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9 mai 2016

John Dear, retour au blues

Autrefois, en compagnie de Catia Bellini, Guillaume Wuhrmann écumait les scènes du pays avec une pop-folk délicate. Aujourd’hui, la mi-quarantaine et la barbe de redneck aidant, le guitariste lausannois emmène son éternel alter ego musical sur les routes poussiéreuses d’un blues électrique d’une crasseuse élégance.

En optant pour des sons électriques, John Dear a choisi de se mettre en danger dans son dernier album.

Il est comme ça, Guillaume Wuhrmann. Il a le blues dans la peau. «Ou la musique en tout cas. J’en joue depuis plus de vingt-cinq ans et l’envie reste là, vrillée aux tripes.» Barbe de redneck et casquette échappée d’un pick-up truck poussiéreux du côté de Reno, Nevada, le quadra lausannois, désormais deux fois papa, prend sa guitare Fender et devient John W. Dear aux côtés de sa vieille complice musicale Catia Bellini, alias Alma June.

Le duo a écumé pendant plus d’une décennie les scènes lausannoises et romandes avec la folk-pop délicate du trio Zorg. Trois albums plus tard, Zorg range ses instruments. Et le chemin de Guillaume se sépare un instant de celui de sa complice musicale.

Mais si pour moi jouer de la musique a toujours été une évidence, aussi loin que je me souvienne, trouver le bon ou la bonne partenaire pour le faire reste bien plus compliqué»,

relève- t-il, attablé au bar de l’ Ecole de jazz et de musiques actuelles (EJMA) à Lausanne, où il donne des cours de guitare depuis quelques années.

Alors, forcément, ces deux-là ne pouvaient que retrouver leur complicité rythmique et cet esprit rock qui les enflamme tous deux. «Que la magie opère ne serait-ce que par instants demande un truc particulier, je crois. Là, nous savions que ce lien existait entre nous.» Tout comme l’envie commune de reprendre la route et avant cela le chemin d’un studio. Après quatre ou cinq ans de pause, une évidence s’impose rapidement début 2012, comme un riff bien saignant: plus question de reformer le groupe Zorg avec quinze ans de plus et une vie, des envies ayant forcément bien évolué. Surtout que Catia a délaissé son micro pour se mettre à la batterie. «Un instrument qu’elle a sûrement dû apprendre dans une autre vie, parce ça a tout de suite été son truc, même si naturellement elle a beaucoup travaillé pour assurer. Elle m’a même dit qu’elle n’avait jamais autant bossé de sa vie», se souvient Mr. Dear qui assure, lui, la composition et le mélange éternel guitare-voix.

Je suis musicien et songwriter, c’est inscrit dans mon code génétique. C’est aussi toute ma vie depuis que j’ai quitté l’école à l’âge de 20 ans.

Reste que jusqu’alors, je jouais plutôt de la guitare sèche et qu’il a fallu électrifier tout ça. Finalement, nous nous sommes tous les deux mis en danger, sans doute.»

Son double de l’Amérique profonde

On s’en doute, le nom de John Dear a beaucoup à voir avec une célèbre marque de tracteurs. «Avec juste une lettre de différence pour ne pas importuner la marque», rigole Guillaume, précisant que le nom du duo est venu d’une sorte de délire autour d’une casquette de redneck qui traînait dans le studio où Catia et lui enregistraient les premiers titres de leur album sorti en hiver 2015. Comme pour signifier ce nouveau départ, il prend ainsi le nom d’un double du fin fond de l’Ouest.

C’est aussi un médium qui nous autorise de nouvelles audaces et qui permet de se faire nos propres films autour de cette évidente influence américaine.

Parfait pour le chemin de poussière aux accents de retours aux sources qu’emprunte le duo. Mais, d’ailleurs, pourquoi du blues? «En fait, j’ai toujours aimé les sons assez bruts façon Black Keys ou Whites Stripes. J’adore le blues depuis toujours, mais je ne voulais surtout pas un copier-coller. C’est une musique éternelle et, du coup, tellement jouée. J’ai dû jeter plus d’une dizaine de morceaux avant d’en garder le premier. Et ça donnait ce blues rock un peu sale qui nous éclate et tient bien la route.»

Sorti en novembre, Far down the Ghost Road trouve rapidement son public entre riffs imparables et son brut de décoffrage. «C’est un peu notre Amérique fantasmée à nous, notre Ouest imaginaire avec notre regard de musiciens d’ici. En tout, ça doit être mon dixième disque. Celui de la liberté, sûrement. Et d’ailleurs nous l’avons enregistré en live. A l’ancienne.»

Texte: © Migros magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Matthieu Spohn