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17 août 2013

John Malkovich, un artiste caméléon bien dans sa peau

Acteur, metteur en scène, scénariste et même couturier, le multitalent américain John Malkovich présentera fin août à Saint-Prex (VD) un spectacle hybride alliant théâtre et opéra.

John Malkovich
L’acteur américain s’essaie pour la première fois à la musique, en compagnie de la Wiener Akademie: «La musique a un pouvoir incroyable.» (Photo: Dukas/Polaris)

Est-ce la distance, le décalage horaire ou simplement un trouble passager? Quoi qu’il en soit, il y a dans la voix de John Malkovich – joint à Los Angeles par téléphone – une légère cassure et comme une pointe de timidité. Beaucoup de politesse aussi. «Je me réjouis de venir à Saint-Prex, car je ne connais pas encore cette région, à l’inverse de Leysin où ma première femme a étudié», explique l’acteur américain en prenant le temps de choisir ses mots.

Sur les bords du Léman, l’inoubliable vicomte de Valmont dans Les liaisons dangereuses (Visionner la bande-annonce) présentera un spectacle évoluant entre théâtre et opéra, accompagné par un orchestre et deux sopranos. «Avant ce projet, je ne connaissais pas grand-chose à la musique classique, avoue John Malkovich. J’y ai découvert de très belles choses et beaucoup de poésie. La musique a un pouvoir incroyable.»

Cette fascination populaire pour les tueurs en série

Surtout, celle-ci joue un rôle à part entière dans le spectacle, et les airs choisis complètent le monologue de l’acteur. Les chanteuses incarnant à la fois la mère, l’amante et les victimes d’un tueur en série! Car au-delà d’un genre peu banal, le sujet lui-même est également insolite et retrace l’histoire vraie d’un étrangleur autrichien (lire encadré).

Intitulé The infernal Comedy, le spectacle n’a pourtant rien d’une farce. «Le titre est ironique. Le propos est ici de montrer la fascination que peuvent exercer les serial killers. Jack Unterweger (ndlr: qui a été condamné deux fois pour les meurtres de prostituées) était une personnalité connue de Vienne. Beaucoup pensent aujourd’hui encore qu’il n’a jamais pu commettre de tels crimes.»

Selon John Malkovich, par contre, ces peines était justifiées. «Libéré une première fois, il a continué de tuer. Alors pour moi, il n’aurait jamais dû sortir de prison. La rédemption, ça n’arrive que très rarement. Mais si je vous dis ça, je vais passer pour un fasciste en Europe.»

Se plaisant apparemment dans ce genre hybride, John Malkovich a également monté sur le même principe du théâtre-opéra The Giacomo Variations (voir un extrait) qui évoquent les souvenirs de Casanova, un autre genre de séducteur. «Nous allons adapter la pièce au cinéma et venons de commencer le tournage au Portugal.» Et cette fois, John Malkovich poussera même la chansonnette.

On le voit, John Malkovich n’a pas fini de surprendre ses fans. «Je suis ouvert à pas mal de choses et peux travailler partout dans le monde», explique l’acteur caméléon.

Je fais ce qui me plaît et me fiche de savoir ce que les gens pensent, car on peut m’aimer ou me détester pour les mêmes raisons.

Des spectacles élitaires aux publicités pour du café

Avec une audace et une légèreté enviées par beaucoup de ses confrères, l’Américain passe ainsi des blockbusters (il est actuellement aux Etats-Unis à l’affiche de Red 2 avec Bruce Willis, voir la bande-annonce) à des projets plus élitaires, quand il ne tombe pas carrément dans le promotionnel, notamment pour Nespresso il y a quelques années.

J’ai pris beaucoup de plaisir à jouer saint Pierre. C’était une bonne pub, non?

Multicasquette, John Malkovich a aussi le don d’être là où personne ne l’attend. C’est le cas par exemple avec Technobohemian, sa ligne de vêtements pour homme. Car oui, Monsieur dessine aussi. Mais que l’on ne s’y trompe pas. John Malkovich n’a rien du couturier surfant sur les tendances. «L’univers de la mode n’est pas mon monde. D’ailleurs, je ne fais pas de la mode, je crée des habits. C’est différent.» Décidément, ici aussi, John Malkovich l’inclassable suit son propre chemin.

Auteur: Pierre Wuthrich