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16 juillet 2012

L’âge subjectif, ça se travaille

Dans un guide très complet, le gériatre Olivier de Ladoucette donne mille et une pistes pour bien vieillir.

2 hommes agés s'amusent dans une piscine avec un requin gonflable
On a l'age qu'on se donne... (Photo: Ute Mahler)

C’est quand qu’on sera vieux? Réponse pas si aisée. Car il y a bien sûr l’âge inscrit sur le passeport. Mais il y a aussi ce que la vox populi nomme depuis des lustres l’âge de nos artères. Eh bien, Olivier de Ladoucette, psychiatre et gériatre parisien spécialiste de la psychologie du vieillissement, lui donne raison, démonstrations scientifiques à l’appui. «L’âge administratif est de moins en moins pertinent», affirme ce chargé de cours à Paris V dans une édition revue et augmentée de son classique Guide du bien vieillir.

Il y aurait donc un âge subjectif, résultant de nombreux facteurs autres que le simple temps qui passe. «Et ce sont des facteurs sur lesquels nous pouvons agir. Le vieillissement physiologique est terriblement inégalitaire. On estime que le terrain génétique joue pour 30% de notre longévité. Le reste? Il est lié à nos comportements», explique le gériatre.

Et cela commence par nos désirs. Les conserver vivaces, y compris sexuellement, apporte libido heureuse et réussite dans son avance en âge.

Notre corps, merveilleuse et complexe machine, permet de vivre autonome longtemps. Dans les pays occidentaux, grâce à l’amélioration du niveau de vie, aux progrès de la médecine, à une alimentation saine, il offre à la majorité une vie indépendante jusqu’à 80, voire désormais 90 ans. «Mais nous vieillissons en pièces détachées. Certaines fonctions se dérèglent plus vite que d’autres.»

La fonction respiratoire s’entretient

C’est donc de ces dernières qu’il faut se préoccuper pour résister autant que faire se peut à l’épreuve du temps. Par exemple, la fonction respiratoire, qui à partir de 30 ans se dégrade à hauteur de 10% par décennie en moyenne. Un entraînement d’endurance bien mené peut cependant compenser jusqu’à la moitié de cette perte. «Ainsi, un homme sédentaire de 50 ans sera incapable de suivre une marathonienne de 70 ans, même sur 400 mètres», relève le praticien.

Un peu d'exercice tout en s'amusant! (Photo: Ute Mahler)
Un peu d'exercice tout en s'amusant! (Photo: Ute Mahler)

Même constat pour la masse musculaire. La sarcopénie, ou fonte musculaire, serait ainsi «un véritable problème dans le dernier tiers de l’existence». Entre 20 et 80 ans, nous perdons quand même la moitié de nos muscles, progressivement remplacés par d’autres tissus, notamment graisseux. Là aussi, une activité physique régulière (et le fait de manger des protéines) ralentit le processus, tout comme il freine la diminution de la densité osseuse.

Inutile de rappeler les multiples autres bienfaits du sport, de la prévention des maladies cardiovasculaires à la diminution du stress. Comme le rappelle Olivier de Ladoucette, notre passage d’homo erectus à «homo sedentarus» il y a un demi-siècle à peine n’est pas forcément bien vécu par notre belle mécanique. Une bonne raison pour s’astreindre à l’exercice.

On ne nous apprend pas à bien vieillir.

Autre source de vieillissement sur laquelle nous pouvons influer, celle du psychisme. Chacun connaît ces vieillards acariâtres qui, à l’image de Tatie Danièle, terrorisent leur entourage. Pourtant, la personnalité change assez peu après 50 ans. Selon l’auteur, les seniors «difficiles» se trouvent moins liés au vieillissement du psychisme qu’à l’accumulation des deuils qui amènent repli sur soi et hostilité vis-à-vis de l’extérieur. Il n’en demeure pas moins que l’on peut lutter contre le vieillissement psychologique, en dormant suffisamment, en demeurant en relation avec les autres, en n’abandonnant pas les sorties culturelles et en trouvant les bonnes ressources pour développer son être intérieur. «On nous a préparés à devenir adultes, on ne nous apprend pas à bien vieillir.»

En 2011, Olivier de Ladoucette a d’ailleurs remis au précédent gouvernement français un rapport sur la santé mentale des seniors qui insistait sur cette dimension spirituelle du vieillissement. Avec un mot d’ordre: si on ne peut pas totalement empêcher le déclin physique, «on peut grandir en vieillissant». En commençant peut-être par se souvenir que la problématique de l’âge et du vieillissement n’a rien de nouveau, à l’instar de Jonathan Swift qui écrivait en plein XVIIe siècle: «Tout le monde veut vivre longtemps, mais personne ne veut vivre vieux.» Eh oui.

Auteur: Pierre Léderrey