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19 août 2016

L'arbre à marshmallows

Mes enfants sont à un «Summer Camp» cette semaine. Avec leur mère, on a pensé que ça meublerait ces vacances interminables. Que ça les distrairait de cette odieuse vague de chaleur. Et que, pour la peine, ils en reviendraient un peu cultivés.

Des céréales de toutes les couleurs dans un étalage de supermarché.
Pop corn au “movie theater cheese”, gelées fluorescentes, saucisses de hot dog au goût de "fumé de noyer blanc d’Amérique”, bières à la" pâte de Pretzel”. Au rayon alimentaire, oubliez la sobriété en Amérique… même si le kale, le gluten free et le sans OGM essaient de s’imposer.

Deux arguments nous ont fait opter pour le camp «Trail blazers». Le prix. J'ai obstinément refusé d'hypothéquer notre appartement pour leur seul épanouissement estival. Mais surtout le thème de la semaine – «D'où vient votre nourriture?» - d'une pertinence à laquelle l'Amérique ne nous a pas habitués.

Depuis notre arrivée ici, j'observe deux antipodes sur la scène alimentaire. La version new yorkaise, brooklynite, bobo. Donc, pas vraiment l'Amérique. On s'enfile des tonnes de kale (chou frisé, ndlr.) avant d'aller au yoga. On met du smoothie racines-rouges-champignons-coriandre dans sa gourde à vélo. On s'abonne à des programme de Cleanse Detox.

Et quand on s'autorise un burger, la viande doit être labellisée grass-fed (la vache a été nourrie avec de l'herbe) ou, encore mieux, pasture-raised (la vache a mangé ladite herbe dans son champ). Dans les jolis quartiers, ceux qu'on dit «gentrifiés» (transformés socialement par une classe au pouvoir d'achat confortable), on ne compte plus les enseignes vantant le bio (organic) et le sans-OGM.

En bas de chez moi, il y a un restaurant vegan, à côté duquel vient d'ouvrir une Pizzeria gluten-free. J'ai testé. Ça n'est pas loin d'être délicieux. Mais c'est encore juste à la frontière du dégueulasse. Que ce soit pour de vrai ou pour se donner un genre, je dois dire que ça m'est égal.

J'apprécie de voir une partie des Américains transitionner vers des habitudes alimentaires plus saines. Hélas, une partie seulement. Car l'autre partie, encore très largement majoritaire, continue de réduire à néant les efforts de la première catégorie avec une créativité qui me subjugue.

Il ne s'agit pas de se moquer de leur culture culinaire. Il y en certainement une ici aussi. Le rattle snake chili (chili de serpent à sonnette) de l'Arizona, le boudin de Louisiane ou la poutine de homard du Maine doivent bien rivaliser avec nos fondues, nos roestis et nos gâteaux du Vully.

Mais il y a, dans leurs supermarchés, des trucs tout simplement inqualifiables. Des gélatines low calories, sugar free, no artificial preservatives qui n'en sont pas moins fluorescentes. Des céréales dont la couleur, là aussi, rivalise avec les stabilos néons.

Des chips reduced fat au cheddar cheese. Des saucisses pour hot dogs (Franks) au fromage intégré ou à l'arôme hickory smoke (goût fumé au noyer blanc d'Amérique), des pop corn au movie theater butter, du cheese whiz, une sorte de sauce au fromage qu'on étale comme de la crème fouettée et dont je doute sérieusement qu'elle soit faite à base de fromage.

Je suis quelqu'un de très ouvert d'esprit sur le plan culinaire. Et quand il s'agit de bière, je crois pouvoir dire que mon intelligence du cœur est carrément inégalable.

La bière à la «pâte de Pretzel» dans un rayon de supermarché.
La curieuse bière à la «pâte de Bretzel».

Mais de la bière à la «pâte de Bretzel», ça non. Et pourtant oui. Bref, la liste est sans fin de ces aliments qu'on n'ose presque pas appeler comme ça et dont on ne sait pas du tout d'où ils sortent. Ça leur fera du bien, aux gamins, de voir où ça pousse les Pringles et les marshmallows.

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez