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16 janvier 2012

L’art délicat de parler pour ne rien dire

Mine de rien, le «small talk», ou l’échange de banalités quotidiennes, sert de ferment à toute vie sociale. Mieux vaut donc en maîtriser les ficelles. Cours express avec Florence Le Bras, spécialiste ès gazouillis et bonnes manières.

Small talk
Gräce à de petites phrases, vous créerez un lien qui pourra être utile par la suite.

La gastrite de la tante Amélie, les intéressants malaises de Mathilde, le mariage inopiné d’Arthur avec son Irlandaise sont des sujets qu’on n’épuise pas.» Les petites conversations banales au quotidien n’ont pas toujours eu bonne presse, à l’image d’une Marguerite Yourcenar décrivant la vie de ses aïeux dans la maison familiale.

Mais aujourd’hui, ces platitudes quotidiennes, on les qualifie de «small talk» et on leur confère une importance majeure. Comme le rappelle Florence Le Bras, auteur de plusieurs ouvrages sur la question, «le small talk est le premier maillon de la vie sociale, le premier pas vers la communication».

S’exclamer «quel temps de chien, on ne dirait pas qu’on est en juin», ou proférer n’importe quelle inoffensive banalité permet de se dépêtrer de situations parfois gênantes. Comme être coincé dans un ascenseur avec des étrangers ou se retrouver à un dîner entre deux convives inconnus.

D’ailleurs, il y a pire que parler pour ne rien dire, comme le signalait déjà La Bruyère: «Si l’on faisait une sérieuse attention à tout ce qui se dit de froid, de vain et de puéril dans les entretiens ordinaires, l’on aurait honte de parler et d’écouter et l’on se condamnerait peut-être à un silence perpétuel qui serait une chose pire dans le commerce que les discours inutiles.» Conséquemment «il faut laisser Mélinde parler de soi, de ses vapeurs et de ses insomnies». Tout donc plutôt que se taire.

Si vous ne savez pas quoi dire, posez des questions

Difficile pourtant, comme le signale Florence Le Bras, d’aborder son voisin «dans le hall de l’immeuble avec une considération sur Nietzsche». Le small talk, ça n’a l’air de rien, mais allez savoir, c’est peut-être bien tout un art.

Que dire d’abord? On tiendra compte évidemment du milieu et du genre de conversation. Si vous ne connaissez rien au sujet, mieux vaut ne pas tenter de faire illusion: «Interrogez, écoutez. On vous trouvera formidable.» Pour un premier contact, un truc consiste à trouver «un point commun avec votre interlocuteur» comme «le milieu professionnel», et l’increvable «temps qu’il fait».

On se gardera quand même d’interrompre une conversation en cours. Ne pas utiliser, non plus, l’impératif. On dira: «Comment avez-vous occupé vos vacances?» et non: «Racontez-moi vos vacances.» On tâchera aussi d’éviter les mots parasites «Bon, voilà, quoi, et tout, c’est clair, j’y crois pas, j’hallucine»... Si le small talk exige de la spontanéité, il proscrit les excès de familiarité. Pas de tutoiement même «si vous avez le même âge et faites partie de la même corporation».

Le small talk sert à passer un bon moment.

En gros, explique Florence Le Bras, le small talk sert à passer un bon moment au lieu de ruminer dans son coin. Mais aussi à échanger des informations qui peuvent s’avérer utiles: «C’est en papotant que vous recommanderez un médecin, une babysitter, qu’on vous conseillera un film, une destination sympa, une piste pour un job.»

Le papotage, encore faudrait-il être capable de s’en passer. Rappelons-nous Robinson: «J’avais enseigné à parler à mon perroquet, et il s’en acquittait si bien que sa conversation fut un grand agrément pour moi pendant tout le temps que nous avons vécu ensemble.»

A lire: «Small talk. Comment engager la conversation et se faire des amis», Florence Le Bras, Editions Leduc.s, 2008.

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Getty Images