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10 février 2014

L'amour au travail

Quatre couples de collaborateurs de la M-Industrie expliquent comment ils ont trouvé l'amour sur leur place de travail.

couple
Fanny et Not Jäger ont fait connaissance lors d'une fête de Noël organisée par leur employeur.

Not et Fanny Jäger, Midor

♥♥ Chaque fois que Not Jäger, 45 ans, voit les chiffre «13 18» apparaître sur son écran d’ordinateur, il sent son cœur se serrer... Car la personne qui se cache derrière ce numéro, c’est son grand amour, Fanny Jäger, née Heredia, une jeune femme de 35 ans.

Not est responsable de la planification de la production: il est chargé d’organiser chaque jour le travail d’environ 330 collaborateurs. Dans l’entreprise Midor, à Meilen (ZH), les tâches sont réparties entre trois équipes, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. La planification et la production étant situées dans des bâtiments différents, le chef d’équipe connaît peu de collègues personnellement.

Une soirée symbolique aux yeux de Fanny et Not

Si le Davosien et la Bolivienne ont pu célébrer leur union le 4 octobre 2013, c’est grâce à l’attirance de Not pour la langue espagnole. En effet, si son poste consiste essentiellement à jongler avec des chiffres, le nom de Fanny n’a cependant pas manqué de retenir son attention. Fanny Jovana Heredia – «Quel joli nom», a-t-il tout de suite pensé, en pariant sur l’origine latino-américaine de la jeune femme.

En 2009, lors de la fête de Noël de l’entreprise, il apprend qu’il a vu juste. Alors qu’il se trouve au bar, il entend une femme parler espagnol derrière lui: «sa» demoiselle «13 18», Fanny Jovana Heredia, née dans la ville bolivienne d’Irupana et employée à Midor depuis un an. «J’ai enfin pu mettre un visage sur ce nom qui me trottait dans la tête», raconte-t-il. C’est une longue soirée, qui se conclut par un tendre échange de regards. «Quatre mois plus tard, nous emménagions ensemble à Stäfa.» «Nous», ce sont Not, Fanny et Ariany, sa fille aujourd’hui âgée de 14 ans. Et un week-end sur deux, les fils de Not – Curdin, 15 ans, et Matteo, 13 ans – rejoignent la petite famille.

Depuis, le repas de Noël de Midor est un événement cher au cœur des Jäger…

Isabelle et Sylvain Dubuis, Aproz

Isabelle et Sylvain Dubuis
Isabelle et Sylvain Dubuis, avec leurs enfants Elodie et Anthony.

♥♥ «Nos collègues étaient au courant depuis longtemps, alors que nous pensions être restés discrets, confie en souriant Sylvain Dubuis, 36 ans, lorsqu’il évoque le moment où Isabelle Seewer, 42 ans, et lui sont tombés amoureux. Quand nous avons annoncé notre relation au travail, personne n’a été surpris.»

L’opérateur de laboratoire et la laborantine en microbiologie d’Aproz (VS) se sont connus en 2000 dans le laboratoire d’Aproz Sources Minérales. «Quand j’ai aperçu Isabelle le jour de mon arrivée dans l’entreprise, je me suis dit ouah, quelle femme!» se souvient Sylvain Dubuis. Il est tout de suite tombé sous le charme, bien qu’encore en couple à l’époque. Il n’en a pas été de même pour la jeune femme: «Sylvain ne m’a pas fait beaucoup d’effet, reconnaît-elle franchement, en fait je ne lui ai même pas prêté attention.» Au cours des mois suivants, ils échangent quelques mots, rien de plus.

Un repas de Noël, un mariage, deux enfants

Et puis le hasard a bien fait les choses: à l’occasion du repas de Noël de 2002, on tire au sort le placement des 120 collaborateurs d’Aproz. «J’ai pioché un numéro, et je me suis retrouvé juste en face d’Isabelle», raconte Sylvain. Ils discutent, ils rient, ils dansent. Ainsi a commencé une histoire d’amour qui a conduit à un mariage en 2005, puis à la naissance d’Anthony, 6 ans, et d’Elodie, 1 an.

La laborantine, depuis l’arrivée des enfants, a réduit son activité professionnelle à deux jours par semaine. Pas trop compliqué de travailler dans le même service? Sylvain Dubuis fait non de la tête: chacun possède son propre domaine de compétences. «Comme ça, on n’est pas loin l’un de l’autre, sans pour autant être ensemble en permanence – c’est parfait!»

Karin et Diego Bryner, Mibelle Group

Karin et Diego Bryner
De l'union de Karin et Diego Bryner est né Alexander.

♥♥ Frenkendorf (BL), le 20 avril 2010: alors qu’il est attendu au Mibelle Group pour un entretien d’embauche, Diego Bryner annule le rendez-vous à la dernière minute. Et pour cause: son fils Alexander est venu au monde quelques heures plus tôt. Le jeune homme obtiendra malgré tout le poste d’ingénieur agronome, réintégrant ainsi le groupe Migros.

Meilen (ZH), le 15 mai 2002: «Si je cherchais un compagnon, c’est un homme comme celui-là que je choisirais!» se dit Karin Suter lorsqu’un type à lunettes et au sourire espiègle prend place à côté d’elle. A Midor, une filiale de Migros, se tient une réunion sur l’élaboration de nouvelles friandises, et le chef de projet Innovations n’est autre que le voisin de Karin, Diego Bryner.

«Je venais d’être nommée cheffe d’équipe Analyse sensorielle, et je voulais me concentrer sur ma carrière, se souvient Karin Bryner, née Suter, 38 ans. La dernière chose dont j’avais besoin, c’était d’un petit ami.» A quoi son mari, 42 ans, réplique: «Dans ce cas, tu n’aurais pas dû coller un post-it sur mon ordinateur pour me souhaiter un bon voyage au Mexique!» Karin ne se laisse pas démonter: «N’oublie pas de dire que tu m’as demandé mon adresse pour m’envoyer une carte postale!»

«Sans Migros, ce mariage n’aurait pas eu lieu»

Outre la carte, la jeune femme a également reçu quantité d’e-mails du Mexique… et, un peu plus tard, une invitation au restaurant. «Tu m’as rapporté une statuette en bois», raconte- t-elle. «Et je t’ai embrassée pour la première fois le 23 décembre, à la gare de Zurich», ajoute Diego.

A Midor, les deux tourtereaux ont réussi à garder le secret pendant six mois. Pourtant, une collègue les a surpris se tenant la main dans le tunnel sous-terrain qui relie les bâtiments de l’entreprise, mais elle s’est contentée de sourire, et a tenu sa langue. Ce n’est que lors de la fête organisée par Midor à l’occasion de son 75e anniversaire, à l’été 2003, que le couple est apparu main dans la main. Mais à l’époque, Diego était déjà sur le point de changer de travail: il devait reprendre les rênes d’une fabrique de chocolat en Roumanie. Pendant trois ans, les amoureux n’ont pu se voir qu’un week-end par mois. Puis ils se sont lassés de la distance, et lorsque Diego a été embauché à Läckerli Huus et s’est installé à Liestal (BL), Karin s’est mise en quête d’un nouvel emploi pour pouvoir le suivre.

Liestal (BL), 22 février 2009: des guides touristiques sont empilés sur la table de la cuisine. Le voyage en Californie doit durer trois semaines. Diego prépare un mariage surprise à Las Vegas… Il a néanmoins choisi l’originalité: la cérémonie n’aura pas lieu dans l’une des innombrables chapelles de la ville, mais dans le Grand Canyon. Ainsi, lorsque les amoureux se disent «oui», le 31 mai, c’est un pilote d’hélicoptère américain qui fait office de témoin! La famille et les amis des jeunes mariés apprendront la nouvelle par la presse, le couple ayant publié une annonce avec photo dans la rubrique «Just Married» de la NZZ du dimanche.

«Sans Migros, ce mariage n’aurait pas eu lieu, confient les Bryner. Et notre Alexander n’aurait jamais vu le jour!»

Maria Amelia et Paul Würms, Bina

Maria Amelia et Paul Würms
Pour Maria Amelia Würms, «les histoires d’amour sont inévitables quand de jeunes gens travaillent ensemble».

♥♥ Si vous demandez à Maria Amelia Würms, 55 ans, de vous raconter sa rencontre avec Paul, elle commencera par vous parler du bâtiment de l’entreprise réservé au personnel, dans lequel elle était logée avec d’autres travailleurs saisonniers venus du Portugal. Elle avait 18 ans, et cet emploi temporaire à Bischofszell Produits alimentaires SA (Bina), à Bischofszell (TG), était pour elle une aubaine. Paul, qui suivait à l’époque une formation de technologue en denrées alimentaires, lui avait tout de suite tapé dans l’œil, «mais c’était un grand timide».

Si vous posez la même question à Paul Würms, 53 ans, il évoquera d’abord l’école de recrues, celle de sous-officiers et celle d’officiers, qui l’ont tenu éloigné de l’entreprise pendant plusieurs mois. Maria Amelia lui avait immédiatement plu, «mais dans le temps, on n’était pas aussi direct qu’aujourd’hui».

Trois ans d’amour platonique

Le Thurgovien a donc attendu trois ans avant de prendre son courage à deux mains et de proposer à la jeune Portugaise d’aller boire un verre. Mais ensuite, tout est allé très vite: en février 1983, le couple se marie à Bischofszell, et la petite Tamara vient au monde la même année, suivie de Martina en 1985 et de Dominik en 1989.

Au début, «les gens jasaient», se souvient Maria Amelia Würms, qui travaille aujourd’hui à 60% dans le secteur de la transformation des pommes de terre, tandis que son époux est chargé de planifier la production dans le domaine des emballages de boissons souples. «Que lui veut-il, le Suisse, à la Portugaise?» a-t-elle entendu plusieurs fois. Aujourd’hui, elle s’en amuse: «Les histoires d’amour sont inévitables quand des jeunes gens travaillent ensemble.» Et en ce qui concerne Bina, elle a raison: en 1983, trois autres couples helvético-portugais ont convolé en justes noces!

Auteur: Almut Berger

Photographe: Ornella Cacace