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17 mars 2013

«L’effet barbecue»

Pour Vincent Kaufmann, la ville compacte chère aux urbanistes n'est pas toujours une panacée.

Portrait de Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann, professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et secrétaire général de la Communauté d’études pour l’aménagement du territoire. (Photo: DR)

Il y a bien longtemps que la recherche en urbanisme a démontré qu’il existe des liens forts entre le lieu où l’on vit – dans le centre d’une ville, dans un quartier de villas, dans un village – et la consommation énergétique liée aux déplacements. En résumé: plus on habite dans un milieu dense, moins on consomme d’énergie pour se déplacer, car moins en utilise l’automobile et moins on parcourt de distances.

Et pourtant… Ces liens n’ont été que trop peu explorés en prenant en considération les pratiques de loisirs et la mobilité générée pour ce motif. Les loisirs occupent pourtant une place croissante dans nos mobilités et les moyens de transport utilisés pour ce type de déplacements (voiture et avion) sont particulièrement énergivores. Est-ce que le cadre de vie offert par un quartier urbain central, dont les avantages sont admis en termes de mobilité quotidienne, amène, dans certains cas, la réalisation d’une mobilité de loisirs très consommatrice en énergie?

Plusieurs recherches récentes montrent que lorsqu’on intègre les mobilités de loisirs quotidiennes et occasionnelles (comprenant les déplacements à longue distance), les liens entre le lieu d’habitat et la consommation énergétique dans les déplacements sont loin d’être mécaniques. C’est ainsi que les dépenses énergétiques liées aux déplacements de loisirs des habitants des quartiers urbains centraux compensent les déplacements peu énergivores qu’ils réalisent pour le motif travail. C’est ce que des chercheurs français ont nommé «l’effet barbecue».

Lorsqu’on habite une villa, dans un espace périurbain, on est généralement de gros consommateurs de kilomètres automobiles pour aller travailler, mais le week-end, on a tendance à rester chez soi, pour profiter du jardin et faire un barbecue, tandis que lorsqu’on habite un milieu dense, on a bien souvent besoin de s’en échapper pendant ses temps de loisirs, – en se déplaçant vite et loin, en voiture ou en avion… et patatras! Tous les gains énergétiques gagnés par la densité sont perdus… Moralité: la ville compacte chère aux urbanistes, ce n’est pas toujours une panacée.

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.