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1 novembre 2014

Jeunes sportifs cherchent soutien

Une carrière à haut niveau en parallèle à des études ne va pas de soi, mais c’est possible. L’association Cookie apporte de l’aide à des jeunes athlètes qui grimpent. Parce qu’ils sont des exemples pour notre société.

Champions de voile, les frères Rigot se battent pour mener de front sport et études.
Champions de voile, les frères Rigot se battent pour mener de front sport et études.
Du lundi au mercredi, Augustin Maillefer s’entraîne et étudie à Lausanne. Du jeudi au dimanche il part ramer avec l’équipe suisse à Sarnen.
Du lundi au mercredi, Augustin Maillefer s’entraîne et étudie à Lausanne. Du jeudi au dimanche il part ramer avec l’équipe suisse à Sarnen.

Augustin Maillefer rame. Dans les deux sens du terme. A 21 ans, ce talentueux champion du monde d’aviron – junior en 2010 et des moins de 23 ans en 2013 et 2014 – jongle entre entraînements au Lausanne-Sports Aviron, championnats et études. Il doit également trouver de l’argent pour financer sa participation à des compétitions internationales.

On nous demande de gérer à 100% autant notre carrière sportive que professionnelle. Ce n’est pas évident.

Les semaines d’Augustin Maillefer sont réglées comme du papier à musique. Du lundi au mercredi, c’est deux entraînements par jour; le reste du temps est consacré à ses études en sciences du sport et informatique à l’Université de Lausanne. Du jeudi au dimanche, il part s’entraîner avec l’équipe suisse d’aviron à Sarnen.

Au bout du Léman, Guillaume et Fabrice Rigot naviguent sur des eaux semblables. Arrivés 5es aux championnats du monde junior de voile cet été et 6es aux Championnats d’Europe, ils récoltent les meilleurs résultats depuis longtemps dans leur catégorie. A 20 et 19 ans, les deux frères se battent non seulement pour mener de front leur sport et des études, soit cent jours par an sur le lac sans compter la préparation physique trois à quatre fois par semaine et respectivement l’université en HEC ainsi que l’EPFL en génie mécanique… mais aussi pour récolter les fonds nécessaires à la compétition. «Le soutien aux jeunes sportifs n’est pas suffisant. Il y a peu d’aide publique et notre fédération est assez pauvre. A nous de nous débrouiller pour une grande partie», explique Guillaume Rigot. Pas de quoi décourager les deux frères qui, comme Augustin, visent les qualifications pour les Jeux olympiques de Rio en 2016.

La Suisse est un pays riche. Mais hors des grands sports qui disposent de moyens conséquents comme le football ou le hockey, c’est le tiers monde!

La formule choc émane de Philippe Furrer, responsable du programme Culture et Education des Jeux olympiques de la jeunesse au Comité international olympique à Lausanne. C’est aussi le fondateur de l’association Cookie qui soutient de manière indépendante des jeunes talents du sport pour la quatrième année.

«Il n’y a jamais assez d’aide dans ce domaine, appuie-t-il. Un jeune athlète d’élite en Suisse doit compter sur 30 000 à 100 000 francs de budget, selon le sport, pour couvrir une saison à haut niveau (déplacements, matériel, coaching, etc.). Les sponsors numéro un, c’est toujours papa et maman. Swiss Olympic, les fédérations nationales, les fondations cantonales, les clubs service, les fan’s clubs ou la Fondation de l’aide sportive suisse ne permettent de couvrir qu’environ 20% de ce budget.»

Selon une étude de l’Office fédéral du sport, seuls 16% des sportifs d’élite gagnent plus de 70 000 francs bruts par année. La moyenne tourne autour de 25 000 francs, tandis que 40% d’entre eux ont des revenus inférieurs à 14 000 francs par an.

Gilles Jaquet, responsable pour la Romandie de l’Aide sportive et ancien snowboardeur de compétition.
Gilles Jaquet, responsable pour la Romandie de l’Aide sportive et ancien snowboardeur de compétition.

Par manque de moyens, beaucoup jettent l’éponge. D’autant qu’entre 17 et 25 ans, ce sont justement des années charnières où les talents émergent et où les voyages sont nécessaires pour avancer, précise Gilles Jaquet, responsable de l’Aide sportive pour la Romandie.

Grâce à ses membres, donateurs, parrains et sponsors, la fondation soutient plus de 500 athlètes et verse 2,8 millions de francs aux sportifs, selon leur niveau et leur besoin, soit chacun entre 2000 et 18 000 francs. «Pour des sports comme la voile, le ski ou le triathlon, ce n’est qu’une partie de leur budget. Pour l’athlétisme ou la gymnastique, c’est mieux, mais la concurrence est rude. Heureusement qu’il y a aussi d’autres institutions qui aident les sportifs.»

Les sponsors, eux, se jettent sur les jeunes quand il y a des médailles. Pour les sports très médiatisés du moins. «Mais en escrime et en aviron par exemple, on fait des médailles olympiques uniquement grâce à la persévérance et volonté du sportif de financer sa carrière.»

Etatiser l’aide serait une option, comme dans les pays voisins, estime Gilles Jaquet. A l’heure actuelle en Suisse, seul un projet-pilote lancé il y a peu fait bénéficier trente athlètes du statut de sportif d’élite et militaire. Dont le fondeur olympique Dario Cologna. Un petit salaire, des missions de garde-frontière par exemple, et du temps pour s’entraîner.

«La relève est là au niveau sportif, mais le pays est déficitaire au niveau du sport-études. La Suisse valorise plutôt les études. Le sport souffre d’une image de hobby», regrette Gilles Jaquet. La filière sport-études à ses balbutiements, Augustin Maillefer l’a testée. C’est seulement depuis l’an dernier qu’il bénéficie de facilitations au niveau du plan d’études, c’est-à-dire qu’il peut les étaler sur plus de temps. Avant, il partait avec son bâton de pèlerin négocier des arrangements avec chaque professeur…

«Une carrière d’athlète d’élite, c’est super fragile, on a intérêt à avoir un plan d’études en parallèle», souligne Philippe Furrer. Pour qui le but, en soutenant les jeunes sportifs, n’est pas de dénicher des futurs Federer milliardaires. «Mais ces jeunes sont des exemples et, dans notre société actuelle, on a besoin de modèles de jeunes sains qui véhiculent cet équilibre entre mental et physique, entre sport et études, qui montrent que c’est possible.»

Avec du soutien financier autant que moral. L’association Cookie l’a bien compris qui, outre les 4000 francs versés à ses athlètes, leur offre l’accès à un réseau d’experts, de compétences et de conseils dans le domaine médical, juridique, de la nutrition ou de la psychologie. Les huit jeunes athlètes sont aussi parrainés par des célébrités du sport qui leur apportent la richesse de leur expérience.

«Une source de motivation supplémentaire»

Ainsi le bobeur Silvio Giobellina suit Augustin le rameur dans ses compétitions. «C’est presque un membre de la famille», sourit le jeune sportif. Les frères navigateurs sont quant à eux parrainés par le patineur Stéphane Lambiel qui a récemment troqué ses patins contre le pont du 4,70 mètres du duo genevois. «C’est très enrichissant et une source de motivation supplémentaire», apprécie l’équipier Guillaume Rigot.

Des valeurs humaines, c’est ce qui distingue l’association Cookie. Fondée par de jeunes professionnels du sport, elle demande à ses protégés de reverser 10% de son aide à la Fondation Planète Enfants Malades, qui organise des activités sportives adaptées aux petits patients du CHUV et de l’Hôpital de l’enfance. A passer aussi une journée à l’hôpital, dont ils ressortent «scotchés».

«Dans notre monde de sportifs d’élite, le moindre pépin de santé et c’est la catastrophe, raconte Augustin Maillefer, Ces enfants ont de vrais problèmes, ils sont incroyables. Ça nous permet de relativiser.»

© Migros Magazine – Isabelle Kottelat

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: François Wavre