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23 juillet 2012

L’appel de la forêt

A La Tzoumaz (VS), au-dessus de Riddes, petits et grands partent sur les traces du tétras-lyre le long du bisse de Saxon et de la Fare. Un sentier didactique où l’on hume, touche, goûte, écoute et observe la nature.

Deux femmes observent fleurs et feuilles
Tout au long 
du parcours, 
les visiteurs 
sont amenés 
à découvrir
les senteurs 
de la forêt.

Perchée au-dessus du petit village de La Tzoumaz, la Maison de la forêt ressemble à l’une de ces maisonnettes de conte de fées. Celles que l’on rencontrerait au détour d’une clairière après s’être égaré de son chemin. Avec ses fenêtres fleuries par Laura, jardinière anglaise tombée amoureuse du lieu voici quatre ans, cette ancienne grange transformée en musée et buvette offre au randonneur une vue imprenable sur la vallée du Rhône.

Au-dessus du petit village de La Tzoumaz, la Maison de la forêt offre au randonneur une vue imprenable sur la vallée du Rhône.
Au-dessus du petit village de La Tzoumaz, la Maison de la forêt offre au randonneur une vue imprenable sur la vallée du Rhône.

En face, le Haut-de-Cry déploie sa crête dentelée tandis que sur la droite, le toit plat enneigé du glacier des Diablerets se dessine au loin. Nous voici à mi-chemin entre Martigny et Sion, à 1700 mètres d’altitude, à l’orée de la forêt de La Tzoumaz, royaume du tétras-lyre.

C’est d’ailleurs le petit coq qui accueille le visiteur sur le panneau de bienvenue du Sentier des sens planté en contrebas. Une randonnée didactique et familiale de 2,7 kilomètres entre forêt et pâturages, le long du bisse de Saxon, là où aime parader l’oiseau au printemps. Apercevra-t-on cet habitant réputé craintif lors de notre balade? «C’est certain», lance en souriant Luc Pignat, responsable de l’Office du tourisme de La Tzoumaz. Il a raison.

Le bisse de Saxon contribue à diversifier la flore et la faune.

Au premier étage de la grange, le petit coq au plumage bleu-noir lustré nous attend sans broncher… empaillé! Il y côtoie d’autres habitants de la forêt, comme la sittelle, la grive ou le casse-noix moucheté. Cet oiseau qui se nourrit de graines d’arolle, arbre symbolique de la haute montagne, et qui compose la forêt de La Tzoumaz avec le mélèze et le pin de montagne.

Une 
installation 
didactique sur les énergies 
fossiles.
Une 
installation 
didactique sur les énergies 
fossiles.

Laissons la Maison de la forêt et ses hôtes empaillés pour découvrir la nature à l’état pur. Nous voici en route pour le Sentier des sens. Développée en collaboration avec l’Ecole pour enfants handicapés de la vue de Lausanne, l’excursion est jalonnée de panneaux en braille. Tout y est prévu pour éveiller les sens, et «construire un pont entre non-voyants, malvoyants et bien-voyants», précise le dépliant. Un odorama pour découvrir les essences et les plantes préférées du tétras-lyre rythme le parcours, tandis que des sacs où l’on peut glisser des appeaux, du papier et des crayons, attendent petits et grands au rez-de-chaussée de la grange.

Dès notre départ, nous sommes invités à toucher, humer et goûter les plantes des jardinets de la Maison de la forêt. Millepertuis, mélisse, verveine odorante ou encore thym sauvage dévoilent leur texture et leur parfum. La vue n’est pas oubliée. Le dessinateur en herbe peut depuis cet été immortaliser le paysage à quatre endroits indiqués sur le parcours par des crayons géants plantés dans le sol. Baptisée Crayon vert, l’activité propose notamment de découvrir sous plusieurs angles le Haut-de-Cry.

Isabelle Hefti, 
responsable de la communication pour la destination Verbier-Grand-Saint-Bernard dont fait partie 
La Tzoumaz.
Isabelle Hefti, 
responsable de la communication pour la destination Verbier-Grand-Saint-Bernard dont fait partie 
La Tzoumaz.

Le plus long bisse d’Europe

Bordé de géraniums sauvages bleutés, le chemin nous emmène en zigzaguant vers la forêt. Nous voici à l’orée des terres du tétras-lyre. Première halte: un panneau invite à distinguer le sorbier des oiseleurs du sureau par le toucher. Pas facile. Les feuilles des deux arbustes se ressemblent et leurs branches s’entremêlent. Nous reprenons la route à l’ombre des sapins et des mélèzes.

Sur la droite, le bisse de Saxon s’écoule paisiblement. «C’est le plus long d’Europe, précise Isabelle Hefti, notre accompagnatrice et responsable de la communication pour la destination Verbier-Saint-Bernard, dont fait partie La Tzoumaz. Il s’étire sur plus de 32 kilomètres.» Construit au mitan du XIXe siècle pour irriguer les cultures de la plaine du Rhône, le canal a été remis en eau en 1999. Mais «il n’est pas seulement là pour faire joli», avertit notre guide: «C’est une excellente barrière anti-incendie et sa présence contribue à diversifier la flore et la faune.»

Il est vrai que la végétation y est luxuriante. Fougères, mousse, myosotis et myrtilliers donnent au lieu un air de forêt enchantée. Et cette maisonnette, avec, devant elle, une roue à aubes: serait-elle le refuge d’un lutin? Pas tout à fait. Aujourd’hui désertée, la cabane était autrefois habitée par un gardien chargé de contrôler le bon écoulement du bisse, poursuit Isabelle Hefti.

Quelques pas plus loin, le bisse vire sur la gauche, poursuivant sa route vers Nendaz. Le sentier des sens débouche alors sur une clairière avant de s’enfoncer à nouveaux sous les arolles et les mélèzes. Encore quelques pas et nous voici arrivés sur les terres affectionnées par le tétras-lyre: un pâturage orné de rhododendrons, de bruyère et de myrtilliers. Mais nous aurons beau tendre l’oreille et ouvrir l’œil, l’oiseau ne se montrera pas.

Le promeneur est invité à fouler pieds nus le sol moelleux à la 
dernière station du Sentier 
des sens.
Le promeneur est invité à fouler pieds nus le sol moelleux à la 
dernière station du Sentier 
des sens.

Fouler le sol à pieds nus

Une déception bien vite oubliée face à la beauté du vallon d’Arby qui surgit alors que le sentier tourne pour revenir à son point de départ. Au premier plan, la Fare bondit devant nous. Nous suivons la rivière jusqu’à la dernière station du sentier: «Enlever les souliers et bander les yeux» avant de marcher sur des copeaux de bois, indique le panneau. On s’exécute, foulant pieds nus le sol moelleux et humide, chatouillé par les copeaux. Encore quelques brins de thym sauvage cueillis au bord du chemin et nous voici déjà sur le retour. Après un périple d’une heure trente, nous retrouvons la Maison de la forêt. La prochaine fois, c’est sûr, nous aurons rendez-vous avec le tétras- lyre.

Carnet pratique

Quoi? Le Sentier des sens: une heure trente de balade à travers la forêt de La Tzoumaz (anciennement Mayens-de-Riddes) depuis la Maison de la forêt. L’accès est aisé et prévu pour les personnes à mobilité réduite. Il est toutefois préférable qu’elles soient accompagnées.

Quand? De début juin à fin septembre. La Maison de la forêt est ouverte de 9 h à 17 heures.

Comment s’y rendre? En train jusqu’à Riddes puis en bus jusqu’à La Tzoumaz. En téléphérique de Riddes à Isérables, puis en bus jusqu’à La Tzoumaz. Suivre ensuite le «Taillay» jusqu’à la Maison de la forêt.

En voiture en sortant de l’autoroute à Riddes, puis en suivant «La Tzoumaz». Sur place, la direction est indiquée par les panneaux bruns «Maison de la forêt». Un parking est à disposition.

Renseignements: 0041 27 305 16 00 ou latzoumaz@v-sb.ch ou www.latzoumaz.ch

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Laurent de Senarclens