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13 février 2012

L’AVS malmenée survivra-t-elle?

Un sondage effectué par l’association d’étudiants Vimentis – dont «Migros Magazine» est partenaire – le montre: l’insatisfaction par rapport au système de retraite actuel gronde. Mais pas toujours pour les mêmes raisons.

Couple de retraité sur une terrasse ensoleillée en montagne
Tous les sondés s'accordent sur le fait que la question de l'AVS doit redevenir une priorité politique. (Photo: Keystone)

Ballottée, malmenée, critiquée. Trop faible ou trop dépensière. Trop tôt ou trop tard. L’assurance- vieillesse provoque des grincements de dents dans toutes les classes sociales, à tous les âges. Mais pour des raisons bien différentes. Le seul point sur lequel les sondés s’accordent, c’est qu’ils y sont attachés et souhaitent qu’elle perdure. Mais comment?

Le sondage, mené auprès de quelques 30 565 personnes cet automne a livré un premier résultat étonnant: bien avant les questions d’énergie, de santé ou de finances, les Suisses s’inquiètent pour leurs retraites. Tout le monde s’accorde pour estimer que la question de l’AVS doit (re)devenir une priorité politique. Seul le thème de l’immigration et des étrangers, quatre points de moins, semble également provoquer une agitation. Les Romands sont moins inquiets que les Alémaniques sur cette question. Plus étonnant, la part des mécontents du système (48%) dépasse celle de ceux qui estiment que la politique suisse va dans le bon sens (44%). Dans cette grisaille, seuls Fribourg, le Valais, le Tessin et les Grisons semblent optimistes.

Lorsqu’on demande aux sondés si leurs rentes sont assurées, le scepticisme prédomine. On ne trouve une majorité que parmi ceux qui ont atteint l’âge de la retraite (73%). Dans les autres classes d’âge, ce taux tombe même au-dessous de 20%, un chiffre inquiétant! Alors que s’est-il passé? Pourquoi n’accorde-t-on plus de crédit au système? Le financement par la solidarité a-t-il vécu?

Sondages sur la politique suisse.
Sondages sur la politique suisse.

Jean-Pierre Fragnière, sociologue des générations, s’est penché sur cette question depuis trente ans. «Ces résultats ne me surprennent pas. Mais il faut regarder avec une perspective historique: depuis sa création en 1948, on observe une grande stabilité du système AVS, avec quelques frémissements. Les gens y sont attachés. Surtout ceux qui ont moins de ressources.»

La méfiance des contribuables

Pour Jean-Pierre Fragnière, c’est le climat politique qui s’est détérioré et qui provoque la méfiance des contribuables. Mêlé à l’idée que le pays est en crise, cela crée une zone d’incertitude, de craintes et donc de prudence.

Mais il ne faudrait pas croire que le modèle que nous connaissons ne puisse pas changer. Au contraire, certaines initiatives laissent à penser qu’une évolution est en cours. «La nouveauté, c’est cette légère inflexion dans l’ouverture à d’autres modes, et la montée en puissance du deuxième pilier.»

Par ailleurs, le sondage de Vimentis montre que les plus riches sont prêts à faire un geste. «Mais ils tiennent eux aussi à toucher l’AVS, avec ce vieux réflexe qu’«on ne sait jamais», observe Jean-Pierre Fragnière.

Sondage sur les rentes AVS.
Sondage sur les rentes AVS.

La flexibilisation du système semble donc nécessaire, entre une meilleure répartition des richesses, avec une limite d’âge moins bétonnée, qui s’adapterait davantage aux besoins et aux années de labeur de chacun.

Le grand défi des prochaines années est constitué par la génération des baby-boomers, nés durant la décennie qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Leur arrivée en masse à l’âge de la retraite risque de sonner le glas de l’équilibre entre travailleurs et retraités. Une génération «effrontément riche», selon notre sociologue. «Moi-même, j’ai 67 ans j’ai travaillé toute ma vie. Avec mon deuxième pilier et l’AVS, je touche plus de 9000 francs par mois. Même si le taux de conversion diminue, cela représenterait environ 400 francs. Donc si des gens qui, sans avoir touché encore d’héritage, ont ce revenu, la question du partage se pose. Il faut mieux répartir les prestations. Car de l’autre côté, on assiste à une croissance significative de la pauvreté, qui touche les familles et les jeunes, et de moins en moins les personnes âgées.»

Un financement par la richesse produite par les machines?

Pour palier ce changement de paradigme, des solutions sont à l’étude. «La baisse du nombre de cotisants est compensée par l’augmentation de leur productivité. On pourrait aussi imaginer un financement par la richesse produite par les machines.» Et puis, l’on arrive aujourd’hui en pleine santé à l’âge de la retraite. «Travailler un ou deux ans de plus ne fait pas de différence. Au contraire, c’est tout un savoir-faire, une main-d’œuvre qui peut encore être utile à l’économie. Le danger réside dans la pénurie possible de travailleurs.» En cette année 2012 désignée «année du vieillissement actif» par la Commission européenne, il est donc temps de se pencher sur la question de notre système de rentes. «D’autant plus qu’on va devenir centenaire. C’est bien, mais cela implique des aménagements», conclut Jean-Pierre Fragnière.

Ce qu’ils en pensent

Adèle Lepasquier, 26 ans, avocate, Neuchâtel
Adèle Lepasquier, 26 ans, avocate, Neuchâtel (Photo: Etucom)
Agnès Grêt, 23 ans, project manager, Lausanne (Photo: Etucom)
Agnès Grêt, 23 ans, project manager, Lausanne (Photo: Etucom)
Angélique Müller, 25 ans, étudiante-infirmière, Neuchâtel (Photo: Etucom)
Angélique Müller, 25 ans, étudiante-infirmière, Neuchâtel (Photo: Etucom)
Brice Torriani, 24 ans, ingénieur des médias, Saulcy (Photo: Etucom)
Brice Torriani, 24 ans, ingénieur des médias, Saulcy (Photo: Etucom)

Adèle Lepasquier, 26 ans, avocate, Neuchâtel

Vu la proportion de jeunes par rapport aux personnes en âge de toucher l’AVS, nous voyons bien que la jeunesse n’apporte pas assez d’argent! De ce fait, le jour où nous arriverons à cet âge, nous serons obligés de changer le système. Ce qui serait une bonne chose, c’est que les gens fassent plus d’enfants!

Agnès Grêt, 23 ans, project manager, Lausanne

C’est une assurance nécessaire au bien de tous, qui permet de se reposer sur une récompense commune après des années de cotisations...La rente ne tient pas compte de la pénibilité du travail mais uniquement du salaire, peut-être que cela pourrait être revu… Et trop de gens qui vivent sur leur seule rente se trouvent en situation difficile.

Angélique Müller, 25 ans, étudiante-infirmière, Neuchâtel

Franchement, je n’ai pas d’avis sur la question. Je me tiens au courant de la situation et je ne pense pas que ça sera facile pour nous quand on arrivera à l’âge de l’AVS, je ne sais pas si l’argent est mal budgétisé ou autre, mais ça ne sera pas facile.

Brice Torriani, 24 ans, ingénieur des médias, Saulcy

L’AVS? J’avoue que je n’y pense pas vraiment. Comme j’ai récemment débarqué dans le monde du travail, mes préoccupations sont plutôt orientées vers d’autres thèmes comme le chômage ou le logement. J’entends souvent que le financement de l’AVS pose des problèmes. J’imagine que d’ici à ce que je sois directement concerné, la situation aura encore changé.

Christiane Isette, 61 ans, sans profession, Neuchâtel (Photo: Etucom)
Christiane Isette, 61 ans, sans profession, Neuchâtel (Photo: Etucom)
Cindy Caboussat, 25 ans, responsable RH, Lausanne (Photo: Etucom)
Cindy Caboussat, 25 ans, responsable RH, Lausanne (Photo: Etucom)
Jean-Fabrice Vust, 72 ans, médecin retraité, Neuchâtel (Photo: Etucom)
Jean-Fabrice Vust, 72 ans, médecin retraité, Neuchâtel (Photo: Etucom)
Nadine Deboisi, 42 ans, sage-femme, Martigny (Photo: Etucom)
Nadine Deboisi, 42 ans, sage-femme, Martigny (Photo: Etucom)

Christiane Isette, 61 ans, sans profession, Neuchâtel

Je n’ai pas d’avis pour le moment parce que je ne touche pas encore l’AVS, mais malgré tout je pense qu’elle est bien pour les gens qui en ont besoin! On a beau faire des révisions et comme il y en a souvent, je pense qu’elle est justement bien révisée à chaque fois qu’il le faut.

Cindy Caboussat, 25 ans, responsable RH, Lausanne

Je cotise à l’AVS depuis que je travaille, mais pour le moment je ne me sens pas vraiment concernée. Je pense que l’AVS est une assurance indispensable pour le futur, mais étant donné que la Suisse est un pays vieillissant, il y a un risque que nous, jeunes travailleurs, ne touchions pas l’AVS à l’âge de la retraite. Cela me fait un peu peur.

Jean-Fabrice Vust, 72 ans, médecin retraité, Neuchâtel

Malheureusement, je n’ai pas beaucoup d’idées, mais je suis déjà content que cela existe dans notre pays. Mais d’une façon générale, je pense que si on a que ça pour vivre ou survivre, c’est un peu faible.

Nadine Deboisi, 42 ans, sage-femme, Martigny

Je ne me sens pas vraiment concernée à vrai dire, pour l’instant je vis sans me poser de questions à ce sujet. Je pense que j’aurai un avis plutôt précis lorsque je serai plus âgée et que je serai en plein dedans.

Roger Conus, 77 ans, retraité des TL, Lausanne (Photo: Etucom)
Roger Conus, 77 ans, retraité des TL, Lausanne (Photo: Etucom)


Roger Conus, 77 ans, retraité des TL, Lausanne

Je trouve que l’AVS n’a pas tant évolué mais faut pas trop se plaindre quand même! Je trouve aussi qu’il n’y a pas eu beaucoup d’augmentation des rentes mais la retraite c’est encore pire! On n'a rien eu pendant dix-sept ans, depuis tout ce temps que je suis moi-même retraité.

Dossier réalisé avec la collaboration de Vimentis et Etucom.

Auteur: Mélanie Haab