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31 août 2014

L’harmonie selon Voxset

Dans deux semaines, le groupe a cappella présente pour la première fois «Vox Appeal». Un show dans lequel la voix est magnifiée par une scénographie originale et décalée.

Le groupe vocal voxset
Sur scène, le groupe a cappella Voxset présente une véritable performance.
Le groupe vocal Voxset en pleine répétition.
Le groupe vocal Voxset en pleine répétition.

Claude, il faut que tu sois extrêmement ému à la fin de la chanson. Allez, tends ton micro en titubant: c’est ton offrande au public.» Nous sommes dans la salle communale de Chavannes-près-Renens, où le groupe Voxset répète avec acharnement depuis début août. Claude, alias Caféclope, est en train d’interpréter le titre phare de Stromae, Formidable. C’est la première fois qu’il abandonne sa fonction de beatbox humaine pour devenir chanteur, et on le sent encore hésitant sur la manière d’inviter les spectateurs à reprendre le refrain. «Pour faire participer le public, il faut que tu y croies et ça marchera», martèle le metteur en scène Benjamin Knobil. – «Mais je suis tellement dégoûté du monde que ça me fait bizarre!» réagit Claude qui tient visiblement à incarner son personnage jusqu’au fond des tripes.

Un spectacle d’une dimension nouvelle

C’est là justement toute la force de Voxset: interpréter ses titres a cappella avec une touche tellement personnelle et tant d’intensité que le public en oublie la version originale. Pour leur nouveau spectacle, Vox Appeal, dont la tournée débutera le 12 septembre au Théâtre de Beausobre à Morges, les sept musiciens – quatre voix féminines: Lauranne, Annick, Tania et Joanne, et trois voix de beatboxes et basse masculines: Mister B., Caféclope et Frelon vert – ont d’ailleurs décidé d’aller encore plus loin dans l’adaptation.

«Nous avons fait évoluer nos personnages, ils seront moins caricaturaux, explique Bernard Jaquier, alias Mister B., créateur, arrangeur et manager du groupe. Voilà six mois qu’on travaille comme des fous pour proposer un spectacle qui aura une toute nouvelle dimension. Là, il ne nous reste plus que quelques semaines pour tout mettre au point.»

«Il faut que ce soit plus spectaculaire»

La répétition continue, sous l’œil acéré de Benjamin Knobil et avec l’oreille attentive de l’ingénieur du son Fabien Ayer: medley d’Abba que le groupe a scénarisé en le transformant en histoire d’amour malheureuse, discussion animée autour de la synchronisation des gestes et du rythme de Money, money, money – «Il faut que ce soit plus spectaculaire, ça donnera plus de dynamisme» – et des mouvements exacts à effectuer – «Lauranne, tu es la «dancing queen», il faut réviser ta fièvre du samedi soir et faire des gestes plus grands.» Tous les niveaux sont passés au crible, de la parole – «Joanne, n’oublie pas que tu chantes en anglais. Là, je vois que tu dis: «Oh non, pas moi.» Si je le vois, quelqu’un dans la salle le verra aussi!» – à la moindre mimique – «Tania, tu as oublié de faire la moue en ouvrant grand les yeux, façon minette enamourée.»

Avec un leitmotiv: «On est où, là? Dans quel théâtre? A-Beau-sobre! Vous êtes les metteurs en scène du plateau, il faut sentir l’espace et prendre l’habitude de l’occuper totalement.» «Ouh, c’est crevant, n’empêche!» gémit Lauranne, les joues rosies par l’effort, en s’affalant par terre.

A découvrir en vidéo: «Grüezi wohl Frau Stirnimaa» interprété lors des Swiss Awards 2013 (source: Youtube)

Travail scénique poussé à l’extrême

C’est en les observant qu’on réalise le travail titanesque qu’exige la préparation d’un nouveau spectacle. Le moindre détail a été pensé et est maintenant répété interminablement et filmé en vidéo, puis analysé, pour obtenir la perfection.

La voix reste certes sur le devant de la scène, mais elle est magnifiée durant cette nouvelle tournée par une théâtralité que le groupe n’avait qu’effleurée jusqu’à présent. «Pour écouter Voxset, on achète un CD, explique Benjamin Knobil. Mais les gens viennent pour voir Voxset, il faut donc quelque chose en plus, et c’est ce scénique qu’on travaille.» Son astuce? Ainsi qu’il l’explique aux sept artistes attentifs: «C’est l’incongru, le décalage, qui relève le tout comme un condiment.»

Le show intègre donc cette fois-ci des pointes d’humour irrésistibles. En témoigne par exemple la chanson de Queen Bicycle Race, où tous tanguent et zigzaguent sur scène, avant de tomber les quatre fers en l’air. Conseil du metteur en scène: «Il faut en faire des kilos au premier degré. Plus vous en ferez au premier degré, plus le public le verra au second degré. Mais si vous, vous faites du second degré, ça ne jouera pas.»

Bâillements dans la salle. Voilà sept heures que tous travaillent et la fatigue se fait sentir. «La répétition est longue, mais il faut tenir et vous habituer à cette énergie. Car ce sera la même sur scène», remarque le metteur en scène. Allez, encore Glory Box de Portishead: «Bon, c’est très bien, il nous reste vingt chansons à préparer, maintenant…»

Demain, le groupe attaquera son medley James Bond. Il lui reste deux semaines avant le début de sa tournée. La première à Beausobre est déjà complète, mais les autres dates de concert s’enchaînent ensuite, permettant à chacun de chanter en chœur Formidable avec Caféclope. Et de découvrir Voxset comme on ne l’avait encore jamais entendu – ni vu.

© Migros Magazine - Véronique Kipfer
Photos: Pascal Mayland

Auteur: Véronique Kipfer