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18 juin 2012

L’art somnambule

Elle termine une expo à Vevey, mais prépare déjà la suivante: un collectif sur le vaudou, qui se tiendra à Paris en octobre. Plongée dans l’univers étrange et fascinant de Christine Sefolosha à Montreux (VD).

Christine Sefolosha

Son fils s’est fait un nom en mettant des paniers en NBA, tandis qu’elle arpente les toiles avec force. Entre eux, peut-être la même férocité à marquer des points ou à faire apparaître des mondes. Christine Sefolosha est une artiste à part. Autodidacte. Bavarde. Habitée d’un feu souterrain. «Mon atelier est un peu dans un état second. J’ai dû livrer deux grandes toiles pour une expo», dit-elle en remettant une mèche de cheveux rebelles derrière son oreille.

Son atelier, c’est un immense loft installé dans l’ancienne usine électrique de Montreux, entre une haute cheminée de briques rouges et les mugissements de la Baye. C’est là qu’elle travaille, toujours au sol pour mieux entrer dans la peinture. «Devant un chevalet, j’ai l’impression d’être dans une camisole de force.»

J’aime que le hasard entre dans mon travail.

Une peinture nourrie par dix ans passés sur les terres lointaines d’Afrique du Sud. Terres d’apartheid, de contrastes, d’animaux sauvages, de grandiose et d’effrayant, qu’elle a découvertes à 19 ans. Par besoin de changer d’air, après une enfance solitaire, couvée entre Néo­colors et jardin familial, où la gamine s’amuse déjà à écraser les fruits d’un cèdre pour en faire des pigments.

Pas étonnant qu’aujourd’hui des vaisseaux fantômes et toute une faune fantastique peuplent ses toiles. Des animaux qui se transforment, cerfs véloces, oiseaux à deux têtes, créatures imaginaires qui font basculer son travail vers l’art primitif ou l’inconscient collectif. «Les animaux sont des états de conscience, des forces intérieures.» L’art de Christine Sefolosha bouscule, tend des ponts vers l’inconnu. «Plus il y a d’accidents, plus c’est intéressant. J’aime que le hasard entre dans mon travail, que la matière prenne le dessus. Comme des photographies de l’inconscient.» Voilà pourquoi elle multiplie les approches, encre, aquarelle, gravure. «Avec les différentes techniques, on évite d’entrer dans un schéma, où l’on connaît le chemin. On se trouve en se perdant.»


Ma passion

«Peindre, c’est un privilège. C’est aussi une aventure, une découverte, une façon de voyager à l’intérieur de soi. Plus vous travaillez, plus vous êtes souple et plus vous êtes traversé. Ce qu’on n’a pas dessiné, on ne l’a pas vu.»


«J’aime beaucoup la gravure sur plaques en alu.»
«J’aime beaucoup la gravure sur plaques en alu.»

Ma technique

«J’aime beaucoup la gravure sur plaques en alu. C’est une technique qui me permet de travailler la matière, de mettre du relief avec un côté organique et végétal. Il y a des choses qui apparaissent, qui ne sont pas définies. On ne sait jamais ce que ça va donner réellement.»


«Ce globe me permet de suivre les voyages de mes enfants.»
«Ce globe me permet de suivre les voyages de mes enfants.»

Mon objet fétiche

«Petite, j’avais déjà un globe dans ma chambre. Aujourd’hui, comme on est une famille très éclatée, il me permet de suivre les voyages de mes enfants. Je suis les déplacements de mon fils Thabo, qui sillonne les USA avec son équipe de basket.»


«J’ai réalisé «L’inondation» en 2011.»
«J’ai réalisé «L’inondation» en 2011.»

Ma toile

«J’ai réalisé «L’inondation» en 2011. On y voit une troupe d’enfants sur un petit char, sauvés de la catastrophe par un personnage végétal. Je me suis inspirée de cette tradition appenzelloise où les paysans se couvrent de branches et de feuillages à Nouvel-An. Ce retour du paganisme, c’est magnifique!»


«J’ai un nombre incroyable de pinceaux.»
«J’ai un nombre incroyable de pinceaux.»

Mes outils

«J’ai un nombre incroyable de pinceaux, en forme d’éventail, des petits gris à aquarelle et des chinois. J’ai même des pinceaux très épais de l’armée, parfaits pour les grandes surfaces. J’aime beaucoup les encres aussi, j’en ai ramené des vieilles, très pigmentées d’Istanbul.»


«Pour Thabo, le basket a toujours été une évidence et son corps était fait pour ça.»
«Pour Thabo, le basket a toujours été une évidence et son corps était fait pour ça.»

Mon fils

«Thabo a toujours vécu dans un univers artistique, mais il a choisi un monde très différent. Il s’est jeté dans la fosse aux lions. Pour lui le basket a toujours été une évidence et son corps était fait pour ça. J’ai sa photo sur une pochette où je mets mes crayons.»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Christophe Chammartin