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21 mai 2013

L’homme qui murmurait à l’oreille des ours

Le nouveau film publicitaire de Migros met en scène un plantigrade. Son dresseur, Dieter Kraml, compte parmi les plus renommés d’Europe, et ses protégés sont des stars du grand écran.

Le dresseur Dieter Kraml et sa 
peluche vivante, l’ourse «Hera».
Le dresseur Dieter Kraml et sa 
peluche vivante, l’ourse «Hera».

Vidéo: le nouveau film publicitaire de Migros dans lequel figure l'ourse Hera (source: Youtube)

Il y a quelques mois, l’ours M13 faisait la une de l’actualité, avant de connaître une triste fin. Peu de temps après, c’est un autre de ses congénères qui mettait l’Engadine en émoi. Mais cette fois, l’histoire s’est bien terminée. L’ours, attiré par le parfum d’un pot de miel, s’est contenté de s’inviter à un pique-nique familial, et personne n’a été blessé.

Cette nouvelle apparition d’un plantigrade dans nos forêts a laissé de marbre aussi bien les chasseurs que les amis de la nature. Et pour cause! Cette rencontre était mise en scène pour les besoins du nouveau film publicitaire de Migros diffusé à la télévision depuis la semaine passée. L’ourse Hera y tient le premier rôle, sous le regard attentif de son dresseur Dieter Kraml.

Aux côtés de Jean-Paul Belmondo et Jean-Jacques Annaud

Dieter Kraml vit et travaille depuis plus de trente ans avec des ours bruns européens – il en compte sept à ce jour, dans la région d’Alfeld (D).

L’Allemand nourrit une véritable passion pour les animaux, qui lui a été transmise quasiment au berceau. Lui-même dresseur, son père parcourait déjà le monde à la recherche de spécimens sauvages. «Il a aussi travaillé dans des cirques, comme dompteur d’éléphants», raconte son fils.

Dieter Kraml a commencé dès l’âge de 20 ans à élever ses premiers ours, avant de participer rapidement à des tournages de films. Quand on voit des ours à l’écran, il y a de fortes chances que Dieter Kraml soit dans les coulisses.

Notre homme a ainsi travaillé avec Jean-Paul Belmondo dans L’as des as, avec Jean-Jacques Annaud pour son chef-d’œuvre L’ours ou encore avec Tobias Ineichen dont le film Clara et le secret des ours a été présenté récemment aux Journées de Soleure. Le tournage de ce long métrage, au col du Julier, lui a laissé un souvenir marquant. «C’était incroyable de voir le nombre de gens qui étaient attirés par mes deux ours», raconte Dieter Kraml, avant de chercher une explication: «Cet animal apparaît dans beaucoup de nos légendes et a toujours impressionné les hommes. De plus, presque chacun d’entre nous a possédé un ours en peluche.»

Ce pouvoir d’attraction, le dresseur en tire parti à plus d’un titre. Il souhaite ainsi sensibiliser les jeunes et «les rapprocher de la nature, car ils ne connaissent plus que leurs ordinateurs». Mais il ne s’adresse pas uniquement aux écoles. Les enfants malades et les résidents de homes lui rendent aussi visite pour assister à ses séances d’entraînement avec ses pensionnaires de 2 m 40 de haut et 420 kilos.

Pour accueillir tout ce petit monde, Dieter Kraml est en train de construire un parc aux ours de 6 hectares. Si tout se passe comme prévu, celui-ci devrait s’ouvrir cette année encore.

Des jeunes délinquants collaborent à cette tâche, purgeant ainsi leur peine au service de la communauté. «Ce travail dans la nature leur fait du bien. La force des ours impose le respect. Et quand ce sentiment les gagne, ils peuvent aussi le développer pour eux-mêmes et pour autrui.»

Le dresseur n’utilise jamais la contrainte

Le respect est du reste une condition de base pour travailler avec cet animal, estime le dresseur. «Je ne contrains jamais mes ours. Si l’un d’eux n’a pas envie de participer aux exercices du jour, je le laisse tranquille, vous pouvez me croire.»

Les protégés de Dieter Kraml sont des artistes polyvalents. Ils savent attraper des balles ou s’asseoir à une table. Est-ce vraiment possible sans contrainte? «Ils marchent bien sûr surtout à la récompense. Ils ont de bonnes facultés d’apprentissage et savent quelle tâche accomplir pour obtenir quelle nourriture», explique le dresseur qui emmène parfois un de ses pensionnaires sur le siège passager de sa jeep, pour se rendre dans un drive-in et acheter des hamburgers pour lui et pour son accompagnant.

«J’utilise avant tout leur goût inné pour le jeu et le plaisir qu’ils trouvent à l’exercice», précise Dieter Kraml. La force n’entre pas en ligne de compte: «Si pour une raison ou pour une autre un ours ne fait pas ce qu’on attend de lui, j’interromps le tournage», affirme le dresseur. C’est arrivé par exemple sur le plateau de Clara et le secret des ours quand ses deux actrices ont été perturbées par la présence d’autres animaux à proximité, dont elles ont senti l’odeur. «Elles ont refusé de quitter leur cage durant plusieurs jours.»

Dieter Kraml dirige aussi l’association d’intérêt public Bärenwelten in uns, que l’on pourrait traduire par «Le monde des ours et nous». Celle-ci s’engage pour la sauvegarde des ours d’Europe vivant en liberté. Son but prioritaire est de familiariser le public avec cet animal. «Nous les avons exterminés et nous ne savons plus vivre avec eux», selon lui.

Les récentes mésaventures de M13 dans les Grisons et celles de Bruno, en 2006 dans les Alpes bavaroises, l’ont à ce sujet fort occupé. «Mon plan était d’attirer l’animal grâce à mon ourse Nora, ce qui aurait permis de le sauver. Mais au final, les autorités ne sont pas entrées en matière.»

Il y a quelques années, la police l’a cependant contacté, quand deux ours se baladaient dans le massif du Harz, en Allemagne.«Personne ne savait d’où ils venaient. Nous avons pu les retrouver et les capturer sans leur faire aucun mal. Cela aurait aussi été possible dans le cas de Bruno», regrette Dieter Kraml.

En savoir plus: www.baerenwelten.net (en allemand et anglais).

Auteur: Christoph Petermann

Photographe: Christian Kerber