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23 juin 2014

L’EPFL abrite le creuset des énergies du futur

A la veille de l’abandon programmé du nucléaire, le Centre de l’énergie de l’EPFL se positionne comme une unité stratégique. Visite des lieux.

Massimiliano Capezzali et Daniel Favrat
Massimiliano Capezzali, vice-directeur de l’Energy Center de l’EPFL, et Daniel Favrat, directeur ad interim, devant le Swiss Tech Convention Center dont l’une des façades est couverte de panneaux photovoltaïques dits de Grätzel.

Le paradoxe est saisissant. D’un côté, entre abandon du nucléaire programmé et difficile promotion des énergies renouvelables, l’avenir énergétique de notre pays oscille entre interrogations et inquiétudes. De l’autre, «le marché électrique européen se trouve clairement dans une situation de surcapacité», explique Massimiliano Capezzali, vice-directeur de l’Energy Center de l’EPFL à Ecublens (VD). Il rappelle qu’alors que l’Europe a réaffirmé sa volonté de réduire de 85% les gaz à effet de serre d’ici à 2050,

le charbon redevient, en raison de son bas coût et de l’absence de pénalité carbone, l’énergie privilégiée pour produire de l’électricité».

Promotion de projets de recherches multidisciplinaires

L’Energy Center n’est pas l’unité la plus connue de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Ce qui constitue sans doute d’ailleurs un autre paradoxe, étant donné l’importance stratégique de son domaine d’action. Nichée depuis sa création en 2006 dans le «château» situé en face du nouveau Convention Center, sa discrétion tranche avec son rôle et les défis qui l’attendent.

Les cellules photovoltaïques posées sur les toits des bâtiments de l’EPFL assurent 5% de la consommation en électricité de la haute école, avec une puissance installée de «2 MW pic», soit au moment du rendement maximum.

«Nous sommes là afin de promouvoir des projets de recherches multidisciplinaires dans le développement de technologies durables de conversion, de stockage, de transport, de distribution et d’utilisation d’énergie, en collaboration avec des partenaires tant industriels qu’institutionnels», résume Daniel Favrat, qui assume la direction ad interim. Cet ingénieur mécanicien et thermodynamicien reconnaît que le budget de l’Energy Center s’apprête à être doublé, alors que début juillet sera marqué par l’arrivée de Berend Smit, chercheur néerlandais actuellement à Berkeley (Californie), nommé par l’EPFL pour succéder au créateur et premier directeur de l’Energy Center, Hans Björn Püttgen.

Une fonction de passerelle

L’auguste bâtisse transformée en bureaux n’abrite ni laboratoires ni machines de pointe. Car l’Energy Center constitue avant tout une interface, notamment entre les différents pôles de l’Ecole, Neuchâtel et son très important laboratoire en cellules photovoltaïques, ou encore Fribourg et bientôt le Valais avec une ouverture d’un pôle dès mars prochain. Sans oublier plusieurs
HES.

«Rattachés directement à la présidence de l’EPFL, détaille Daniel Favrat, nous assurons un rôle de coordination de quelque vingt-cinq laboratoires travaillant dans les domaines de l’énergie et de la mobilité.» Il s’agit notamment de les accompagner dans des projets d’envergure européenne. L’Energy Center se veut également présent dans les instances de l’Office fédéral de l’énergie ainsi que dans d’autres groupes de travail nationaux et cantonaux.

«Bref, nous constituons une sorte de passerelle, à part dans trois domaines où nous faisons directement de la recherche: l’énergie dans les villes, les biocarburants durables et l’énergie dans les pays en voie de développement, notamment l’hydraulique.»

Depuis une décennie, la Suisse exporte de l’électricité en été, mais doit en importer en hiver. Comme l’Europe en produit plutôt trop, les prix sont bas. Il est donc momentanément économiquement intéressant d’en importer. «Mais, naturellement, il s’agit là d’une réalité économique faussée qui ne peut durer éternellement», relève Massimiliano Capezzali.

Un modèle d’affaires qui ne fonctionne plus

D’autant que le modèle d’affaires helvétique, qui consistait à vendre à haut tarif de l’électricité hydraulique durant la journée, ne fonctionne plus: «Avec notamment une part du solaire de plus en plus importante, l’Italie et l’Allemagne n’en ont plus besoin, avec une courbe de production qui est maintenant moins ­irrégulière sur une journée.» Autre souci, c’est précisément durant la période de manque hivernal que l’hydraulique se montre le moins productif, les débits d’eau s’avérant plus faibles et les ­barrages étant généralement proches de leur remplissage minimal sur une année.

© Migros Magazine – Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Mathieu Rod