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1 octobre 2012

«Je suis logisticienne»

Il y a un an, Fabienne Marti a commencé un apprentissage de logisticienne au centre de distribution Migros de Neuendorf. Cette jeune femme extravertie de 17 ans, qui a désormais intégré le monde des adultes, nous livre ses impressions sur sa nouvelle vie.

Fabienne Marti
Fabienne Marti ne regrette pas d’avoir opté pour 
un apprentissage à Migros.

Avant, les personnes âgées – c’est-à-dire les gens qui se couchent avant 22 heures –, me répétaient que je devais profiter de l’école le plus longtemps possible. A l’époque, je pensais qu’elles ne savaient pas de quoi elles parlaient: le réveil à 6 h 30 tous les matins, les devoirs le soir, la rentrée difficile après les vacances… Rien de tout cela ne me paraissait particulièrement réjouissant.

Aujourd’hui, je suis logisticienne à Migros, et je suis debout à 4 heures du matin. Cela ne me dérange pas de me lever aussi tôt, je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil. J’avale rapidement un café, et je suis déjà en route!

Après des trajets en bus et en train – mes correspondances ne sont pas des plus pratiques –, j’arrive enfin au travail. J’ai commencé mon apprentissage au centre de distribution Migros de Neuendorf au mois d’août de l’an passé. Je m’étais auparavant intéressée à différentes formations, mais lorsque j’ai effectué un stage en logistique, j’ai tout de suite su que ce métier était fait pour moi.

Bien sûr, il m’arrive de pester contre ceci ou cela – comme mes collègues –, mais j’aime mon travail. Nous, les apprentis, nous changeons régulièrement de service et d’équipe, et j’apprécie cette variété. Les tâches sont parfois physiquement exigeantes, mais je préfère donner de ma personne plutôt que de rester assise derrière un bureau.

Une formation pour gagner en maturité

Dans le train du retour, je m’installe près de la fenêtre et me réjouis à l’idée de passer une soirée tranquille à la maison. Parfois, je suis agacée par les écoliers, qui rient à gorge déployée et parlent pour ne rien dire. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, j’étais une des leurs. Quand, certains soirs, je suis déjà au lit à 22 heures, je me demande si ces gamins me considèrent comme une vieille rabat-joie…

En fait, ça m’est égal. Je suis toujours une fille dynamique et créative. Je n’ai pas ma langue dans ma poche, je dis ce que je pense et je défends systématiquement mon point de vue. Je suis simplement un peu plus calme qu’avant. Et c’est logique: j’ai intégré le monde des adultes depuis une année. Le travail m’a rendue plus mature. Malgré tout, je reste une ado de 17 ans, qui aimerait bien de temps en temps pouvoir encore profiter des vacances scolaires.

Christine Davatz-Höchner, spécialiste de la formation professionnelle
Christine Davatz-Höchner, spécialiste de la formation professionnelle

«Les jeunes devraient pouvoir choisir leur voie librement»

Les entreprises ont de plus en plus de peine à recruter des apprentis. Christine Davatz-Höchner, spécialiste de la formation professionnelle, explique pourquoi et avance des propositions.

En 2011, 6500 postes d’apprentissage restaient à pourvoir en Suisse. Comment l’expliquez-vous?

Cela tient d’une part à l’évolution démographique: les jeunes sont moins nombreux aujourd’hui. D’autre part, nous assistons à une nette tendance en faveur des études supérieures. En effet, les parents préfèrent toujours envoyer leurs enfants au lycée, et ce, pour des questions de prestige social. Les cantons, eux aussi, promeuvent indirectement cette voie, car il n’existe pas d’orientation des jeunes dans les classes prégymnasiales. Il nous faut par conséquent rendre la formation professionnelle plus attrayante.

Comment comptez-vous y parvenir?

L’Union suisse des arts et métiers (USAM) développe actuellement, en partenariat avec la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), des instruments que nous souhaitons mettre à la disposition des écoles afin que ces dernières puissent préparer l’orientation des jeunes. Les aptitudes, mais surtout les centres d’intérêt des élèves doivent être mieux ciblés avant le début de l’apprentissage. De plus, il faut pouvoir parler de ce cursus au plus tôt. En effet, certains lycéens qui abandonnent leur formation en cours de route se seraient peut-être davantage épanouis dans le cadre d’un apprentissage de qualité. Notre tâche consiste donc à recruter ces jeunes suffisamment tôt.

Les hautes écoles ne cessent d’élargir leur offre. Le perfectionnement professionnel des apprentis devient-il, lui aussi, de plus en plus académique?

Pour étudier dans une haute école, il est nécessaire d’avoir obtenu une maturité professionnelle. Une certaine expérience du monde du travail constitue donc une condition d’entrée. Il existe cependant un risque non négligeable d’académisation, car les hautes écoles acceptent désormais un nombre croissant de titulaires d’une maturité qui ne disposent pas de cette expérience. La mise en place d’un apprentissage court permettrait de résoudre ce problème.

Certains jeunes ne peuvent ou ne souhaitent pas obtenir de maturité professionnelle. Quelles possibilités de formation s’offrent alors à eux au terme de leur apprentissage?

Après un apprentissage dans le commerce de détail et quelques années d’expérience, il est par exemple possible de commencer une spécialisation dans le domaine. Ceux qui optent pour cette voie deviennent souvent des cadres par la suite.

Dans quelle direction souhaitez-vous voir évoluer la formation?

Notre système éducatif se doit d’explorer toutes les possibilités. Il faudrait que les jeunes puissent choisir leur voie librement, sans que le prestige social entre en ligne de compte. Ils pourraient ainsi opter pour un métier qui corresponde à leurs goûts et à leurs aptitudes.

Auteur: Andreas Dürrenberger