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22 septembre 2014

L'Afrique du Sud, vingt ans après la fin de l'apartheid

Dotée à la fois de paysages naturels d’une beauté saisissante et d’un passé douloureux, l’Afrique du Sud est une terre de contrastes – et c’est justement ce qui fait son attrait. Visite dans la région du Cap.

Une enfilade de maisons colorées typique du quartier 
de Bo-Kaap
Une enfilade de maisons colorées typique du quartier de Bo-Kaap, au Cap.
Le lapin de Pâques fugueur photo.
Le lapin de Pâques fugueur.

«C’est ici que je suis née», déclare Shereen avec aplomb en pointant du doigt une maisonnette aux couleurs vives, typique du quartier capétonien de Bo-Kaap. «J’y habite encore aujourd’hui et je tiens à me rendre utile», poursuit-elle non sans fierté. La guide effectue avec son groupe le «Cape Malay Cooking Tour», un circuit touristique et culinaire à travers Le Cap.

Shereen, la guide, entourée des épices indiennes, des fruits séchés et des légumineuses dans une épicerie du Cap.
Shereen, la guide, entourée des épices indiennes, des fruits séchés et des légumineuses dans une épicerie du Cap.

Vidéo: Bo Kaap Cooking Safari à Cape town. Source: Youtube

Pour commencer, direction le musée, à deux pas de la maison où Shereen a vu le jour. Notre guide souhaite faire découvrir aux voyageurs l’Afrique du Sud moderne, mais aussi ce qu’elle était encore il y a vingt ans, lorsque ses habitants étaient discriminés et séparés selon la couleur de leur peau. Les photos dans les vitrines illustrent la pauvreté, l’esclavage, le racisme. La pierre noire logée dans le sol a été extraite par des détenus de la prison de Robben Island, une île située à une heure de bateau de la côte.

L’Afrique du Sud, de plus en plus prisée des touristes suisses

Aujourd’hui comme hier, l’Afrique du Sud reste un pays boudé par de nombreux touristes. Si du temps de l’apartheid, ces derniers refusaient de soutenir un régime qu’ils jugeaient inacceptable tant sur le plan politique qu’humanitaire, de nos jours, c’est l’insécurité qui effarouche les voyageurs, le risque d’être victime d’un vol s’étant accru ces dernières années.

Mais tous ne se laissent pas impressionner, loin de là. Il faut dire que l’Afrique du Sud offre une multitude de sites naturels à couper le souffle, du Parc national Kruger au Tafelberg – des splendeurs qui attirent de plus en plus de vacanciers venus du monde entier. Au cours des cinq dernières années, le nombre de visiteurs suisses a ainsi doublé, pour atteindre 60 000.

C’est devant la tour de l’horloge que les navires appareillent pour Robben Island, prison où Mandela a été détenu.
C’est devant la tour de l’horloge que les navires appareillent pour Robben Island, prison où Mandela a été détenu.
Les marcheurs qui entreprennent la difficile ascension du phare au cap de Bonne-Espérance voient leurs efforts récompensés: la vue qui les attend est époustouflante.
Les marcheurs qui entreprennent la difficile ascension du phare au cap de Bonne-Espérance voient leurs efforts récompensés: la vue qui les attend est époustouflante.
Au pied du Tafelberg, de nombreux vignobles offrent des possibilités de randonnées variées.
Au pied du Tafelberg, de nombreux vignobles offrent des possibilités de randonnées variées.
En 1982, un couple de pingouins s’est installé à Boulders Beach, à proximité de Simon’s Town. Aujourd’hui, la colonie compte plus de 2000 individus.
En 1982, un couple de pingouins s’est installé à Boulders Beach, à proximité de Simon’s Town. Aujourd’hui, la colonie compte plus de 2000 individus.

A l’heure du dîner, la petite troupe fait une halte chez Gigi. Cette dernière, qui vit avec son époux et ses deux fils dans une petite maison bleu ciel, a tout préparé pour dispenser un cours de cuisine locale aux touristes: elle leur montre avec enthousiasme comment farcir et cuire des samosas, mélange des currys et sert un véritable festin dans son petit salon.

Gigi donne un cours de cuisine locale aux touristes.
Gigi donne un cours de cuisine locale aux touristes.

L’Afrique du Sud a beau être le poumon économique du continent, la vie est dure pour la majorité de la population. Ainsi, les jeunes Blancs sont poussés à l’émigration car, malgré leurs diplômes, ils n’ont aucune perspective d’avenir. Quant aux jeunes Noirs, leur horizon est lui aussi bouché. Et si la génération qui a été appelée aux urnes pour la première fois en 2014 n’a connu l’apartheid qu’à travers les livres d’histoire, les stigmates d’une ségrégation séculaire sont toujours bien présents.

Le «Cape Malay Cooking Tour» réunit des étrangers venus des quatre coins de la planète, qui rentreront chez eux la tête pleine des merveilles de la nature qu’ils auront vues, mais aussi des belles rencontres qu’ils auront pu faire. Le tour contribue à forger cette image positive que Le Cap souhaite montrer au monde: celle d’une nation dans laquelle les hommes pourront un jour vivre ensemble, sur un pied d’égalité, dans l’une des plus belles régions du monde.

«Il faudra encore du temps»

Elfie Hediger.
Elfie Hediger.

Elfie Hediger réside en Afrique du Sud depuis soixante ans: elle a vécu la majeure partie de son existence sous le régime de l’apartheid.

Elfie Hediger n’a jamais perdu espoir. «Cette année, la génération des jeunes gens de 20 ans, qu’ils soient Noirs ou Blancs, a pu voter pour la première fois après avoir fréquenté l’école pendant douze ans, explique cette Suissesse de 70 ans. C’est le signe d’un nouveau départ!» Cependant, la fin de l’apartheid n’a pas apporté de changements radicaux.

L’ANC, au pouvoir depuis deux décennies, n’a pas réussi à éradiquer la corruption et le népotisme ni à créer une véritable égalité des chances dans un pays pourtant doté d’un fort potentiel.
Ainsi, Elfie Hediger vit douloureusement l’absence de ses fils qui, malgré un bon niveau d’études, n’ont pas trouvé de travail sur leur terre natale: c’est le Canada et l’Angleterre qui ont offert aux trois jeunes hommes des perspectives professionnelles.

Cette femme à la silhouette frêle est convaincue que les mutations rapides du monde d’aujourd’hui portent en eux la promesse de jours meilleurs. C’est pourquoi elle ne souhaite pas quitter Bloubergstrand, une banlieue du Cap. Elle y apprécie tout particulièrement le style de vie méditerranéen, l’atmosphère festive qui règne sur le front de mer et le décor naturel: de la fenêtre de son salon, elle profite d’une vue imprenable sur le Tafelberg et sur la plage, où quelques surfeurs bravent la fraîcheur de l’Atlantique pour tenter d’attraper les vagues.

Elfie partage sa maison avec un Noir. Arrivé chez les Hediger à l’âge de 12 ans, il fait désormais partie de la famille. Aujourd’hui, il est un véritable soutien pour elle. «Il faut à tout prix faire tomber les barrières qui nous séparent», estime la Suissesse, qui sait toutefois que son pays d’adoption a encore beaucoup de chemin à parcourir.

© Migros Magazine – Gerda Portner

Auteur: Gerda Portner

Photographe: Gerda Portner