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7 mars 2016

L’art subtil de la réplique

Tamara Cerny est fondeuse d’art. Son travail consiste à reproduire en bronze et au détail près toutes les sculptures qui lui sont confiées.

Tamara Cerny devant le poêle en train de chauffer.
La journée démarre avec l'allumage du poêle et de la pipe à bois.

Créations en bois, en terre ou en papier mâché, qu’importe: Tamara Cerny sait toutes les reproduire en bronze. Elle est fondeuse d’art, un métier devenu sa passion à 16 ans, après un stage chez un sculpteur-fondeur:

En Suisse, au contraire de la France, le métier n’est pas reconnu. Cela m’a poussée à ouvrir ma propre fonderie et un atelier.»

Elle y accueille des sculpteurs amateurs et professionnels qui désirent immortaliser leurs œuvres et apprendre le moulage, un art délicat et exigeant: on façonne un récipient en terre, dans lequel on moule la forme en silicone et en plâtre.

Ensuite, plusieurs couches de cire y sont coulées. La forme de cire obtenue sera corrigée et moulée à nouveau dans un matériau réfractaire, lui-même rempli de bronze en fusion. Une fois refroidie, la sculpture sera démoulée définitivement, retouchée, polie et patinée.

On dit que le fondeur est la troisième main du sculpteur,

remarque la jeune femme. C’est un échange très émotionnel, car l’artiste me confie son œuvre. Je dois la reproduire avec exactitude, sous peine qu’elle ne disparaisse, pouvant parfois être détruite lors du moulage. C’est à la fois stressant et très intense.»

7 h 00: coup de peps du matin
«Mon atelier se situe dans une ancienne menuiserie et n’est pas isolé. J’allume donc le poêle et ma pipe à bois dès que j’arrive le matin, avant de prendre mon second café de la journée, histoire de l’entamer avec dynamisme.»

Tamara Cerny en train de lacer ses chaussures.
Habillée ainsi, Tamara Cerny peut se lancer dans son travail sans aucune crainte.

8 h 00: les habits adéquats
«Mon travail est particulièrement salissant, alors j’enfile de vieux habits et de grosses chaussures qui ne risquent rien. Les jours de coulée, on met un équipement spécial, avec un tablier qui nous protégera des éclaboussures brûlantes.»

Gros plans sur les mains de Tania Cerny en train de travailler de la matière dans ses mains.
Les moules restent la propriété de l'artiste.

10 h 00: premiers moulages «En général, je commence les moulages en milieu de matinée, après avoir reçu les clients. Les moules sont ensuite la propriété de l’artiste, j’indique donc les noms dessus et les stocke jusqu’au jour où le client désirera commander une nouvelle réplique en bronze.»

La cire est versée dans le moule.
La cire est un élément primordial pour la technique utilisée.

14 h 00: moulage de la cire
«Pendant que les moules sèchent, je m’occupe des autres sculptures. Par exemple en coulant la cire dans le moule de l’une d’entre elles, ou en peaufinant un bronze.»

Reporduction d'un oursin en bronze.
Une façon originale de conserver ses souvenirs de vacances!

16 h 00: coquillages de bronze
«Ce qui est magique, c’est que tout peut être moulé! Mon compagnon et moi aimons beaucoup voyager. Cette coque d’oursin provient de la baie du Saint-Laurent, au Canada. J’ai essayé de faire l’épaisseur du bronze la plus fine possible, pour en reproduire toute la délicatesse.»

Tamara Cerney pensive dans son atelier et, en arrière plan, deux sculptures de raies manta suspendues au plafond.
Tamara Cerney est sensible aux menaces qui pèsent sur les raies manta.

19 h 00: des projets plein la tête
«Avant de quitter l’atelier, je prends souvent un moment pour réfléchir aussi à mes propres créations. J’ai ainsi sculpté pour une exposition l’an passé des raies manta que j’aimerais utiliser dans un projet plus large. Saviez-vous qu' elles sont massacrées pour leurs branchies et leurs ailerons? J’aimerais pouvoir attirer l’attention du public sur cette cruauté inutile.»

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Christophe Chammartin/rezo