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19 mars 2012

L’homme qui fait parler la poudre

Tout l’art des explosifs exposé dans un lieu insolite: le Musée de la pyrotechnie à Corbeyrier (VD). L’œuvre d’un passionné, Martial Baudin.

Martial Baudin
Le Musée de Martial Baudin fait la part belle à tout l'arsenal pétaradant des explosifs, feux de Bengale, marrons d'air, grenades fumigènes et bombes remplies de poudres multicolores.

Il faut remonter les cols de veste pour entrer dans la poudrière. Une enfilade de couloirs à 12°C, tracés dans le gneiss et la pénombre humide, pour une surface totale de quelque 7000 m2. Bienvenue dans le fort de Champillon, sur la route de Corbeyrier (VD).

C’est là que Martial Baudin, artificier professionnel, a installé sa base, dix-sept tonnes d’explosifs, et un musée dédié à la pyrotechnie. De quoi plonger dans l’univers des molécules détonantes et remonter toute l’histoire de la poudre noire, de sa découverte par les Chinois au VIIe siècle jusqu’à son application dans la conquête spatiale, en passant par les airbags.

Un dédale qui fait la part belle à tout l’arsenal pétaradant des explosifs, feux de Bengale, marrons d’air, grenades fumigènes. Et surtout les bombes, sphères remplies de poudres multicolores, que les artificiers glissent dans les mortiers pour inventer les bouquets festifs.

Les feux d’artifice nous font partir dans l’infini de l’espace.

Martial Baudin est dans son élément. «Mon rêve aurait été d’être physicien.» A 12 ans déjà, il ramasse des cailloux dans les champs pour en extraire des morceaux de quartz et de pyrite. Boutique, dans son petit laboratoire, des mélanges de poudre à pétard. Jusqu’à l’embrasement volcanique dans un flacon de verre qui a failli mettre le feu à la maison.

Un trou dans la moquette et une gifle plus tard, il enchaîne avec un apprentissage d’électricien, un passage dans la compétition de motocross et un détour par le business de la nutrition sportive. Un parcours de plusieurs vies, mais sans jamais lâcher la mèche. Devenu président de l’Association suisse des artificiers, Martial Baudin continue de préparer du rêve pour les grandes occasions. «Les feux d’artifice sont éphémères, mais accompagnés d’une musique adéquate, ils nous font partir dans l’infini de l’espace.»

Les Maldives, petit paradis sur mer. (Photo: Stockfood)
Les Maldives, petit paradis sur mer. (Photo: Stockfood)


Mon lieu de ressourcement

«Pour me ressourcer, j’ai besoin d’être hors d’atteinte. Alors je pars assez loin. Depuis plusieurs années, je pratique la plongée aux Maldives. C’est le paradis comme je l’imagine.»

Sainte-Barbe, patronne des mineurs et des artificiers.
Sainte-Barbe, patronne des mineurs et des artificiers.


Mon porte-bonheur

«C’est une statuette de sainte Barbe, la patronne des mineurs et des artificiers. Elle m’a été offerte par un ami démineur belge le jour de l’inauguration du musée. Je vais la mettre dans une niche du tunnel, derrière une vitrine. Elle va servir à protéger le fort. Voyez: j’ai toujours mes dix doigts!»

L'allumeur pyrotechnique d'une fusée Ariane.
L'allumeur pyrotechnique d'une fusée Ariane.


Ma fierté

«On a réussi à obtenir de la part du motoriste des fusées Ariane des pièces uniques: les allumeurs pyrotechniques. Ils sont exposés au musée avec une reproduction du moteur Vulcain d’Ariane 5.»

Ma passion

«Artificier, c’est un métier passion. Ce qui m’intéresse, c’est la vitesse de ­détonation, comprendre comment ça fonctionne sur le plan physique. Je vais chaque année en Chine pour choisir les meilleures poudres.»

Une pièce du musée est consacrée au moine et chimiste allemand Berthold Schwarz.
Une pièce du musée est consacrée au moine et chimiste allemand Berthold Schwarz.

Mon héros

«Berthold Schwarz, un moine et chimiste allemand du XIVe siècle, est une figure emblématique dans l’histoire de la poudre à canon. Il serait un précurseur de la formulation exacte de la poudre noire en Occident. Je lui ai consacré une pièce dans le musée.»

Le foie gras, irrésistible délicatesse. (Photo: Stockfood)
Le foie gras, irrésistible délicatesse. (Photo: Stockfood)

Mon péché mignon

«Le foie gras! Je l’ai véritablement découvert chez Carlo Crisci, à Cossonay, qui est devenu un ami. J’aime le foie gras poêlé, accompagné d’un Chasselas d’Yvorne. Je n’attends pas Nouvel-An pour en manger!»

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens