Archives
21 septembre 2013

Jeunes et plein d'idées: ils ont créé leur propre entreprise

Notre prospérité économique ne pousse pas les Suisses à se mettre à leur compte. Pourtant, comme le montrent ces quatre exemples, le risque assorti d’une bonne idée, c’est souvent payant.

Freddie Bussy, fondateur et directeur de Bussy Watches pose devant une voiture représentant sa marque
Freddie Bussy: «L’instinct d’entrepreneur coule dans mes veines»

Du travail, du charisme et du culot

Freddie Bussy (19 ans), directeur et fondateur de Bussy Watches. Freddie Bussy ne doute de rien. Surtout pas de lui-même. Une qualité nécessaire lorsque l’on s’immerge dans le monde des affaires à 16 ans, à l’âge où les autres garçons courent après les filles et les ballons de foot. «L’instinct d’entrepreneur coule dans mes veines depuis toujours, je dois l’avoir hérité de mon papa qui possède un garage à Chavornay.»

En mai 2010, ce teenager lançait donc sa propre marque de montres: Bussy Watches. Sans complexe, sans étude de marché, sans objectif à long terme et surtout sans connaître le moindre rouage de l’univers horloger. «Comme je suis un peu narcissique, il me fallait un produit sur lequel je pouvais apposer ma griffe.» Tout simplement.

Deux montres Bussy Watches.
Bussy Watches réalise un chiffre d’affaires annuel de près de 50 000 francs.

Après six mois de recherche, il trouve un fournisseur prêt à lui livrer de petites quantités de garde-temps de qualité suisse. «Quand j’ai passé ma première commande – 50 exemplaires d’un modèle homme–, je ne devais même pas avoir 500 francs sur mon compte en banque… J’avais trente jours pour les payer et j’y suis arrivé!»

Trois ans et demi plus tard, sa petite entreprise, qui ne compte que deux salariés (lui et John, son frère aîné), ne connaît pas la crise. « On a écoulé à peu près 640 pièces depuis la création de la société et on réalise un chiffre d’affaires annuel oscillant entre 40 et 50 000 francs. Mais je pense qu’on fera encore mieux cette année. » Notamment, grâce à une photo – celle où il pose aux côtés de Pamela Anderson – qui a fait le buzz sur internet et dans les médias.

Son apprentissage d’employé de commerce terminé, le jeune homme s’investit encore davantage dans son business. Il a même diversifié ses activités via la commercialisation de champagne et bientôt de vodka à son nom. Mais il garde les pieds sur terre et un 30% comme vendeur dans le garage familial. «Et j’habite toujours chez mes parents.» Son envol ne devrait pourtant pas tarder…

Le secret de son succès? «Beaucoup de travail, du sérieux, du charisme et une touche de culot!» Et également un sens inné des affaires dopé par un besoin avoué, et donc à moitié pardonné, d’être connu et reconnu. «Je crois que c’est vraiment ça ma principale motivation.» Et l’argent? «Je n’ambitionne pas de devenir riche. J’aimerais juste pouvoir m’offrir ce que je désire.» Comme cette Maserati que Freddie Bussy vient d’acheter, mais qu’il ne peut pas encore conduire faute de… permis.

Céline Bastardot monte Picsou, l’un des neuf chevaux de l’écurie La Crausaz.
Céline Bastardot monte Picsou, l’un des neuf chevaux de l’écurie La Crausaz.

La passion des chevaux au galop

Céline Bastardot, fondatrice à 21 ans d’une écurie de chevaux avec cours pour petits enfants.

Ses parents ne la suivaient qu’à petit trot. A la caisse de chômage, on freinait des quatre fers. C’était mal connaître la détermination de Céline Bastardot, 21 ans à l’époque, de vivre de sa passion et d’aller au bout de son idée. Parce qu’aujourd’hui, trois ans après la création de l’écurie de la Crausaz, les enfants se pressent par dizaines chaque semaine à Colombier-sur-Morges pour prendre des cours d’initiation à l’équitation.

Céline Bastardot est née ici, dans la ferme familiale. Elle se prend de passion pour les chevaux dès l’âge de 3 ans. «Mais il a fallu que j’en ai dix pour avoir le droit d’en avoir un à la maison», sourit la jeune femme de 24 ans, par ailleurs bientôt maman. Histoire de montrer sa persévérance, sans doute, le temps aussi de convaincre un père un peu réticent au départ. «Maintenant, avec le manège, j’en ai neuf. Je crois qu’il finit par bien les aimer.»

Selles de l'écurie La Crausaz.
L’écurie de la Crausaz initie les enfants à l’éducation dans un concept familial.

Après un apprentissage de décoratrice, la jeune Vaudoise travaille dans un premier poste, puis un second où ça se passe un peu moins bien. Et puis surtout, elle veut rester davantage avec ses chevaux. Bien que la région compte beaucoup de manèges, il n’existe pas grand-chose pour apprendre aux tout-petits à monter en selle. Elle décide alors de se lancer, et créé l’écurie de la Crausaz à travers un concept très familial: enfants dès 3 ans, trois ou quatre élèves à la fois, «et surtout du temps pour que les enfants apprennent le contact avec l’animal, s’en occupent avant et après la balade.»

Les manèges du coin, avec qui la jeune femme entretient de bons rapports, voient son activité comme un complément plutôt que comme une concurrence. Et rapidement lui envoient de futurs petits cavaliers. S’y ajoutent l’effet des quelques annonces déposées chez les commerçants des environs, puis du bouche à oreille: très vite, le 20% réservé au démarrage de ses écuries par Céline Bastardot s’avère insuffisant.

De nombreux projets et formations en tête

Elle peut donc tourner le dos à son ancien métier, et se lancer totalement dans la bonne marche de sa petite entreprise. «Je me suis aussi formée, avec un brevet de randonnée classique, un second pour le trek et une formation pour pouvoir s’occuper de plus de cinq chevaux.» Actuellement, la jeune femme termine encore un cours d’accompagnatrice en tourisme équestre, tout en planchant sur son certificat fédéral de capacité en agriculture comme candidate libre afin de pouvoir reprendre le domaine.

Avec toujours autant de plaisir, et plusieurs projets en tête dont la réfection et l’agrandissement des boxes à chevaux actuellement encore situés dans les anciennes écuries du bétail familial. «Il y a certes encore des parents qui sont surpris par mon jeune âge, ou qui me disent qu’ils viennent pour un cours avec ma maman. Mais c’est plutôt rigolo, non?»

Abidine Housaamah, Lucien Stöcklin et Alexandre Arias (de g. à dr.), trois des quatre membres de A2RS-Innovation.
Abidine Housaamah, Lucien Stöcklin et Alexandre Arias (de g. à dr.), trois des quatre membres de A2RS-Innovation.

Ados et déjà presque entrepreneurs

Quatre élèves de l’Institut Florimont à Genève fourmillent d’idées et gagnent des prix.

Ils sont quatre, avec déjà deux bonnes trouvailles, auréolés de prix et d’un joli succès dans le préau de leur école. Car Lucien, Alexandre, Abidine et Eric sont encore étudiants.

Chargé des aspects juridiques (son père est avocat) de leur petite entreprise, mais aussi plutôt doué comme porte-parole, Alexandre Arias raconte: «Nous étions tous en classe à l’Institut Florimont, à Genève, quand la direction a lancé un concours d’ingénierie.»

Motivé, le quatuor trouve une idée – «L’amélioration des objets de la vie quotidienne et l’innovation» –, imagine un acronyme (mélangeant prénoms et noms): A2RS-Innovation, et commence surtout à réserver du temps pour plancher sur un projet. Ce qui ne représente pas la tâche la plus aisée dans le cadre d’une scolarité exigeante comme celle de Florimont. «Nous avons présenté un nouveau système d’éclairage avec du verre dépoli parcouru d’un filigrane spécial pour mieux réfléchir la lumière», explique Abidine Housaamah.

L’une des trouvailles 
du quatuor: des bracelets en balle de tennis.
L’une des trouvailles du quatuor: des bracelets en balle de tennis.

Gagnants du concours interne, ils s’inscrivent au 39e Salon des inventions. Et en repartent avec prix et médaille. «Nous avons gagné 7500 francs, raconte Lucien Stöcklin. Ça faisait une grosse somme, et on pensait que ça suffirait pour un brevet de longue durée et le lancement d’une commercialisation.» En fait, il a fallu se contenter d’un brevet provisionnel de 5 ans.

Pas de quoi refroidir les ardeurs des quatre jeunes pour autant. Les brainstormings se font en commun, mais pour plus d’efficacité chacun prend en charge une tâche spécifique : à Alexandre, donc, le droit et le design. Lucien pour sa part s’occupe de la trésorerie, alors qu’Abidine se charge du site internet.

Réutiliser les balles de tennis

Une autre idée surgit lors de leurs rencontres de... tennis: pourquoi ne pas tenter de faire quelque chose de toutes ces balles usagées. Coupées, elles pourraient servir de gomme ou de récipient à élastiques. Découpées, de bracelet. «Restait à trouver une scie adaptée, ce qui n’a pas été facile. Il nous a fallu de nombreux essais», précisent-ils en chœur. Finalement, la solution sera du côté d’une scie à deux lames, qui a déjà permis la fabrication d’une centaine de gommes (toutes vendues dans leur école l’année dernière), et davantage encore de bracelets qui partent pas mal également.

L’avenir pour leur petite entreprise, alors qu’ils devraient passer leur maturité fédérale en 2015 pour se diriger vers les sciences pour Lucien et Abidine, l’architecture pour Alexandre (Eric Rubaiyza, 15 ans, était en voyage d’études lors de notre visite).

«Des choix bien antérieurs à nos petites innovations», lancent-ils, avant d’ajouter: «Nous avons appris de nos erreurs, et nous avons encore des idées. Ça restera un hobby tant que nous serons motivés.» Parmi les motivations en question, A2RS-Innovation conserve l’objectif de trouver un partenaire industriel. Avis aux intéressés!

Michèle Schneuwly (30 ans), fondatrice et designer de «michel», label de prêt-à-porter vêtements et accessoires.
Michèle Schneuwly: «Dans dix ans, j’aimerais que ça tourne!»

Se donner à fond afin de ne rien regretter

Michèle Schneuwly (30 ans), fondatrice et designer de «michel», label de prêt-à-porter vêtements et accessoires.

L’atelier de Michèle Schneuwly occupe une grande place dans sa vie et dans son appartement lausannois. Sa table de travail est très encombrée à la veille de présenter sa… première collection! «Je stresse, je me mets la pression, je me demande si les gens vont aimer et acheter!»

Cette designer ne veut rien laisser au hasard. Il faut que tout soit parfait lorsqu’elle dévoilera les vêtements et accessoires qu’elle a conçus. Il en va de l’avenir de son label baptisé «michel», en référence à son prénom. L’idée de fonder son entreprise remonte à ses études de couture. Cette Gruérienne (elle a grandi à Cerniat) avait alors tout juste 20 ans. «Quand on suit un cursus comme le mien, le but est d’avoir sa marque au final.» Deux ans après avoir obtenu son bachelor, période durant laquelle elle a vécu de mandats de stylisme (pour Omega, Michel Jordi, British American Tobacco…) et de commandes de privés, elle décide donc de se lancer dans l’aventure.

Michèle Schneuwly a lancé sa marque deux ans après avoir terminé ses études.
Michèle Schneuwly a lancé sa marque deux ans après avoir terminé ses études.

«J’allais avoir 30 ans, c’était le moment ou jamais de foncer!» Sans filet ni argent. Juste de l’envie, un petit salaire (elle travaille à tiers temps comme enseignante) et une dette auprès de l’Etat qui lui avait accordé un prêt quand elle était étudiante. Bien ficelé, son projet séduit le jury de deux prix (Genilem HES-SO et AHEAD Design Incubator) ainsi que les membres de la fondation Ikea. C’est le jackpot, soit 30 000 francs en espèces (création de sa Sàrl offerte en prime), des aides financières ponctuelles et l’appui de deux coaches. «Le futur est toujours incertain. J’avance pas à pas et je me donne à fond, histoire de n’avoir rien à regretter plus tard.» Et dans dix ans, comment se voit-elle? «J’aimerais qu’une personne travaille pour moi et que j’aie une boutique. Bref, que ça tourne!»

Auteur: Pierre Léderrey, Alain Portner

Photographe: Jeremy Bierer