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22 avril 2014

Jean-Paul II, ou la sainteté en question

Le pape polonais, canonisé le 27 avril prochain en compagnie de Jean XXIII, continue neuf ans après sa mort de diviser l’opinion. En raison d’une personnalité aussi forte que clivante. Aussi rayonnante qu’autoritaire. Trop, au goût du jour?

Le pape Jean-Paul II en 1987
Le pape Jean-Paul II sera canonisé en même temps que Jean XXIII, l’un de ses prédécesseurs.

Deux pour le prix d’un. Le 27 avril prochain, le pape François canonisera deux de ses illustres prédécesseurs. Jean XXIII, d’abord, au règne très bref mais décisif, puisqu’il initia la révolution de Vatican II entre 1962 et 1965. Et Jean-Paul II, dont le pontificat – l’un des plus longs de l’histoire avec 27 ans de règne – a marqué les esprits et influé sur la marche de l’Histoire. Un pontificat démarré par une injonction saisissante demeurée célèbre: «N’ayez pas peur!», marqué par l’attentat de la place Saint-Pierre en 1981 et qui allait s’achever dans la longue maladie de celui qui avait démarré son action en «athlète de Dieu».

«Santo subito!» s’était exclamée la foule massée sous les fenêtres des appartements pontificaux à la mort du pape polonais. Demande aujourd’hui satisfaite par une Eglise d’ordinaire moins prompte à réagir et qui aime se placer sous le rythme forcément lent de l’éternité plutôt que de céder à l’émotion instantanée ou au raccourci médiatique.

L’événement n’a l’air de rien, et pourtant: depuis le XIIe siècle, la canonisation d’un pape est chose très rare. Seuls Célestin V au Moyen Age, Pie V au XVIe siècle et Pie X au début du XXe siècle, ont eu droit à cet honneur.

Peut-être parce que c’est aussi depuis le XIIe siècle que les canonisations sont décidées par le pape en exercice. Avant, c’était plutôt le principe «vox populi, vox Dei» qui s’appliquait – on devenait saint quasi par acclamation publique – avec lequel le «Santo subito» de la place Saint-Pierre semble avoir renoué.

Pour autant, si le profil de Jean XXIII, surnommé «le bon pape Jean», ne fait pas débat, il en va autrement avec Jean-Paul II, qui a frappé certains par son dogmatisme étroit sur les questions de société, et l’autoritarisme qu’il a montré avec la mise au pas de la théologie de la libération. Au-delà de la polémique, se pose aussi la question du sens d’un tel événement dans une société où la sainteté même n’est plus en odeur de sainteté.

«Une vaste palette de voies spirituelles grâce à la multitude des saints»

Portrait de l'abbé François-Xavier Amherdt (photo: DR)
Abbé François-Xavier Amherdt (photo: DR)

L'abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l'université de Fribourg, répond aux questions de Migros Magazine.

Les canonisations ne se réduisent-elles pas à des opérations de communication?

Absolument pas! Elles prouvent que l’Eglise catholique reste convaincue que Dieu est à l’œuvre aujourd’hui, dans notre société hyper-sécularisée qui semble prétendre pouvoir se passer de lui, et que nous pouvons découvrir les traces de ses pas dans notre quotidien. Les béatifications et les canonisations portent aussi sur des femmes et des hommes simples et humbles, en qui le Seigneur a fait des merveilles.

Est-ce pour éviter un culte de la personnalité autour de Jean-Paul II que le pape François a voulu canoniser Jean XXIII le même jour?

Non, c’est pour montrer la profonde continuité entre les souverains pontifes successifs et la grande actualité du concile Vatican II. L’intuition génialement spirituelle du «bon pape Jean» de convoquer un concile en 1962 a été prolongée par toute l’œuvre du pontificat de Jean-Paul II et reste très actuelle à travers l’élan donné à la «nouvelle évangélisation» par le pape François.

La sainteté de Jean-Paul II est-elle pour vous une évidence?

A sa mort il y a neuf ans, j’ai été impressionné par le mouvement très fort du peuple de Dieu acclamant «Santo subito!» Personnellement, je lui dois l’ordination comme prêtre lors de sa visite à Sion le 17 juin 1984. Même si quelques interrogations peuvent subsister quant à certains éléments précis de son action, il est pour moi un «géant» de la foi: il a beaucoup fait pour que le Mur de Berlin tombe, que la dignité de chaque être humain soit reconnue, que le dialogue œcuménique et inter-religieux progresse, que l’universalité de l’Eglise catholique soit prise en compte, grâce à ses innombrables voyages. Et c’est lui qui a convoqué les plus grands rassemblements de jeunes de toute l’Histoire, avec les Journées mondiales de la jeunesse, célébrées lors des Rameaux.

Quel rôle peut jouer le personnage du saint dans une société comme la nôtre?

Montrer à travers la vie d’une femme ou d’un homme que l’ouverture à l’action de l’Esprit Saint peut permettre de réaliser de grandes choses. Grâce à la multitude des saints, les gens disposent d’une large palette de voies spirituelles et chacun peut y trouver celle qui lui convient.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Keystone