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9 juillet 2012

Je t’aime, tu m’aimes, tout baigne

L’harmonie dans le couple, parlons-en. Car une fois passé les émois des premiers mois, il s’agit de slalomer entre les différents écueils afin de consolider la relation.

Un couple allongé dans l'herbe, heureux et détendus
Une relation qui dure demande de fournir certains efforts (Photo: Claudine Doury/Agence Vu)

Ça se saurait si c’était simple l’amour. Aujourd’hui, un couple sur deux ne résiste pas au temps. Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer cela. Le facteur âge devient lui aussi déterminant, puisque l’allongement de la durée de vie augmente forcément les risques de divorce: «En 1900, la durée moyenne d’un mariage s’élevait à neuf ans, rappelle le psychiatre et thérapeute de famille Robert Neuburger. Pour préserver son couple sur une longue durée, il faut se souvenir que ce n’est jamais acquis. Penser qu’un amour est éternel serait absurde.»

Voici sept points essentiels pour y voir plus clair dans les clés de l’harmonie d’un couple.

Premier pilier: l’amour

Faut-il le rappeler? Sans amour, pas de couple sain. «Il faut être capable de se renouveler, d’évoluer. Un couple qui va bien n’est pas un couple qui n’a pas de problème, au contraire, il sait les gérer, précise notre expert. Le couple se construit autour de valeurs, telles que la fidélité, la confiance, la solidarité.» Les rituels sont importants, tout comme la capacité de résilience. Car «le couple est une institution, un support idéologique. Lorsqu’on ne croit plus à ces valeurs, il dysfonctionne.»

Le thérapeute, qui voit beaucoup de partenaires consulter, insiste sur la signification double du mot amour: il y a celui que l’on porte à son conjoint et celui qui l’on porte à «la maison couple», cet engagement qui contient les deux amants et qui confère aux tourtereaux un statut social.

Deuxième pilier: la communication

Robert Neuburger, psychiatre et thérapeute de famille (photo: Philippe Matsas/Opale/Editions Payot Rivages)
Robert Neuburger, psychiatre et thérapeute de famille (photo: Philippe Matsas/Opale/Editions Payot Rivages)

Attention piège: «On confond souvent communiquer et parler», souligne Robert Neuburger. Lister une série de défauts pour les évoquer lors de la prochaine occasion peut être stigmatisant pour l’autre. Alors que le dialogue permet – avec quelques règles comme éviter les «toujours» et les «jamais» – de faire avancer la situation. «Ce n’est pas facile de communiquer verbalement», convient notre spécialiste.

L’autre danger provient de la répétition. A force de vivre ensemble, les deux partenaires devinent ce que l’autre s’apprête à dire. «Il y a plusieurs manières de communiquer, en faisant des choses ensemble, en se réservant du temps pour eux. Le corps est lui aussi communicant.» Pourquoi ne pas, dès lors, pratiquer du sport ensemble, du tango ou toute autre activité?

Troisième pilier: rester indépendants

Avoir des enfants ne constitue pas une activité de couple.
 – Robert Neuburger, psychiatre et thérapeute de famille

C’est mignon un couple fusionnel. Dans ses débuts, il a besoin de se créer un cocon pour grandir. «Mais tout à coup, l’un des deux souffre. Chacun doit préserver son intimité, son jardin secret, sans que ce soit un parc de dix hectares», formule joliment Robert Neuburger, qui a traité cette question dans son ouvrage Les territoires de l’intime.

Avoir chacun des activités propres, des amis à soi, permet d’avoir une soupape, un lieu pour s’évader quelques heures, afin de mieux revenir.

Quatrième pilier: les activités communes

Si chacun devrait conserver un coin de jardin secret, les activités à deux ne devraient pas manquer non plus. L’exemple du tango, où le langage des corps et l’activité commune sont de mise, se révèle très bon, tout comme le tennis ou simplement aller ensemble au cinéma. «Mais avoir des enfants ne constitue pas une activité de couple! L’on crée une intimité familiale où l’on endosse le rôle de parents, négligeant celui de partenaires.» Ce qui a comme conséquence que «s’il y a une insatisfaction au niveau du couple, même si on a des enfants, on finit généralement par se séparer», observe le psychiatre. Même avec de petits enfants, la représentation de théâtre, le restaurant ou le jogging du dimanche devraient perdurer, laissant les grands-parents et la baby-sitter prendre le relais.

Cinquième pilier: la sexualité et la tendresse

«Si l’on parle de couple, c’est pour se sentir exister en tant qu’homme ou femme. Il s’agit d’un ensemble de comportements, dont la sexualité fait partie.» Attention de ne pas devenir de simples colocataires, ou s’appeler «Maman» et «Papa». Car passé les premiers mois, la séduction devient difficile à entretenir et un enjeu quotidien. «Cela passe par le comportement, ne pas être maternelle, offrir de petites attentions... Une de mes patientes me disait: dès que j’ai accouché, je demande ma trousse de maquillage. Souvent, en thérapie, le manque de sexualité est la première souffrance; on ne se sent plus exister.»

Un geste tendre, un baiser lâché en passant, un massage sont déjà des activités où les corps entrent en interaction. Il ne faut donc pas en être avare!

Sixième pilier: se remémorer les instants heureux

L’amour n’est pas un long fleuve tranquille. Il s’agirait plutôt d’une vague qui, tantôt est creuse, tantôt se compose de roulis agité. Dans les cas d’avis de tempête, où l’amour porté à l’autre est chahuté, il convient de se raccrocher à l’amour porté au couple.

«Lorsqu’on demande aux partenaires de raconter comment ils se sont connus, leur regard change, s’allume. Ce n’est jamais banal. Cela ne suffira pas à recoller les morceaux, mais peut aider à surmonter un moment difficile», estime Robert Neuburger.

Septième pilier: avoir des projets

Le risque pour un couple relève de la mécanique: sans huile ni essence, la panne sèche vous attend. «Les projets – et surtout les rêves – sont importants. Quand on cesse de rêver, le couple ne peut plus durer longtemps. La réalisation n’est en soi pas le plus important.» Imaginer un mariage à Las Vegas, partir s’installer en Argentine ou rêver de retaper un chalet à la retraite font du bien à la relation, car l’on se projette, on échange, on rit, on est un peu fous.

Attention néanmoins à ne pas avoir un projet trop réaliste, sinon gare aux retours de manivelle. «La moitié des couples qui me consultent ont acheté une maison dans l’année qui précède. Comme s’ils imaginaient que quatre murs allaient suffire pour tenir leur amour.»

L’harmonie dans le couple est un combat de chaque jour. Robert Neuburger souligne les risques de malentendus ou de surdité volontaire. La clé réside donc surtout dans la bonne volonté, l’écoute et le respect mutuel.

Auteur: Mélanie Haab