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15 mai 2017

Un amoureux des papillons

La nature est le fil vert qui traverse la vie de Jean-Claude Gerber. Après avoir épinglé les lépidoptères, cet entomologiste jurassien préfère désormais les dessiner. Des aquarelles à admirer dans un livre de référence.

Jean-Claude Gerber aime observer la nature en se promenant.

A tire d’ailes

C’est une maison blanche accrochée à la colline. Pas à San Francisco, mais à Court (JU). Avec un jardin de rêve pour tous les volatiles. «En variant les végétaux, on favorise la biodiversité. Du coup, sur une surface d’à peine 600 m2, j’ai plus de trente espèces de papillons.» Bourdaine, lotier, esparcette, cardère, autant de plantes riches en nectar pour attirer les piérides, les petites tortues ou les azurés.

Sûr que Jean-Claude Gerber est un amoureux des papillons. Un passionné minutieux, un fin connaisseur. A la fois photographe animalier, aquarelliste, entomologiste, cet enseignant fraîchement retraité a même fait de l’élevage, pendant ses années d’activité, «pour voir le phénomène de la métamorphose de la chenille herbivore au papillon butineur. Tout se transforme dans la chrysalide, c’est fou et fascinant!»

Mandaté par la Conférédation et différents bureaux d’écologie pour réaliser des inventaires de terrain, il a recueilli quelque 11’000 observations originales depuis 1980. Une récolte qui lui a permis de publier une véritable bible de 367 pages, intitulée Papillons du Jura. «J’ai mis dix ans pour terminer ce livre, mais c’est le travail de toute une vie.» Cent cinquante-deux espèces de lépidoptères y sont soigneusement répertoriées à travers délicates aquarelles, photos et textes didactiques.

Non, Jean-Claude Gerber n’a pas une minute à lui. Entre expos et conférences, il imagine déjà un prochain livre, peut-être. «Je n’ai pas abordé les papillons de nuit. Or, ils sont quinze fois plus nombreux. De quoi s’amuser encore un moment !»

Une journée avec Jean-Claude Gerber

8h00 Aquarelle

«L’avantage de l’aquarelle, c’est de pouvoir faire une composition. Et c’est beaucoup plus précis que la photo. On peut montrer les caractères de détermination, le dessous des ailes, la plante hôte de la chenille ou du papillon. Je dessine en respectant les proportions, c’est un vrai travail de moine!»

10h00 Méditation

«C’est un étang que j’ai créé dans mon jardin en 2014, pour favoriser la biodiversité et pour le plaisir d’observer les amphibiens. J’ai aussi une quinzaine de libellules. J’aime regarder monter et descendre les tritons, c’est un beau moment de méditation.»

11h00 Observation

«J’aime observer la nature en me promenant, sans faire de l’affût. L’avantage quand on suit les papillons, c’est qu’il n’y a pas besoin de se lever tôt! Ils ne sortent pas avant 9-10 h quand il fait beau… Avant, je faisais des boîtes de collection. Mais Je préfère désormais les photographier plutôt que de les épingler. 35% des espèces sont déjà menacées de disparition…»

Grand Mars changeant«Quand j’ai réalisé la ­terrasse en 2013, un ­papillon est venu se poser juste à côté de moi. C’était un Grand Mars changeant, un magnifique papillon très rare, aux reflets violets suivant la lumière. J’ai pu faire plusieurs photos. Et je l’ai peint en grand sur la ­façade de la maison.»

14h00 Relevés de terrain

«Quand je fais un inventaire des papillons pour la Confédération, je dois tout noter: le lieu avec coordonnées GPS, la date, l’heure et le nom du lépidoptère rencontré. L’inventaire se fait selon un protocole très précis, dans un périmètre donné et par beau temps uniquement.»

15h00 Exposition

«J’assure le gardiennage de mon exposition au château de Miécourt, ouvert le week-end seulement jusqu’au 21 mai. Il y a une quinzaine de photos et cinquante-­deux aquarelles de papillons. J’aime bien accueillir les visiteurs, faire des visites commentées pour les classes.»

17h00 Tour de roue

«J’ai un VTT que je sors une fois par semaine pour l’exercice et garder la forme. Il m’arrive de l’utiliser pour aller faire de l’observation autour de chez moi. C’est pour ça que je ne peux pas faire du vélo avec les copains: je m’arrête tout le temps !»

Texte: © Migros Magazine / Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Mathieu Spohn