Archives
27 décembre 2011

L’Année de l’autostop

En 2012, Jean-François Duval voyagera avec vous!

Jean-François Duval

C’est tout décidé. Pour moi 2012 ne sera pas «l’Année européenne du vieillissement actif», comme l’ont prévu les instances de l’UE. Non, pour moi, l’année 2012 sera celle de l’autostop. J’ai de charmants souvenirs de périples en stop, je crois même que j’aurais dû passer une plus grande partie de ma vie à faire de l’autostop.

Bon, évidemment, qui va prendre aujourd’hui un vieux bonhomme comme moi levant le pouce au bord de la route? Forcément, je vais passer pour un type bizarre. «Non, mais t’as vu ce mec au bord de la route… à son âge, faire du stop, pffft!...», va dire bobonne à son époux qui filera comme le vent devant moi sans s’arrêter. Oh, mais je suis plein d’espoir, vous savez! et j’ai de bonnes raisons pour cela.

La dernière fois que j’ai fait du stop, c’était à l’automne passé. J’ai débarqué un train trop tard à la gare de Sion, en fin d’après-midi. Le car Theytaz de 17 h 15 qui monte habituellement chaque jour dans le val d’Hérens, sur les hauteurs duquel je me retire parfois pour y jouer à Robinson, n’était pas au rendez-vous. C’était dimanche et ce jour-là – je l’avais oublié –, le dernier car part à 16 h 40. Que faire? Plein d’allant, je me suis dit: du stop, y a que ça de vrai! J’ai clopiné jusqu’à la sortie de la ville, me suis posté sur la route… Je n’ai pas attendu trente secondes! Le pouce à peine levé, aussitôt pris. Phénoménal. Je n’en revenais pas, j’avais autant de chance qu’une jeune fille en minishort. La chance ne m’a pas lâché une seconde. Pour grimper jusqu’à ma destination finale et isolée, j’ai été ramassé par cinq voitures successives; je sautais presque de l’une dans l’autre sitôt que leur chemin se séparait du mien, ou que leur conducteur stoppait parce qu’il était lui-même déjà arrivé à destination. La chance? Non, c’est simplement que les Valaisans sont formidables. Dans aucun autre canton suisse ça n’aurait aussi bien marché.

J’ai de merveilleux souvenirs d’autostop en Valais.Quand j’étais ado, avec un ou deux copains, on a levé le pouce de Zinal à Vercorin, pour y fêter le 31 dans un chalet où toute une bande organisait une surprise-partie. J’ai dansé tous les slows avec une inconnue qui avait posé sa main sur ma poitrine; c’était moins pour me tenir à distance que pour me garder contre elle. Rien de plus merveilleux que l’autostop, non?

Deux ans plus tard, couvert de poussière et la gorge desséchée, je faisais du stop en Asie mineure. Un camionneur turc nous a ramassés. Miracle! On s’est retrouvés coincés sur le pont arrière en compagnie de dizaines de caisses de Coca Cola. Oh! les Suisses ne sont pas si honnêtes qu’on croit. On a fait sauter les capsules de trois bouteilles, et on n’est pas morts de soif.

L’an d’après, j’étais sous la pluie à la sortie de Londres, le pouce toujours levé. Je voulais gagner l’Ecosse. Personne ne s’est arrêté. Le moral bien bas, j’ai repris le métro jusqu’au centre-ville et, la honte au front, me suis réfugié dans une auberge de jeunesse. Ah, en fait de routard, j’étais vraiment un chevalier à la triste figure!... La relecture de Sur la route de Kerouac m’a aussitôt remis d’aplomb, car la même minable aventure lui est arrivée à 25 ans, lorsqu’il tente pour la première fois de quitter New York, à l’été 1947. Aucun succès. Triste retour tout trempé jusque chez sa maman.

La toute première fois qu’on m’a pris en stop, c’est quand j’avais 11 ans, que j’étais aux scouts et que nous étions en camp d’été du côté de Saint-Tropez. Une superbe américaine (je veux dire: une Chevrolet ou une Cadillac) s’est arrêtée net pour ramasser toute la patrouille, qui était allée voir la tombe de Gérard Philipe à Ramatuelle. C’était une décapotable si géante que toute la patrouille y tenait facile, on pouvait même s’y retourner tout à son aise pour admirer les ailerons gigantesques.

Allez, pour moi, c’est décidé, l’année 2012 sera l’Année de l’autostop. Je n’ai plus 11 ans, je n’ai plus 20 ans. Mais en cette année du «vieillissement actif», ça promet d’être drôlement intéressant!

Auteur: Jean-François Duval

Photographe: Daniel Rihs