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28 septembre 2015

L’art de grand-maman rajeuni

Désormais, la peinture sur porcelaine compte aussi des aficionados de 8 à 12 ans. Visite d’un cours d’initiation à l’Ecole-club Migros de Sion.

Les enfants autour d’Evelyne Reuse.
Les enfants suivent avec une grande concentration la démonstration d’Evelyne Reuse.

«Trop cool, ce vert!» «Y’a pas d’orange fluo?» «Hé, regardez, j’ai trouvé un vrai trésor de beauté: il est bien, ce turquoise, non?» Massés autour d’une valise remplie de flacons de pigments, onze enfants de 8 à 12 ans découvrent les couleurs qu’ils pourront apposer sur leur assiette. C’est le deuxième jour de leur cours estival de peinture sur porcelaine à l’Ecole-club Migros de Sion, et une vraie récompense, après une première journée passée à imaginer un motif et en peindre les contours en noir.

Sur les murs, plusieurs dessins se font face: «Je les ai imprimés pour inspirer les enfants, explique l’enseignante Evelyne Reuse. Cette année, ils peuvent choisir entre deux thématiques: les sports et les professions. Ils créent ensuite le motif qu’ils veulent.» Chacun a ainsi donné libre cours à son imagination et les dessins sont aussi différents qu’originaux: coiffeuse en train de rater la coupe de son client catastrophé pour Hedwige, golfeur brandissant son club pour Luca, atelier de couture pour Cloé ou encore terrain de tennis au-dessus duquel s’entrecroisent balles et papillons pour Marie.

On est bien loin des petites roses peintes par les grands-mamans de l’époque. Dorénavant, la peinture sur porcelaine prend diverses formes,

je propose même des cours de création de bijoux», souligne Evelyne Reuse, qui arbore d’ailleurs un magnifique pendentif. «C’est aussi un art qui s’adresse à tous: il n’est pas nécessaire de savoir bien dessiner, il faut juste avoir du plaisir à créer.» En cela, les enfants diffèrent d’ailleurs radicalement des adultes:

Les enfants font leur dessin sans se prendre la tête. Les adultes, eux, veulent que ce soit parfait, et vont plus dans les détails pour que le résultat soit à la hauteur de leurs attentes!»

Un travail de précision

Tout en parlant, l’enseignante mélange en chaîne médium et pigments sur des catelles, afin de créer la peinture demandée par chaque enfant. Pour Loïc, ce sera du gris pour les roues de son camion. Pour Ludivine, du gris, du beige et du noir qui, apposés par petits traits délicats, orneront son cheval. «C’est chic qu’on puisse prendre ensuite les assiettes chez nous, remarque Julie en examinant la palette de maquillage, dont elle a dessiné chaque détail.

Mais bon, on ne va pas manger dedans, c’est trop dommage. Mes parents l’utiliseront pour mettre l’apéro ou des trucs comme ça.»

Mains d'enfant en train de tenir un coton-tige sur l'assiette.
Manier les instruments avec finesse fait partie intégrante de l’apprentissage de cette discipline créative.

«Vous avez du vert fluo?» demande Hedwige. «Il n’y a pas de teinte fluo, mais j’ai quand même de jolies couleurs vives.» «Mais non, justement, ce n’est pas ce que je veux, puisque la coiffure du client doit être affreuse!» Plus loin, Luca passe une éponge pour unifier son parcours de golf verdoyant. Julie: «Ben elle est pliée, sa canne, non? Enfin, je dis ça, je dis rien!»Mathieu, à côté, utilise la même nuance pour sa ceinture de karaté: «Je fais aussi de la clarinette, mais c’est bien plus difficile à dessiner!» L’enseignante recommande: «Surtout, tirez bien vos couleurs avec le pinceau! S’il y a des gouttes, cela veut dire qu’il y a trop de couleur et ça va sauter à la cuisson. Et essayez de ne pas trop dépasser car sinon, il faut nettoyer, et on perd du temps.»

Souvenirs et loisirs

Manon en train de dessiner une chaussure à crampon sur son assiette.
Manon n’a pas hésité à représenter la course, son sport de prédilection.

Au bout de la table, David colorie son pêcheur: «A la maison aussi, j’aime dessiner. Vous avez vu la besace, je l’ai dessinée en 3D, souligne-t-il tout fier. J’aime bien ces sacs. D’ailleurs j’en ai un qui est un peu comme ça, aujourd’hui.» Son idée de motif lui vient d’une initiation à la pêche, effectuée plusieurs fois dans le cadre de Passeport Vacances: «On avait attrapé cinq truites et c’était moi qui avais pêché la plus grosse», se souvient-il. Paul, pour sa part, a dessiné un arbre et des tulipes, que la main d’un jardinier invisible arrose soigneusement, «parce que j’ai un grand jardin et que j’y vais souvent», tandis que Manon, amatrice de course, orne son assiette de superbes baskets à crampons. Marie lui parle à l’oreille et toutes deux pouffent de rire, avant de prendre un air faussement détaché quand l’objectif du photographe se braque sur elles.

La touche finale

En enfant concentré en train de colorier son assiette.
Une grande attention portée à ne pas dépasser les lignes!

Concentré, le reste du groupe se hâte: il a une heure et demie avant d’aller au cours de zumba, qui clôturera l’après-midi. Il ne lui restera ensuite que trois cours pour terminer le dessin, peindre le fond et orner le bord de chaque assiette. «Quand vous avez fini, merci de rincer les catelles et de les laisser sur le bord du lavabo. Demain, vous pourrez préparer les couleurs vous-mêmes», promet Evelyne Reuse. «On peut y aller, Madame?-«On a suivi des cours de cuisine chinoise à midi. On a même eu le temps de faire des rochers à la noix de coco qu’on a pu emporter pour nos quatre heures!»

De l’élève à l’enseignante

La classe se désemplit, tandis que Ludivine finit en hâte de peindre son cheval. Deux-trois coups de peinture noire sur la crinière, et le tour est joué! «J’aime trop la cuisse», analyse sereinement la jeune artiste. «C’est un cheval pie, nous explique avec enthousiasme Cloé. Moi aussi, je fais de l’équitation, mais je ne sais pas dessiner un cheval.» Et les deux d’aller rejoindre leurs copines.

Dans le silence retrouvé, Evelyne Reuse termine de ranger le matériel. Et en profite pour enlever ici et là quelques auréoles de peinture mal effacées sur les assiettes de ses élèves. Sa passion pour cet art l’a saisie en 1989, en suivant un cours… à l’Ecole-club Migros de Sion:

Il y a dix ans, lorsque mon enseignante est partie à la retraite, j’ai repris l’animation de ses cours.»

Une activité pour laquelle elle ne compte pas ses heures: ce soir, elle devra encore cuire les onze œuvres d’art afin de fixer la couleur. «Je fais aussi quelques petites retouches, si c’est nécessaire. C’est important que les élèves soient fiers de leur travail, puisqu’ils l’emporteront à la maison!»

Une assiette peinte par un enfant
Et voilà le travail!
Une assiette peinte par un enfant
Les résultats sont aussi variés que leurs auteurs.

Texte © Migros Magazine – Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Jeremy Bierer