Archives
20 octobre 2014

L’homme à l’œil de lynx

Naturaliste-photographe de Franche-Comté, Didier Pépin a passé dix ans sur les traces du légendaire félin. Une passion dévorante qui se feuillette dans un bel ouvrage et s’expose. prochainement à Morges

Portrait de Didier Pépin dans la forêt, avec ses jumelles
Didier Pépin ne quitte que très rarement ses jumelles.

Une vie, une passion. Didier Pépin, biologiste installé dans le Haut-Doubs (F), fait partie de ces êtres dont le quotidien se trace à la gouge, en ligne droite dans le bois clair du temps. Le regard gris perlé, une barbe qui se densifie avec l’hiver, sûr qu’il respire mieux à l’extérieur. En pleine nature, quelque part dans les hêtraies et les grands ciels du massif jurassien.

C’est là qu’il arpente, qu’il observe, qu’il affûte. Son regard, ses jumelles, sa patience. Parfois pour quelques minutes après le travail, parfois pour plusieurs heures sous la pluie ou sous la neige. Et, depuis dix ans, juste pour l’urgence d’une rencontre: le lynx. «Depuis que je l’ai vu, le 8 mars 2003, j’ai été envoûté par cette bestiole.

Tous les ans, aux premiers flocons, je pars voir s’il est là. C’est un besoin vital. Il a transformé ma vie.»

Une rencontre qui s’est répétée quarante-quatre fois en dix ans. Chassé-croisé, jeux de piste, face-à-face inespérés. Comme autant d’instants privilégiés avec cette âme de la forêt qu’il qualifie de «récompense suprême». Et dont il a immortalisé le passage. «Je suis avant tout un naturaliste. La photo n’est pas un but en soi, mais un prétexte, qui me permet de partager ensuite ces moments d’émotion», aime-t-il à répéter.

Des photos sensibles, inédites, givrées de poésie à découvrir en grand format, du 24 au 26 octobre 2014 à Morges, au festival de La Salamandre. Mais aussi en livre,
«La forêt du lynx», pour prendre le temps de savourer les pages.

Une journée avec Didier Pépin

06 h 45: petit déj'
«J’aime me lever tôt. J’en profite pour me mettre à l’ordinateur, préparer mes cours ou mes conférences. Je ne bois jamais de café, plutôt du thé ou du jus de pomme maison. Je consomme local, c’est dans ma philosophie.»

Didier Pépin en train de boire du jus de pommes sur sa terrasse tout en travaillant sur son ordinateur portable.
Didier Pépin est un lève-tôt.

7 h 30: à l’affût

«Il faut se mettre à l’affût tôt le matin ou tard le soir, parce que ça correspond au rythme des animaux. Je peux passer trois heures au même endroit. Mon plus long affût a duré neuf heures. Parfois, on ne voit rien, on n’entend rien. Mais c’était bien quand même!»

Didier Pépin à l'affût, au bas d'un rocher et derrière un petit sapin.
Pour maximiser les chances de rencontre, il faut s'adapter au rythme des animaux.

11 h 40: ses chers voisins agriculteurs
«J’ai beaucoup de respect pour Jean-Luc et Brigitte, des voisins qui sont devenus des amis. Ils me rendent énormément de services, on coupe notre bois ensemble et je leur donne des coups de main à la ferme. Je suis content de leur offrir mon livre, parce qu’ils sont sensibles à la nature.»

Didier Pépin en compagnie de ses voisins Jean-Luc et Brigitte, en train de feuilleter son livre.
Didier Pépin en compagnie de ses voisins Jean-Luc et Brigitte.

17 h 00: racines anciennes
«Marre de la malbouffe! Alors, ma femme et moi, on s’est mis au potager. On cultive pommes de terre, haricots, choux, tomates, courgettes, framboises, poires, dont on fait conserve et confiture pour toute l’année. Je rêve même d’installer un poulailler et peut-être d’avoir un cochon! C’est un vrai plaisir de bichonner son jardin.»

Didier Pépin en train de s'occuper de ses légumes.
Didier Pépin profite pleinement de son propre potager.

20 h 00: tapis vert
«J’ai racheté le billard d’un voisin qui a déménagé. J’adore ça! C’est un jeu convivial qui colle bien à ma personnalité. Il faut de l’adresse, être fin, précis... On joue le soir entre copains, en famille, mais il m’arrive aussi de faire des parties tout seul!»

Texte: © Migros Magazine - Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Guillaume Mégevand