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22 décembre 2014

L’art de façonner des bougies

L’entreprise familiale Raemy SA, à Givisiez, est l’unique fabrique romande de cierges et bougies. Incursion au royaume de la cire et de la paraffine.

Charles Raemy, directeur de l'unique fabrique romande de cierges et bougies.
Charly Raemy, directeur, pose devant des cierges pascals en préparation.

Il suffit de pousser la porte pour être environné d’une délicieuse odeur de cire chaude. Et les associations d’idées affluent: bien-être, festivités, lumière, chaleur. De la chaleur, il y en a également dans le sourire de bienvenue du couple qui nous accueille: Charly et Jacqueline Raemy, entourés de trois autres membres de la famille, travaillent en parfaite complémentarité dans cette unique fabrique de cierges et bougies romande.

De part et d’autre de l’entrée, un impressionnant alignement de cierges ouvragés et colorés: «Nos modèles de cierges pascals», explique le directeur. Qui nous entraîne déjà à l’étage, où trône sa fierté: une énorme machine composée de deux rouleaux, entre lesquels circulent des ficelles qui plongent à chaque passage dans un bain de cire. Petit à petit, les ficelles – de longues mèches, en réalité – se transforment en cierges.

Un travail de longue haleine

Plus loin, Joël, le fils, est en train de tremper, puis de retourner d’énormes cierges pour les faire sécher régulièrement. Ceux-ci sont recouverts d’une fine pellicule torsadée: «C’est parce qu’il les trempe trop vite, il n’a pas écouté les conseils de son papa. Ah, ces jeunes, ils sont trop impatients», remarque Charly Raemy mi-figue mi-raisin.

Mais le problème est vite résolu: chaque cierge passe dans un égaliseur, un cercle chauffant qui le fait ressortir parfaitement lisse. Il faudra néanmoins encore plusieurs trempages – à chaque passage, un millimètre de cire supplémentaire s’ajoute à la couche existante – et de nombreux retournements toutes les vingt minutes avant d’être terminé.

Les mèches traversent à de nombreuses reprises un bain de cire chaude.
Les mèches traversent à de nombreuses reprises un bain de cire chaude.
A chaque passage, 1 millimètre de cire s’ajoute à la couche existante.
A chaque passage, 1 millimètre de cire s’ajoute à la couche existante.
Joël, le fils, trempe encore les cierges dans le liquide pour qu’ils sèchent de manière régulière.
Joël, le fils, trempe encore les cierges dans le liquide pour qu’ils sèchent de manière régulière.
L’entreprise utilise aussi des bains de cire de couleur, selon une vingtaine de nuances.
L’entreprise utilise aussi des bains de cire de couleur, selon une vingtaine de nuances.
Les ornements sont parfois prédécoupés dans des feuilles de cire.
Les ornements sont parfois prédécoupés dans des feuilles de cire.

Un énorme «taille-crayon» permet ensuite de façonner la pointe des cierges et bougies. Mal ajusté, il déchiquette quelques pièces? «Aucun problème, on les refond! explique Charly Raemy. Le seul déchet, c’est la mèche. Tout le reste peut être réutilisé.»

Juste à côté, Yolande, la tante, enfile à une vitesse hallucinante des mèches dans des lumignons. Mais gare à qui voudrait l’imiter! Les mèches se terminent par trois petites bandes de métal coupantes comme des rasoirs. Yolande n’en a cure: «Cela va faire trente ans que je travaille ici, vous savez, alors j’ai l’habitude. En général, je fais six piles de plateaux en une matinée.» Sachant que chaque pile comprend douze plateaux, et que chaque plateau renferme 25 lumignons, faites le calcul…

A l’autre bout de la pièce, Trudy Noth, la sœur de Charly Raemy, se concentre pour sa part sur l’ornementation: délicats papillons roses sur un futur cadeau de jubilé, signes de l’horoscope, prénoms et dates de naissance sur des disques de cire colorés, présents d’une grand-maman à ses cinq petits-enfants, mais aussi des croix sur des cierges de baptême.

Les symboles et dessins sont parfois prédécoupés dans des feuilles de cire, d’autres sont façonnés un par un sur des moules en laiton. Les chiffres doivent encore être séparés les uns des autres manuellement – et très délicatement. «Dans le temps, nous faisions les feuilles de cire, les formes et les chiffres nous-mêmes, souligne la spécialiste. Mais ce n’est plus rentable.» Chaque bougie ornée est ensuite plongée dans un bain de laque spéciale, qui la rend brillante et permet de protéger le motif, mais fond ensuite en même temps que le reste.

On découvre ensuite les bains de cire de couleur – une vingtaine de nuances –, ainsi que le «frigo» avec son climatiseur: ce dernier a été construit en 2003, après la grosse canicule qui frappa le pays en été. «Il avait fait si chaud que les bougies suspendues au plafond avaient glissé de leur mèche, se souvient Charly Raemy. Et les bougies en paraffine avaient changé de forme et étaient toutes tordues.» Depuis, les températures estivales n’ont plus été aussi extrêmes, «mais comme ça, on est parés!»

Dernier arrêt à l’étage, devant une ribambelle de délicats cierges blancs: des «flûtes» pareilles à de l’albâtre, destinées aux veillées pascales et distribuées aux enfants durant les baptêmes, car elles ne coulent pas. Mais chut, le directeur n’en dira pas plus: la recette est un secret…

La visite se termine en bas, devant une autre machine gigantesque destinée à la confection des lumignons et bougies en paraffine. Dans un bruit de tonnerre, elle compacte la poudre d’un côté puis éjecte de l’autre les petits disques blancs. Un produit plus compact, plus granuleux et meilleur marché, mais nécessaire à la bonne marche de l’entreprise. Car si à l’époque les machines tournaient deux à trois jours par semaine, elles ne tournent plus que deux à trois fois par mois aujourd’hui. Les Eglises représentent 80% des ventes, et des commandes privées le reste. «Les gens nous disent parfois que nos produits sont chers, soupire Trudy Noth. Mais nous garantissons une belle qualité et faisons tout nous-mêmes.» En y mettant tant de cœur que le symbolisme de la bougie prend ainsi une tout autre dimension.

© Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Loan Nguyen, Véronique Kipfer