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30 septembre 2013

L'art du débat selon Philippe Revaz, journaliste radio à Forum

Producteur de Forum depuis 2009, le Valaisan est redouté par les invités accourant chaque soir se faire essorer dans «la seule émission de la RTS qui ne s’arrête jamais».

Philippe Revaz, journaliste radio à la RTS

«Revaz sera là»? C’est la question angoissée que posent certains politiciens invités à Forum. Mordant, ironie et froide décontraction, il faut dire, sont la marque de fabrique du bonhomme. Natif de Vernayaz en Valais, Philippe Revaz débute à Radio Lac. Il se souvient être arrivé le premier jour à Genève avec un matelas dans le coffre de sa voiture. On le retrouve ensuite comme correspondant à Berne pour la RTS, «à un moment où débarquait une nouvelle génération à la fois de politiciens et de journalistes. Tout le monde sortait, c’était un peu une vie d’étudiant. Aujourd’hui je crois que ça s’est un peu calmé, surtout depuis que l’accent a été mis sur la peopolisation.»

La difficulté avec Forum, explique-t-il, c’est «le timing». «Ou tu n’as plus assez de temps, ou il t’en reste trop.» Avec cette avalanche de thèmes abordés tous les soirs, le bon rythme est affaire d’appréciation. «Certains trouvent que ça va trop vite, d’autres pas assez.» La passion de la radio, chez lui, remonte à loin. «Avec mon frère on en avait créé une, à la maison, on utilisait deux talkies-walkies.» Son frère? Frédéric, aujourd’hui porte-parole des CFF. Mais Philippe a surtout des sœurs, la romancière Noëlle Revaz ainsi que six autres femmes remarquables. Quoi de plus formateur pour l’art du débat?

9h15: Revue de presse

Philippe Revaz lit la presse au café de la Rotonde à Lausanne.
Philippe Revaz lit la presse au café de la Rotonde à Lausanne.

«Au café de la Rotonde dans ce quartier de la Sallaz qui me rappelle beaucoup l’Allemagne de l’Est. Pour s’assurer que rien d’important n’a été oublié la veille dans Forum. Et trouver dans la presse régionale des sujets auxquels donner un éclairage plus important.»

10h: Première réunion avec la troupe de Forum

Nadine Haltiner, Romain Clivaz et Philippe Revaz (de gauche à droite).
Nadine Haltiner, Romain Clivaz et Philippe Revaz (de gauche à droite).


«Forum c’est la seule émission de la RTS faite avec la même équipe et qui ne s’arrête jamais, 365 jours sur 365. Nous sommes quatre et on essaie d’être au moins trois présents chaque jour, deux présentateurs et un qui s’occupe de l’édition, des téléphones.»

10h30: Séance de rédaction

Les journalistes durant la séance de rédaction, tous assis derrière leur écran d'ordinateur, en cercle.


«On propose les sujets qu’on a, puis on fait le tour des rubriques et on compose notre menu. Difficile de dire non, alors qu’il le faut, parce que nous n’avons pas beaucoup de temps à disposition.»

13h: Déjeuner

«Les cevapcicis, boulettes de viande hachée épicées, sont un peu le plat de Forum: il faut tout l’après-midi pour les digérer! Jamais d’alcool avant de passer à l’antenne, ça donnerait plutôt la langue pâteuse, avec le risque de fourcher.»

14h: Retour à la radio

L'émission n'est pas toujours enregistrée depuis Lausanne. Parfois, les journalistes vont au Palais fédéral, ou même sur les lieux de catastrophes naturelles.

«Aujourd’hui, c’est une journée classique. Mais parfois nous sortons, au Palais fédéral par exemple ou même en Haïti, où nous avons vécu une réplique du tremblement de terre cinq minutes avant l’émission. Les invités partaient en courant, on a dû les rattraper.»

17h: La tension monte

Les notes de Philippe Revaz.
Les notes de Philippe Revaz.


«On se bat pour les imprimantes. J’imprime mon texte à 17h56-17h 57. A 58 on lance la météo. Forum c’est un marathon, les débuts de journée sont calmes mais ça se termine par un sprint.»

18h: Début de l’émission

Le plus difficile à gérer à l'antenne? Les personnes qui répondent par oui ou par non.
Le plus difficile à gérer à l'antenne? Les personnes qui répondent par oui ou par non.

«Parfois les lignes sautent, ou les portables sont de mauvaise qualité. Une seconde de silence à l’antenne c’est long, deux l’éternité. Le plus difficile à gérer ce sont les artistes qui répondent juste oui ou non à chaque question. Les politiciens, c’est plus facile, on peut toujours les secouer.»

19h03: Débriefing à chaud

Débriefing juste après l'émission.
Débriefing juste après l'émission.

On a essayé de changer l’habitude qui consistait à monter chaque soir un débat gauche–droite, un UDC contre un socialiste. On s’efforce de mélanger un peu les castings. Mais sur la longueur, tous les soirs une dizaine d’invités, c’est une machine à laver.»

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Laurent de Senarclens