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21 novembre 2016

L'Afrique et ses amis

Depuis quinze ans, Régine Mafunu Dénervaud anime une association d’abord conçue pour venir en aide aux Africains perdus dans la société suisse. Depuis, la structure s’est ouverte à tous et est devenue un outil d’intégration.

La faiseuse de Suisses

Elle est arrivée de sa république du Congo (RDC) en 1988, comme étudiante à l’uni, et depuis, elle n’a plus quitté le canton de Fribourg. Où elle dirige depuis quinze ans l’AMAF, l’Association des amis de l’Afrique qu’elle a fondée en 2001. «Je n’ai pas connu l’asile, raconte Régine Mafunu Dénervaud, mais autour de moi je voyais des gens venus d’Afrique et qui étaient un peu perdus, qui n’arrivaient pas à s’intégrer.»

Elle a donc conçu l’AMAF comme un lieu où les gens puissent se rencontrer, partager les difficultés qu’ils rencontrent sur les chemins de l’intégration. «Les Africains restaient souvent entre eux, l’idée, c’était de les motiver à participer activement à la vie sociale, culturelle et économique de la Suisse.» Tout en dispensant des informations de base sur des thèmes pouvant dérouter les nouveaux arrivants: «Ils ne con­naissent pas l’hiver par exemple, ils ne savent pas comment s’habiller, se protéger…»

Avec une attention toute particulière portée aux femmes: «L’accouchement en Afrique, ce n’est pas la même chose qu’ici. Aller pour la première fois chez le gynécologue, ce n’est pas évident.» Peu à peu, raconte Régine, l’AMAF s’est élargie: «Des Asiatiques, des Sud-Américains sont venus, puis aujourd’hui les demandeurs d’asile.» Les cours proposés par l’association sont aujourd’hui reconnus par le canton de Fribourg.

Une journée avec Régine Mafunu Dénervaud

8 h 00 Les amis de l’Afrique (AMAF)

«On nous a suggéré de changer le nom de l’association puisqu’elle n’est plus réservée aux seuls Africains. Mais moi j’explique que les Africains n’ont pas besoin d’être les amis de l’Afrique. Ce sont les gens qui viennent d’ailleurs et arrivent ici, qui deviennent les amis de l’Afrique.»

10 h 00 Les cours de français

«Le besoin en cours de langue s’est agrandi avec l’arrivée des réfugiés. Ils suivent les cours de base ou les cours intensifs. Certains sont analphabètes, la plupart n’ont jamais payé une facture. Nous proposons sept cours par jour, trois le matin, quatre l’après-midi.»

11 h 00 Les ateliers d’insertion

«Nous offrons la possibilité de participer à des ateliers pour l’insertion dans la société suisse. Par exemple, aujourd’hui le thème c’est comment on trie les déchets quand on va à la déchetterie, où mettre le Pet, le verre, le carton, etc.»

12 h 00 L’atelier cuisine

«Nous aidons les participants à acheter les produits, on leur montre comment, avec les aliments d’ici, on peut faire une spécialité de chez eux .Nous organisons aussi un atelier fondue, certaines personnes ont de la peine à manger le fromage, il y en a qui trouvent que ça pue.»

14 h 00 La garderie

«Les mamans qui suivent les cours ou qui participent à diverses activités peuvent laisser les enfants dans notre garderie. Cet après-midi, il y a deux petits garçons, un Syrien et un Erythréen.»

19 h 00 La théorie

«Nous organisons parfois des colloques et des conférences sur des thèmes comme les votations, les us et coutumes, le civisme, la vie quotidienne, la santé, mais aussi des histoires de vie. Bref, la théorie avant de passer à la pratique.» 

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Gregory Collavini