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21 septembre 2015

L’expert qui fait parler les... objets

Raphaël Chevrier est expert en antiquités: il vérifie l’authenticité et apprécie la valeur des meubles et objets d’art. Et c’est en cette qualité de spécialiste et de conseiller que ce Valaisan officiera ce week-end lors de la 41e édition de la Brocante du Landeron (NE).

Raphaël Chevrier photo
Raphaël Chevrier ausculte les objets comme le ferait un médecin généraliste.

En poussant la porte du cabinet de Raphaël Chevrier, l’on s’attendait à voir un expert en antiquités chenu, poussiéreux et taiseux. Un peu à l’image des meubles et objets d’art que ce dernier côtoie au quotidien. La surprise a donc été de taille lorsqu’on s’est retrouvé face à un jeune homme propre sur lui, fringant et au sourire avenant. Avec quand même un petit quelque chose de décalé dans l’attitude. «J’ai toujours été quelqu’un d’un peu à part», reconnaît-il.


Ce trentenaire un brin dandy réajuste ses lunettes à fines montures métalliques avant de poursuivre: «Je suis esthète dans la tête, j’aime ce qui est beau, cher et atypique.» Une qualité que ce Sédunois a héritée de son père. «Il adore l’art. Avant sa retraite, il profitait de ses déplacements professionnels – il était technicien dentiste et représentant en matériel dentaire – pour rencontrer d’autres collectionneurs, des marchands aussi et évidemment pour écumer les salles de vente. C'est là qu’il trouvait son plaisir, dans la recherche d’objets rares.»

La révélation loin des bancs d’école

Très vite, ce papa voyageur a entraîné son fiston dans ses pérégrinations aux quatre coins de l’Europe.

Dès que j’ai eu 8 ans, il m’a pris avec lui. Je me souviens qu’il me répétait toujours: “Tu t’assieds, tu regardes, tu écoutes et tu ne touches à rien!”, rigole notre hôte.

Maintenant, c’est moi qui me déplace, qui examine les objets et qui les commente.» C’est ainsi que son géniteur lui a transmis sa passion. Passion qui est devenue ensuite sa profession. Mais ne brûlons pas les étapes...

«Mon parcours est atypique, pas du tout académique», note Raphaël Chevrier. Lui qui s’étiolait sur les bancs d’école («Je m’y ennuyais terriblement parce que je n’étais pas stimulé intellectuellement.») effectue à l’adolescence plusieurs stages dans des maisons et salles de vente réputées de Zurich et Londres. C’est la révélation, l’épanouissement! «Dans cette branche, on découvre toujours de nouvelles choses. C’est un monde parfait pour une éponge comme moi qui a une soif inextinguible de savoir et qui l’absorbe avec beaucoup de facilité.»

Son métier, ce Valaisan l’apprend donc sur le tas avec comme moteur son insatiable curiosité et comme réseauteur son incontournable paternel. Au fil du temps, il accumule les expériences et enrichit son bagage jusqu’à avoir une excellente maîtrise de sa discipline.

Il y a les connaissances acquises avec les années et puis un feeling aussi.»

Pour illustrer son propos, il caresse du regard et de la main un meuble ancien.

«On repère des détails infimes comme le toucher d’un artisan, la finesse d’un travail… Autant d’indices qui nous permettent de faire parler les objets.»
L’affaire résolue, l’expert doit encore annoncer la bonne ou la mauvaise nouvelle à ses clients. Deux cas extrêmes lui reviennent en mémoire: «Dans le premier, il s’agissait d’une vieille horloge que ses propriétaires jugeaient sans intérêt, alors que c’était une pièce de l’Empire russe en partie manufacturée dans l’atelier Fabergé.

Et dans le second, c’était un homme qui avait la certitude de posséder un tableau de grande valeur et qui a déchanté lorsque je lui ai dit qu’il n’avait entre les mains qu’une vulgaire reproduction, qu’une simple page de calendrier encadrée.»

Aujourd’hui à la tête de son propre cabinet d’expertise, Raphaël Chevrier travaille sur des mandats très variés: estimations pour des assurances, des tribunaux et des particuliers, inventaires et gestion de collections pour des privés et des musées, et surtout successions. «Je suis comme un médecin généraliste. Les gens viennent me voir pour que je leur donne un premier avis. Et si le cas s’avère particulier – par exemple, si j’ai un Renoir à ausculter, ce qui est déjà arrivé –, je n’hésite pas à les adresser à un spécialiste pour avoir une certitude.»

Texte © Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Mathieu Rod