ses utilisateurs. «Je n’ai pas envie d’être fichée à l’autre bout de la planète, poursuit la jeune femme. J’ai l’impression que des informations même banales peuvent y être détournées et nous nuire. Je préfère ne pas prendre ce risque.»

Des peurs qui semblent être fondées. Selon une étude de l’institut américain On Device Research, environ 10% des jeunes de 16 à 34 ans se seraient vu refuser un emploi en raison de leur profil virtuel. En cause notamment: des photos compromettantes, des blagues salaces et des «j’aime» mal placés.

Même si, à l’inverse, ces plateformes peuvent dans certains cas devenir de véritables alliés pour dénicher un emvéritables alliés pour dénicher un emploi. «Difficile de se faire engager en tant qu’informaticien si on ne possède pas de profil sur certains sites, contraste Sami Coll. Des plateformes comme LinkedIn s’inscrivent uniquement dans le créneau professionnel. Un site qui a l’avantage de ne pas mélanger ses cercles de connaissances. C’est le grand problème sur Facebook: on a tendance à ajouter à sa liste d’amis ses proches, mais aussi ses collègues voire son patron.»

Un argument qui ne convainc pas Thomas pour autant. «Même en tant que journaliste, je n’ai jamais eu l’impression d’être passé à côté d’informations importantes en raison de mon absence des réseaux sociaux, indique-t-il. De la même manière que je n’ai jamais eu besoin de recourir à ces canaux pour parvenir à contacter une personnalité.»

Des échanges plus riches en face-à-face

Au-delà d’une stratégie de protection vis-à-vis des dangers du net, c’est également une préférence du lien direct par rapport au contact virtuel qui les motive. «Si j’ai envie d’obtenir le compte rendu des dernières vacances d’un ami, je préfère planifier un rendez-vous avec lui plutôt que de «liker» ses photos sur Facebook, poursuit le journaliste.

Une préférence que partage aussi Cécile:

En observant ce qui se passe autour de moi, j’ai l’impression que mon absence de ces plateformes est un véritable gain de temps. Je pense éviter ainsi pas mal de «bla-bla» et autres informations futiles. Les échanges en face-à-face me semblent bien plus riches.

Dans la société hyperconnectée du XXIe siècle, fuir les réseaux sociaux n’est-ce pas aussi une façon de se démarquer? «Le stade ultime de la mode c’est de s’en échapper, s’amuse Sami Coll. Plus sérieusement, aujourd’hui ce n’est plus considéré comme «in» de se connecter sur Facebook. C’est devenu un acte banal… Les utilisateurs sont de plus en plus conscients des buts purement lucratifs de ces nouveaux médias et des risques qu’ils peuvent entraîner pour leur sphère privée. Ils sont donc toujours plus nombreux à n’y jouer qu’un rôle d’observateurs ou du moins à n’y publier que des informations peu personnelles. Lors de l’apparition de toute nouvelle technologie, il faut compter avec un certain temps d’apprentissage. Difficile de savoir quel usage on fera de ces médias dans le futur...»

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: François Maret