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25 août 2014

L’équitation s’ouvre aux tout-petits

Toujours davantage de manèges proposent des cours aux enfants dès 3-4 ans, avec une approche différente de celle offerte aux plus grands. Exemple de deux méthodologies actuelles.

En guidant
 un poney, 
l’enfant affine
 ses capacités
 motrices de
 manière ludique.
En guidant
 un poney, 
l’enfant affine
 ses capacités
 motrices de
 manière ludique.

Un cheval, ça s’ébroue, ça fait du crottin, ça a de grandes dents, ça peut faire des pets ou éternuer, ça a des amis chevaux... mais ça, plein d’enfants ne le savent pas.» Face à cette constatation, Ursula Schminke, directrice de l’écurie La Paloma, à Yens (VD), a entre autres mis en place depuis six ans un jardin d’enfants adapté aux 3-5 ans. Tous les vendredis, ceux-ci peuvent participer aux soins donnés aux poneys, les brosser, aller se promener avec eux et même monter sur leur dos. Et surtout, ils apprennent à les connaître et à les respecter. «L’idée, c’est de leur proposer le plus possible d’informations vécues sur les chevaux. Ce premier apprentissage favorise une tout autre expérience de l’équitation, fondée sur la relation et le dialogue avec l’animal.»

Un enseignement graduel

Lisa Fatio, directrice de l'Ecole du cheval heureux.
Lisa Fatio, directrice de l'Ecole du cheval heureux.

Loin du simple tour en poney, cette approche nouvelle est de plus en plus fréquemment proposée. Lisa Fatio, directrice de l’Ecole du cheval heureux, à Cottens (FR), a fondé pour sa part la méthodologie de l’Ecole du cheval heureux, inscrite à la propriété intellectuelle: «Quand j’étais enfant, j’ai eu parfois de petites frayeurs sur les chevaux. Et je sais que ce type d’événement peut parfois provoquer des peurs paniques chez les tout-petits les plus sensibles.»

Elle a donc créé des cours d’éveil au cheval: d’abord, des exercices à la longe courte, qui permettent d’apprendre à connaître les réactions du poney et à se mettre en sécurité en toutes circonstances. Puis des exercices à la longe longue, qui créent une vraie relation entre l’enfant et le cheval.

Si l’enfant se débrouille bien, j’inclus graduellement des montes d’équilibre. Quand les enfants sont sur un cheval, ils transposent leurs expériences vécues à pied et savent bien mieux gérer les situations.

L’apprentissage du respect et de la douceur

Les tout-petits vivent dans un monde qui n’est pas structuré comme celui des adultes: ils sont dans l’expérience, la découverte, la création. Il est important – et facile, selon les spécialistes – de leur apprendre à guider l’animal dans le respect et dans la douceur, ainsi que d’être attentifs à leurs propres émotions. «On voit très vite une évolution dans leur comportement, souligne Ursula Schminke. Il est important de leur apporter écoute et sécurité, sans leur imposer notre vision d’adultes, en laissant de la place et du temps pour l’expérience, la découverte. A 3-4 ans, les enfants ne viennent pas forcément pour l’équitation, mais parce qu’ils aiment la nature, les animaux.»

Cela crée d’ailleurs parfois des malentendus avec les parents, désireux pour certains de voir un jour leur rejeton devenir cavalier. Difficile, dès lors, de leur expliquer que la leçon a été consacrée à flatter les naseaux veloutés d’un poney… «Mais on remarque très vite que tous les «à-côtés» de l’équitation sont bien plus riches que la monte elle-même», souligne Lisa Fatio.

Les listes d’attente pour ce type de cours ne cessent de s’allonger. «Une preuve, selon Ursula Schminke, que les gens recherchent maintenant une réelle rencontre avec les chevaux.» La demande est d’ailleurs telle qu’elle a mis sur pied une formation spécifique sur trois ans, destinée à préparer des professionnels à l’accompagnement auprès du cheval. «Il est nécessaire qu’ils acquièrent une information solide et de première main, scientifique, sur le cheval et l’humain, afin de pouvoir épauler cette rencontre en laissant de l’espace à la découverte et à l’individualité. Dans le monde équestre, il y a encore beaucoup de croyances bien établies et non fondées, par exemple qu’il faut tomber de cheval pour être un bon cavalier ou toujours monter depuis la gauche, et qui sont peu pédagogiques et formatrices.»

De son côté, Lisa Fatio souligne également l’importance d’un entraînement spécifique des poneys destinés aux plus jeunes:

Ils doivent avoir l’habitude de toutes sortes de situations, de manière à ne pas avoir de réactions imprévisibles. Aujourd’hui, par exemple, j’ai étalé plein d’objets dans le manège, afin qu’ils s’habituent à marcher sur tout, même des éléments qui font du bruit.

Cet encadrement sur mesure explique le prix de ce type de cours, plus élevé que celui des tours en poneys classiques, et qui se module en fonction de différents paramètres tels que durée, type d’atelier ou de stage, etc.

«Des ados plus à l’aise dans leur vie d’adulte»

Les spécialistes interrogées avouent toutes deux fonder beaucoup d’espoir dans cette pratique équestre. «Ce type d’expérience avec l’animal donnera peut-être ensuite des ados plus dynamiques et plus à l’aise dans leur vie d’adulte», espère Lisa Fatio. «Je me réjouis que ces enfants, en grandissant, changent l’approche actuelle du cheval, s’enthousiasme pour sa part Ursula Schminke. Après l’équitation «militaire» de l’époque et celle actuelle, de tendance plutôt «féminine», ils amèneront un nouvel équilibre: car le cheval exige autant de cadre et de rigueur que de sensibilité et d’empathie.»

© Migros Magazine - Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Loan Nguyen