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5 novembre 2012

Rouler vert jusqu’aux pneus!

Après les appareils électroniques et les voitures, les pneus importés d’Europe endossent à leur tour l’étiquette-énergie depuis le 1er novembre. Quels avantages pour le consommateur?

Une voiture circulant sur une route enneigée
Un pneu bien choisi permet des économies à la pompe non négligeables. (Photo: TCS)
Une voiture circulant sur une route enneigée
Une voiture circulant sur une route enneigée

Votre voiture est légère, peu gourmande en carburant et vous adoptez le plus souvent une éco-conduite. C’est un bon début. Mais avez-vous pensé aux pneus? Si leur taux de résistance sur l’asphalte est trop important, ils peuvent être responsables jusqu’à 20% de la consommation d’essence d’un véhicule! Une information souvent méconnue dans la population et qui a donc poussé l’Union européenne à rendre obligatoires les étiquettes-énergie pour les pneus. La Suisse profitera également de cette loi puisque, dès le 1er novembre, les gommes provenant d’Europe arboreront le label, c’est-à-dire environ 85% du marché. Pour les autres, aucune indication n’est prévue puisque le Parlement a refusé de rendre obligatoire cette indication.

Les nouvelles étiquettes afficheront en fait trois différentes informations. En plus de l’impact sur la consommation de carburant (les pneus sont classés selon des catégories de A à G, du plus au moins polluant), elles renseigneront également sur la performance de freinage sur sol mouillé et les décibels induits par le contact de la voiture sur l’asphalte. Un critère qui n’est pas anodin puisque dès 35 km/h le bruit des pneus dépasse celui du moteur!

Il faudrait tenir compte de tout le cycle de vie du pneu.
– Michaël Thémans

Pour l’Office fédéral de l’environnement, les étiquettes sont indubitablement une avancée. Une campagne comprenant affiches, spots télévisés et dépliants a d’ailleurs été organisée par la Confédération pour expliquer aux conducteurs le fonctionnement des nouveaux labels. «L’étiquette fait prendre conscience à l’acheteur que sa décision a une influence sur la consommation d’énergie et donc également sur l’environnement», explique Chantal Purro-Moix, conseillère en communication à l’OFEN. Sans oublier qu’un pneu bien choisi permet aussi des économies à la pompe non négligeables: jusqu’à 0,5 litre sur 100 km!

Gare au bruit!
Gare au bruit!

En ce qui concerne la pollution sonore, l’avantage est moins direct pour le consommateur puisqu’il touche surtout à la qualité de vie des riverains aux abords des routes. Mais pas seulement: «Le bruit audible à l’intérieur du véhicule résulte en premier lieu des vibrations transmises depuis le train de roulement à la carrosserie, souligne Chantal Purro-Moix. L’utilisation de pneus silencieux peut se traduire par un confort accru pour les passagers également!»

«Le point le plus important doit rester la sécurité»

Du côté des professionnels de la branche, l’avis est mitigé. «Les étiquettes permettent une information plus transparente, c’est donc un avantage, estime Sven Sievi, secrétaire de l’Association suisse du pneu. Mais elles ne sont pas sans risque pour autant! Aucune information par exemple ne renseigne à propos de l’adhérence des pneus sur sol enneigé ou verglacé. Aux garagistes donc de continuer à bien conseiller les clients et à les rendre attentifs aux autres critères. Le premier point à prendre en compte lors d’achat de pneus doit rester la sécurité et non le carburant que l’on pourrait économiser!»

La sécurité a un certain coût – Anton Keller

Pourtant l’OFEN rassure: «Bien qu’un seul point soit lié à la sécurité, les étiquettes permettront une meilleure sensibilisation des consommateurs à cette thématique, rassure Chantal Pur­ro-Moix. Sans oublier que diverses exigences minimales relatives aux pneus sont déjà définies par l’UE et reprises par la Confédération!»

Dans le pays, les tests du Touring Club Suisse restent la référence depuis trente-neuf ans. «Les étiquettes de l’UE ne donnent pas une indication suffisante pour juger tous les aspects sécuritaires d’un pneu, juge Anton Keller, chef Technique et économie au TCS. Le label privilégie la quantité, car il a comme objectif de tester peu de critères pour un grand nombre de pneus. Le test du TCS mise, lui, sur la qualité, pour une quantité réduite de pneus. Ce sont au total 18 critères qui permettent aux consommateurs de se faire une idée précise du produit.»

Anton Keller, chef Technique et économie au TCS: «Les étiquettes de l’UE ne donnent pas assez d’indications»
Anton Keller, chef Technique et économie au TCS: «Les étiquettes de l’UE ne donnent pas assez d’indications»

Et si, à cause des nouvelles étiquettes, les consommateurs privilégiaient les pneus à faible consommation, sans tenir compte de l’aspect sécuritaire? «L’argument du prix est certes important au moment de l’achat, admet Anton Keller. Il faut garder en tête que la sécurité a un certain coût et qu’il n’est pas judicieux d’économiser quelques dizaines de francs sur un pneu alors qu’on investit plusieurs dizaines de milliers de francs dans un véhicule. Lors de notre test, nous constatons régulièrement que les produits très bon marché sont de mauvaise qualité et présentent des lacunes importantes au niveau de la sécurité. Par contre, les grandes marques, qui investissent dans la recherche, obtiennent généralement des résultats satisfaisants. Même si nos tests révèlent quelquefois des surprises.»

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: Konrad Beck