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15 avril 2013

L'Angleterre se raconte de Bristol à Bath

Loin du stress de la City de Londres, Bristol enchante par son histoire et son dynamisme contemporain. Avec un petit détour par la ville voisine de Bath, pour s’immerger dans la société britannique du XVIIIe siècle.

(Photo: Getty Images/Nick Cable)
La Française Anne Mitchell, guide à Bristol, reconnaissable à son parapluie tournesol. (Photo: Alexandre Willemin)
La Française Anne Mitchell, guide à Bristol, reconnaissable à son parapluie tournesol. (Photo: Alexandre Willemin)

Des merveilles médiévales mais aussi des monstruosités du XXe siècle.» C’est peut-être ce mélange qui donne tout son charme à Bristol, (site en anglais) la capitale du sud-ouest de l’Angleterre. Notre guide Anne Mitchell y réside depuis une trentaine d’années. Elle a préféré quitter son pays, la France, pour s’établir ici. La mentalité britannique correspondrait davantage à son caractère. Pour faire face à la pluie – à ce qu’on dit fréquente de l’autre côté de la Manche – elle arbore un grand parapluie de la forme d’un tournesol. Et c’est en se repérant à ce point jaune vif que nous nous aventurons dans la cité.

Une première halte s’impose devant la cathédrale de style roman et de religion anglicane, bien sûr. Plus loin, c’est une autre tour qui se dresse. Celle de l’Université de Bristol, majestueuse et il paraît «très prisée». A la contempler, il est vrai, on aurait presque envie de se remettre aux études. «Les étudiants qui viennent ici ne veulent plus repartir, nous apprend la guide. Il faut dire que la qualité de vie est bien plus agréable ici qu’à Londres!»

C’est autour de son port que la ville s’est développée à la fin du Moyen Age. Des canaux permettaient autrefois de rejoindre par bateau la mer depuis le centre de Bristol.

Fondée par les Saxons au VIIe siècle, c’est d’abord avec les Gallois que la ville commerçait. Puis avec Bordeaux, qui échangeait son vin contre la meilleure laine de mouton. Enfin, les navires se sont aventurés vers des destinations plus exotiques.

«Nous aimons nous vanter ici d’être les premiers à avoir découvert l’Amérique du Nord, raconte Anne Mitchell. Jean Cabot, bien qu’Italien, est parti de Bristol lorsqu’il a découvert le Canada en 1497!»

Entre les bâtiments modernes qui se dressent au bord de l’eau, on aperçoit encore les grues de l’ancien port. Et sur les collines, des maisons colorées où résidaient autrefois les riches marchands. «De leur demeure, ils pouvaient contrôler en permanence leurs cargaisons!»

Des bâtiments opulents témoins d’un commerce florissant

Un peu plus loin, ce sont les anciens entrepôts de briques rouges qui ont su résister au fil du temps. Sans oublier ces opulents bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècle vers Corn Street, «à l’époque où l’on voulait prouver à tous la bonne santé économique de la ville grâce à son commerce florissant».

Mais Bristol est célèbre aussi pour son art bien plus récent. C’est ici que le très célèbre Banksy a réalisé ses premiers graffitis. Si autrefois la police essayait de débusquer l’artiste anonyme pour l’amender, on expose aujourd’hui ses œuvres dans les plus grands musées. «On a enfin compris que l’art urbain était un atout pour Bristol, explique Anne Mitchell. On a proposé aux auteurs de graffitis de décorer à leur manière les bâtiments en béton les plus horribles de la ville.»

Un côté jeune et dynamique qui devient plus limpide encore une fois la nuit tombée, au bord des quais. Les bars se suivent et ne se ressemblent pas. Mais l’ambiance, elle, est toujours au rendez-vous. Il faut l’admettre, lorsqu’il s’agit de faire la fête, les Anglais ne font jamais dans la demi-mesure.

Depuis Bristol, difficile de renoncer à une excursion jusqu’à Bath, à seulement une trentaine de minutes de train. Autrefois dénommée Aquae Sulis, la ville tient son nom des trois sources naturelles d’eau chaude qui y jaillissent. «C’est autour d’elles que Bath s’est construite, explique notre guide locale Pascale Souchon. D’abord les Celtes, puis les Romains s’y sont installés en 43 après J.-C.» Ces bains antiques sont l’une des attractions phares de Bath. Une visite s’impose pour se replonger dans l’Antiquité et se prélasser autour de l’ancien bassin, rempli d’une eau qui sort de terre à 46 degrés.

Envie d’y faire trempette? C’est juste de l’autre côté de la route qu’il faut se rendre. Des nouveaux bains, inaugurés en 2006, profitent de cette source exceptionnelle d’eau chaude. Plusieurs bassins, dont un sur le toit qui offre une jolie vue sur la ville, saunas et hammams invitent à la relaxation.

Mais Bath est célèbre surtout pour son architecture harmonieuse. La guide précise:

A peu près tout ici date du XVIIIe siècle, de style georgien. C’est la seule ville anglaise qui est entièrement protégée par l’Unesco!

Et on la croit sur parole! Tous les bâtiments du centre-ville sont construits de la pierre jaune de Bath. Avec ce style d’architecture qui s’inspire des savoir-faire romains, comme un clin d’œil à ses ancêtres.

Pascale Souchon, guide à Bath. (Photo: Alexandre Willemin)
Pascale Souchon, guide à Bath. (Photo: Alexandre Willemin)

«Bath était le Las Vegas du XVIIIe siècle, s’amuse Pascale Souchon. Les gens venaient ici pour se baigner bien sûr, mais aussi pour écouter de la musique ou jouer aux cartes.» Il s’agit donc de construire rapidement toutes les infra­structures nécessaires à la vie des gens les plus fortunés. En témoigne par exemple la majestueuse salle des fêtes de Bath.

D’autres lieux ne peuvent échapper à toute escapade dans la cité. Il y a notamment le célèbre Pultney Bridge, cet ancien pont de pierres bordé de boutiques. Il faut savoir aussi s’éloigner de l’hyper-centre pour découvrir d’autres merveilles architecturales. Par exemple The Circus, immeuble géant en forme de cercle, ou The Royal Crescent, autre bâtiment en forme de croissant composé de trente maisons accolées les unes aux autres. «Les ragots allaient bon train, quand les domestiques se retrouvaient sur la place centrale pour y puiser l’eau, raconte la guide. Les secrets des familles n’avaient alors qu’une très courte espérance de vie!»

Et pour reprendre des forces, entre deux visites, quoi de plus revigorant qu’un afternoon tea dans le populaire Pump Room Restaurant. Là où des Anglais de tous âges viennent pour déguster les thés du meilleur cru, accompagnés de scones et autres pâtisseries salées ou sucrées. Qui peut dire encore que l’on mange mal en Grande-Bretagne?

Auteur: Alexandre Willemin