Archives
21 mai 2012

Joyeux anniversaire… et bon courage

La crise de la quarantaine déstabilise aussi bien les hommes que les femmes. Mais plus qu’un traumatisme, elle doit être considérée comme une chance de repenser la deuxième partie de sa vie.

Un quadragénaire se regarde dans la glace
La crise du milieu de vie peut 
survenir entre 
35 et 50 ans. (Photo: Getty Images)

La vie n’est décidément pas un long fleuve tranquille. Après avoir tant bien que mal franchi la crise de l’adolescence, l’homo sapiens tente de se construire, avec plus ou moins de facilité, une identité professionnelle et sociale durant les deux décennies suivantes. Ainsi, côté travail, il vise une place de choix dans la société qui l’emploie après avoir longuement étudié et gravi un à un les échelons de la hiérarchie. Et côté sentiments, il cherche le grand amour afin de partager son quotidien dans une villa où résonnent les cris de leurs enfants. Bref, il aspire à «réussir sa vie».

Puis, une fois arrivé là où il pensait qu’il serait forcément comblé, l’homo sapiens, au lieu de jouir de son confort et de contempler son succès, tombe paradoxalement dans le doute et se laisse envahir par des angoisses. Le voici qui entre dans la crise de la quarantaine. Aussi appelée crise du milieu de la vie ou midlife crisis, cette période peut être aussi bien traumatisante pour la personne concernée que pour son entourage.

Un problème rencontré surtout dans les pays riches

Précisons toutefois que cette tempête ne fera pas son apparition brutalement le jour des 40 ans, mais peut survenir subrepticement entre 35 et 50 ans. De plus, ces soubresauts comportementaux touchent davantage les individus vivant dans des pays riches passablement éloignés des problèmes liés à la survie au quotidien.

Les Suisses sont donc fortement concernés. Franco Cavadini, psychothérapeute FSC au Centre de sophrologie et de thérapie de Genève, confirme: «La crise de la quarantaine est quasiment un passage obligé. Cela étant, entre 10 et 20% seulement des adultes iront consulter.»

Nous prenons conscience du caractère limité de notre existence.

Plusieurs facteurs ou événements peuvent déclencher une crise de la quarantaine. Docteur en psychologie et psychanalyste, Lisbeth von Benedek l’explique bien dans son ouvrage La crise du milieu de vie: «A l’occasion d’un anniversaire, un accident, un deuil, un échec sentimental ou professionnel, nous prenons conscience du caractère limité de notre existence.»

Simultanément, un autre phénomène vient troubler encore davantage des certitudes que l’on pouvait croire établies, à savoir l’apparition des premiers signes de vieillesse. Ceux-ci nourrissent, eux aussi, la réflexion sur le caractère fini de la vie.

Quant aux symptômes, ils peuvent prendre différentes formes. «Le début est souvent anodin. Il s’agit d’un léger malaise. Puis celui-ci se transforme en insomnie, trouble de la digestion, tension intérieure. D’une manière générale, l’individu ne trouve plus de réconfort dans ce qu’il considérait comme apaisant il y a encore peu de temps», résume Franco Cavadini.

Et voilà: l’heure du premier bilan de vie et de la remise en question a sonné. Chacun réagit alors de manière différente et, sachant que le temps presse, choisit d’explorer de nouvelles voies.

Les conséquences peuvent être désastreuses, surtout lorsque l’individu succombe aux démons de midi. Et, dans un besoin de plaire encore une fois, fugue du domicile conjugal, au risque de faire exploser la cellule familiale. «Le conjoint doit alors identifier les envies de l’autre et réinventer les bases du couple», analyse Franco Cavadini.

La crise du milieu de vie n’est pas forcément destructive. Au contraire, elle peut servir de tremplin. C’est le cas par exemple lorsqu’une personne décide d’opter pour une nouvelle profession et, ainsi, réalise ses rêves (lire encadré). Enfin, d’aucuns ne changeront ni de femme (ou de mari) ni de travail mais profiteront de cette crise pour apprendre à gérer leurs regrets et leurs frustrations. «En travaillant avec un psychothérapeute durant quelques mois, on peut apprendre à ne pas nier ses besoins profonds et à développer une meilleure conscience de soi», assure Franco Cavadini.

S’offrir une nouvelle naissance

Dans tous les cas, il faut considérer la crise de la quarantaine comme une chance. L’homme et la femme peuvent alors s’offrir une seconde naissance et apprendre à vivre en faisant fi des considérations sociales et professionnelles qui prévalaient auparavant.

Ce travail effectué au midi de sa vie permettra d’aborder avec sérénité la prochaine crise: celle de l’arrivée à l’âge de la retraite, souvent liée à une nouvelle définition de soi. Décidément, l’homo sapiens n’a pas fini de se remettre en question.

Auteur: Pierre Wuthrich