Archives
26 janvier 2015

L’école fonctionnelle

La chronique de Vincent Kaufmann, directeur du Laboratoire de sociologie urbaine à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

Portrait de Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire. (Photo: Cédric Widmer)

Depuis que mes enfants vont à l’école, je redécouvre l’institution scolaire genevoise. Beaucoup de choses n’ont pas changé, mais il en est certaines qui m’étonnent, et parmi celles-ci, deux en particulier.

La première concerne l’omniprésence des rapports contractuels. Comme parent, je passe mon temps à donner des autorisations, des décharges, je signe des notes, des carnets, réponds à des circulaires… La tendance est encore plus marquée au Cycle d’orientation. La normalisation a manifestement fait son entrée à l’école. Mais le plus frappant est certainement le règlement des cours. La plupart des enseignants font signer à l’élève et à son représentant légal un texte dans lequel l’élève s’engage à respecter un certain nombre de règles.

La seconde concerne les programmes. Les branches créatrices ont perdu du terrain en trente ans, c’est flagrant. Si l’allemand est enseigné dès l’école primaire, les activités créatrices sont plus rares. De même, ne cherchez pas de dessin dans le plan des cours de 9e année Harmos à Genève… Ça n’existe plus dans les filières pré-gymnasiales. Dommage, car inventivité et créativité sont, il me semble, des qualités essentielles pour bien vivre sa vie de citoyen du monde.

L’école contemporaine est devenue plus fonctionnelle… Ne comptez plus nécessairement sur elle pour réveiller l’artiste qui sommeille en vos enfants, elle doit former des jeunes gens qui excellent en maths et en langues et s’engagent à respecter des règlements. Faut-il pour autant blâmer l’école? Certainement pas, car tout bien réfléchi, ses transformations ne sont que le reflet des changements de la société suisse.

La question qu’il faut par contre se poser nous concerne tous: ce monde fonctionnel, fait de normes et de savoirs formatés correspond-il au futur que nous souhaitons? Ne porte-t-il pas les germes d’un monde lisse, sans aspérité, un monde sans vie?

Auteur: Vincent Kaufmann