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28 septembre 2014

Kyo: «On a l’impression que cette pause n’a duré que quelques mois»

Le groupe français Kyo signe enfin son retour avec l’album «L’Equilibre» et une nouvelle tournée dès l’automne. «Migros Magazine» a rencontré Benoît et Florian, de passage à Lausanne.

le groupe français Kyo
«L’Equilibre» est le quatrième album de Kyo.

Au regret de vos nombreux fans, vous avez annoncé en 2005 votre décision de mettre Kyo «en pause». Pourquoi?

Benoît Poher: Plusieurs raisons expliquent ce choix. On avait peur d’abord de perdre l’excitation que tu peux avoir quand tu te lances dans un nouveau projet. A chaque fois que tu fais quelque chose pour la première fois, c’est toujours plus fort que la seconde! A part peut-être le sexe… (rires). A l’époque, on commençait déjà à ressentir notre succès comme «normal», nous installant dans une certaine routine.
Florian Dubos: Et puis il y avait aussi l’envie de se pencher sur d’autres projets. Avec Benoît nous désirions toucher un style de musique différent, chanter en anglais… Ce qui nous a motivés à créer le groupe Empyr. On avait 26 ans à l’époque. On a rencontré un producteur américain hyper-intéressant et on a donné des concerts aux Etats-Unis. C’était très enrichissant pour nous de sortir de la francophonie.
B: Au final, Empyr a fait beaucoup de bien à Kyo. Toutes les expériences qu’on a pu acquérir pendant cette pause ont joué un rôle sur la façon d’appréhender notre retour.

Comment se sont déroulées les retrouvailles entre les membres du groupe pour préparer votre nouvel album «L’Equilibre»?

B: Ça a été très facile, on a eu l’impression que cette pause n’avait duré que quelques mois. Tout s’est passé très naturellement. Musicalement, nous avions tous les mêmes envies…
F: Il faut dire qu’on a continué à se voir pendant toute cette période. Avec Benoît nous faisions tous deux partie d’Empyr. Fabien, le batteur de Kyo, n’est autre que mon grand frère… Et on a collaboré aussi avec Nicolas sur certaines chansons. Alors effectivement, on n’a pas travaillé ensemble tous les quatre sur un même projet comme pour Kyo, mais on n’a pas cessé de se voir et de se donner des conseils mutuellement.

Vidéo: clip de L'équilibre - Source: Youtube

En découvrant ce disque, il apparaît que le style «Kyo» a été bien conservé…

B: Moi aussi, quand j’ai écouté cet album pour la première fois, j’étais surpris de remarquer à quel point on reconnaissait notre propre style… Et cela malgré que nous nous soyons permis de partir dans tous les sens lors de la phase d’écriture. Il faut croire qu’il y a quand même un ADN bien présent… C’est du pur Kyo, j’ai envie de dire!
F: Le naturel est revenu au galop! Même si on a aussi expérimenté pas mal de nouvelles sonorités…

Comme sur les précédents opus, les textes sont écrits uniquement en français…

B: Pour Empyr, j’ai aimé écrire en anglais. Mais cela ne m’a pas procuré le même plaisir. Les textes en français, c’était aussi une motivation personnelle pour retrouver Kyo. Mon amour pour cette langue est inépuisable. Ce qui me plaît particulièrement, c’est que je peux sans cesse améliorer mon écriture… J’ai l’impression d’ailleurs que je peux encore vraiment progresser.
F: Je confirme! (rires)

Vous avez écrit une quarantaine de titres pour n’en retenir que douze. Est-ce là votre stratégie pour assurer la qualité d’un album?

F: On ne sait pas trop fonctionner autrement… Même pour Empyr nous avons travaillé de cette manière-là. On fait dans la quantité, puis à la fin on choisit les morceaux qui nous procurent le plus d’émotions. Sur les douze titres à retenir pour cet album, nous étions tous les quatre dès le départ en accord sur huit d’entre eux.

Les émotions, c’est encore une fois le thème central des textes de «L’Equilibre»…

B: Ce qui est intéressant avec les relations amoureuses, c’est qu’il y a toujours des angles différents à trouver. Les rapports entre les gens sont si riches que c’est un thème d’inspiration inépuisable.
F: Parmi la quarantaine de titres que nous avons écrits, les thèmes étaient très variés. Ensuite on a choisi les chansons qui nous touchaient le plus. Il se trouve que la plupart des morceaux avaient pour thématique les relations amoureuses. Il faut croire que c’est dans ce registre-là que nous sommes les meilleurs…

Vous avez mûri de dix ans depuis le précédent album «300 Lésions», trois d’entre vous sont déjà pères... Un changement qui s’observe aussi dans vos textes?

B: A l’époque du «Chemin», nos chansons traitaient principalement des premières amours et de la violence de ces sentiments lorsque tu es ado et que tu n’as pas encore pu te construire de carapace. Lorsque j’écoute notre dernier album, j’ai l’impression que ce sont les mêmes protagonistes mais qu’ils ont juste un peu grandi. Ils ont donc d’autres types de problèmes, par exemple de savoir aimer une personne sur la durée. C’est le thème qui m’inspire le plus en ce moment de ma vie…

Vidéo: le clip du «Chemin». Source: Youtube

Les ados qui vous écoutaient à vos débuts ont bientôt la trentaine… Alors que certains jeunes d’aujourd’hui n’ont jamais entendu parler de vous. Comment se déroulent les retrouvailles avec le public?

B: Lors des quelques séances de dédicace auxquelles nous avons participé dernièrement, c’était fou de remarquer le panel d’âges qui y était présent. ça allait de 5 à 50 ans! Il y avait des parents avec leurs enfants, qui connaissaient déjà Kyo. On trouvait aussi des ados qui nous ont découverts à travers «L’Equilibre».
F: C’est agréable de remarquer à quel point notre musique peut toucher des générations très larges. Il faut croire qu’il y a un côté très universel dans Kyo!

Votre album «Le Chemin», écoulé à 1 million d’exemplaires, vous a propulsés sur le devant de la scène en 2003. Comment avez-vous vécu ce succès soudain à l’époque?

B: La plupart des gens pensent que le succès s’est présenté très vite… Mais en fait cela faisait déjà très longtemps que nous faisions de la musique. Nous avions déjà sorti un premier album qui n’avait pas du tout marché. Puis le succès est venu d’un coup. Un peu à l’ancienne, nous avons été repérés par un manager en banlieue parisienne. On allait voir les maisons de disques avec nos guitares et on jouait directement les titres devant eux. C’est quand même plus cool que d’envoyer un CD qui au final ne sera jamais écouté! Je me souviens encore d’un conseiller d’orientation qui m’avait dit: «Benoît Poher, vous allez vivre toute votre vie dans la médiocrité!»
F: Au début, on faisait beaucoup de premières parties de concerts. Chaque opportunité était bonne à prendre! On était jeunes à l’époque et on vivait déjà notre rêve. Le plus marquant, c’était peut-être de voir le public chanter nos chansons pendant les concerts. Ils connaissaient les textes par cœur et y trouvaient leurs propres interprétations. Parfois bien loin de nos propres idées!

Malgré ce succès, vous avez raconté à la presse ne pas avoir succombé au «sexe, drogue et rock’n’roll»…

B: On a quand même été dans quelques extrêmes. Surtout sous l’influence de nos camarades de tournées, notamment les mecs du groupe Vegastar qui étaient de véritables malades! Eux incarnaient à merveille le «sexe, drogue and rock’n’roll».
F: On a surtout été plus sages en matière de dépenses. On n’a jamais claqué de thunes sans réfléchir, par exemple en s’offrant de grosses bagnoles. Je crois que nos parents nous ont inculqué de bonnes valeurs à ce niveau-là...
B: Avec l’âge aujourd’hui, je peux vous assurer qu’on fera moins la fête… On va instaurer un couvre-feu!

Vos albums ont aussi cartonné en Suisse romande. Vous conservez un souvenir particulier de l’un de vos passages?

B: C’est certainement notre expérience à Paléo qui nous a le plus marqués. Un des plus gros festivals auxquels nous ayons jamais participé! Je me souviens que l’arrivée sur la grande scène, devant une telle masse de spectateurs, était extrêmement impressionnante.

© Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin