Archives
23 mai 2016

L’âme de laFamily

C’est en 1999 qu’Isabelle Henzi lance le site romand de référence de la vie familiale quelques mois à peine après avoir débarqué de Paris. Avec une motivation toute simple: permettre aux parents de trouver une plateforme regroupant les multiples informations concernant l’école, les loisirs ou la santé de leurs enfants.

Isabelle Henzi ne connaissait rien de la réalité romande. Aujourd’hui, son site fait référence.

Comme souvent avec les bonnes idées, laFamily.ch est née en 1999 d’une frustration personnelle. «Je débarquais de Paris dans la région lausannoise avec mes trois jeunes enfants dont le dernier venait de naître. Et il n’existait aucune centrale d’informations pour les besoins des parents. Où trouver une baby-sitter, un spécialiste de tel ou tel domaine, un endroit où organiser un anniversaire… toutes ces petites informations dont une maman a besoin», explique Isabelle Henzi.

Arrivant de l’étranger, pas de bouche à oreille ni des réseau de copines pour trouver les bonnes adresses. A l’heure où le site internet romand de référence laFamily.ch et ses 10 000 visiteurs en moyenne quotidienne sort d’une refonte en profondeur adaptée au Web 2.0 (lire encadré), on peine à croire que tout est parti d’une initiative privée de deux amies, dont Isabelle Henzi, aujourd’hui directrice d’une petite entreprise qui emploie une dizaine de personnes et qui ne connaissait alors rien de la réalité romande. «C’est sans doute mon étonnement d’ancienne Parisienne constatant que ce type d’informations centralisée à l’intention des familles faisait défaut ici qui a constitué mon moteur.»

Des mentalités différentes

La jeune femme en comprend peu à peu les raisons, et apprend qu’en Suisse la famille est alors affaire largement privée, que les cantons sont passablement cloisonnés et que beaucoup peinent encore à voir les mamans autrement qu’à la maison. «Elles étaient alors vraisemblablement moins en demande d’informations, ou le faisaient moins savoir, que dans la capitale française où l’on trouvait par exemple Le Paris des tout-petits. Sur ce point, la mentalité helvétique a énormément changé.»

De même, il y a dix-sept ans, internet n’en est qu’à ses balbutiements numériques et tout commence par une page d’accueil très simple aux allures de jeu de l’oie en ligne. «Le site était lausannois et local, à l’intention des personnes abonnées au câble de la Ville.» Le premier coup de pouce est donné par le directeur d’alors de Pro Familia Vaud , qui fait confiance à laFamily et dirige vers le site ses nombreux contacts dans le milieu associatif.

L’une des raisons de notre longévité tient à un bon modèle économique. Je viens du milieu bancaire et je sais compter, faire des projections et un budget. Ainsi, par exemple, il a été clair dès le départ que pour que cela fonctionne toute entreprise, même petite, payait quelque chose pour être présente sur laFamily, même si la somme était modeste.»

Autres bonnes impulsions de départ: pas de publicités contraires aux valeurs du site (la malbouffe y est par exemple proscrite), une proximité étroite avec le réseau associatif, mais aussi la volonté de «trouver des solutions en profondeur pour les gens». Chaque article se voit ainsi écrit par un spécialiste du domaine en question: psychologue, coach scolaire, pédiatre, etc. «Au point que certains sont devenus des références et se voient également très sollicités par les médias de Suisse romande», sourit Isabelle Henzi qui collabore d’ailleurs régulièrement avec plusieurs parutions associatives ou non. «Un premier article sur nous dans 24 heures nous a vraiment lancés. Puis un petit reportage de la RTS par Massimo Lorenzi nous a permis de devenir romands.» Depuis 2001, laFamily fait fi du röstigraben et devient suisse, avec désormais six sites cantonaux, dont Berne et Zurich. Mais, au fond, comment définir la plateforme aujourd’hui? «Comme un réseau de sites locaux entièrement dédié à la vie en famille avec enfants de Suisse romande», comme le résume par exemple le site des librairies Payot avec lesquelles laFamily est en partenariat puisqu’elle sélectionne régulièrement des ouvrages parmi les sorties. Presque miraculeusement, le site a été épargné par les polémiques. A l’exception d’un mini-grondement lorsqu’il a relayé l’existence d’un site de divorce online simplifié.

On m’a alors accusée de détruire la famille, pourtant raison d’être du site. C’était naturellement absurde, et la polémique s’est d’autant plus rapidement éteinte qu’un juge spécialisé a admis qu’il s’agissait d’une très bonne idée.»

Un job à plein temps

Evidemment, dix-huit ans plus tard, de nombreux concurrents sont apparus sur la toile. Mais, curieusement, aucun guide online ne se montre aussi complet et couvrant tous les aspects de la vie familiale, de l’école aux loisirs en passant par la santé: Choix d’activités, conseils pédagogiques de la part de professionnels, aides locales, services à l’intention des familles et plein d’autres choses. «Oui, cela peut paraître curieux. Un grand groupe s’y est essayé. Mais après quelque temps il a fermé. Ça ne marchait pas. Je passe mon temps à aller voir les gens, je réponds aux téléphones de nos utilisateurs et je reçois plus de deux cents mails par jour. Il faut être bon dans ce que l’on fait, vérifier chaque téléphone, chaque date. Et cela représente beaucoup de travail.» Eh oui, la famille, c’est du plein temps.

Texte: © Migros Magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Jeremy Bierer