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19 février 2016

Kanye très à l’ouest

La chronique de Xavier Filliez, journaliste exilé à New York.

Xavier Filliez photo
Xavier Filliez, journaliste exilé à New York.

Oubliez les toquades de Donald Trump, les facéties de Bernie et les croche-pieds à Hillary. La course à la Maison Blanche est littéralement mortelle et spectaculairement intelligente comparée à l’univers du showbiz. Kanye West: c’est ma tête de Turc. Enfant de Chicago. Empereur du Hip Hop. Producteur. Faiseur de célébrités. Artiste. C’est surtout le mari de Kim Kardashian, la plus illustre des «nobody», les faits d’armes de cette poupée à l'arrière-train suspect et au visage figé consistant principalement à avoir été amie avec Paris Hilton, fait une sex tape et participé à une télé-réalité en famille.

Kanye West, donc, envoie au tapis tous les gougnafiers du moment, à l’occasion du lancement de son album «The Life of Pablo». Pour faire le buzz, comme on dit, il insulte copieusement Taylor Swift sur Twitter, juste avant les Grammy Awards: «I made that bitch famous» (J’ai rendu cette p*** célèbre).

Un mois avant, c’était un tonitruant «Bill Cosby: innocent» qu’il offrait à l’Amérique, alors que le héros du Cosby Show fait face à de multiples accusation de viols. Sa parade? «Je suis un artiste et en tant qu’artiste, j’entends exprimer mes points de vue sans censure.»Mais surtout, Kanye West est…ruiné et le fait savoir. Il y a trois semaines, il exhibait cent-cinquante cadeaux offerts à sa promise pour Noël, dont une robe Prada et un manteau Yves-Saint-Laurent en fourrure arc-en-ciel. En déficit privé de cinquante millions de dollars, voilà qu’il fait désormais la manche auprès des puissants, implorant Mark Zuckerberg, le boss de Facebook, de lui prêter un milliard pour «ses bonnes idées».

Mes problèmes d’argent n’intéressent que mon banquier. Et, dans une moindre mesure, ma femme (arrière-train au naturel, visage légèrement ridé par la quarantaine, qui vous salue affec-tueusement). Ceux de Kanye West et de Kim Kardashian sont, comme eux, de notoriété mondiale. Le magazine économie Forbes décortiquait cette semaine toutes les façons dont Zuck pouvait prêter à Kanye sans passer par la case impôts. A quand une enquête sur le carnet-épargne de Nabilla?

Je dois reconnaitre au sale gosse du rap une certaine maîtrise du storytelling. Sa panoplie RP est, vraiment, à faire rougir Donald Trump. Mais cet épisode d’insultes et de jérémiades en or massif et ce qu’il dit de la génération Disney, fabrique d’entrepreneurs-minute, impitoyables enfants-gâtés et sans éducation, me chagrine vraiment.

Si l’on faisait aux Etats-Unis ce que l’on fait en Suisse (à savoir pondre des initiatives insensées), je lancerais ici un référendum pour le renvoi des indigènes décérébrés. Mais ce serait injuste. Parce, j’ai mal en l’écrivant, mais Kanye West a du talent.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez