Archives
6 mai 2013

L’homme qui parlait aux arbres

Nouveau directeur du célèbre Arboretum d’Aubonne, Pascal Sigg connaît l’endroit depuis l’enfance. Et s’en émerveille toujours.

Pascal Sigg
Pascal Sigg: «Chaque saison a son charme ici.»

Pascal Sigg porte le nom des gourdes suisses célèbres. «Mais rien à voir, en fait, c’est un patronyme très courant outre-Sarine», sourit cet originaire de Zurich né à Nyon. A 35 ans, il reprend les destinées de l’Arboretum d’Aubonne (VD). Un joli défi pour ce jeune père de famille très nature qui prend le relais du gérant historique des lieux, Jean-Paul Dégletagne, resté en place depuis plus de quarante ans.

Amoureux des plantes et des arbres depuis toujours, Pascal Sigg avoue cependant en avoir fait son outil de travail presque par hasard. «J’adore le graphisme et m’étais inscrit à l’Ecole des arts appliqués de Vevey. Mais j’étais hors délai. Il ne restait plus que l’école d’horticulture.» Après quatre ans du côté de Lullier (GE), il enchaîne trois ans et demi d’école d’ingénieurs HES pour devenir ingénieur agronome.

Et l’Arboretum? «Petit, on venait s’y promener en famille.» Mais surtout, il y effectue son service civil en 2003. Chargé de développer un outil de gestion pour le recensement de toutes les plantes du parc, il est resté depuis membre de la commission technique, qui doit aider le gérant (désormais, c’est donc un directeur) dans la création de nouvelles collections.

Lorsque commence à approcher l’heure de départ en retraite de «l’historique» Jean-Paul Dégletagne, c’est tout naturellement que Pascal Sigg se propose. Et se voit choisi.

Unique en Suisse par son orientation spécifique sur les plantes ligneuses, ce vaste jardin botanique de 150 hectares est né d’un vieux rêve d’une équipe de passionnés, concrétisé dans le contexte de la construction de l’autoroute Lausanne-Genève, en 1968. «Le chantier a occasionné la coupe de beaucoup de forêts qui devaient recevoir des compensations écologiques.»

Quelque 3000 espèces recensées dans le vallon

Riche en réserves naturelles et autres parcs publics, la Suisse manque alors encore d’une belle collection dendrologique comme on peut en admirer en Angleterre ou dans plusieurs pays voisins. Pascal Sigg:

Il faudra beaucoup de bénévolat et de nombreux donateurs pour aboutir à l’Arboretum tel qu’il se présente aujourd’hui

La moitié des 150 hectares appartient de manière inaltérable à la Fondation de l’Arboretum national d’Aubonne, sa gestion étant laissée aux mains d’une association chargée également de son développement. Quelque 3000 espèces d’arbres sont recensées dans ce vallon, et de nouvelles sont régulièrement testées.

Un musée donne beaucoup à lire dans un espace restreint. Ici le visiteur a beaucoup à regarder au gré de sa balade, libre et gratuite. Le nouveau directeur veut d’ailleurs renforcer l’aspect didactique avec de nouveaux panneaux mais sans pour autant devenir trop savant.

Le but n’est pas de disposer trois explications devant chaque arbre, juste de permettre au public de bien comprendre ce qu’il voit.

Jusqu’à 100 000 personnes visitent déjà l’endroit chaque l’année, venant non seulement de la région mais aussi de l’ensemble de la Suisse romande.

Ouvert toute l’année, l’Arboretum reçoit naturellement davantage de monde durant les beaux jours et la fréquentation s’avère forcément dépendante de la météo. Nul doute qu’à moins d’un été aussi pourri que cet hiver, 2013 fera encore mieux que les années passées.

Pascal Sigg compte bien tout mettre en œuvre pour sublimer ce petit paradis.
Pascal Sigg compte bien tout mettre en œuvre pour sublimer ce petit paradis.

Pascal Sigg compte bien tout mettre en œuvre pour sublimer ce petit paradis, commençant déjà par faire profiter les nouvelles affiches et brochures de ses talents de graphiste.

«Comme mon poste ne correspond plus seulement à celui de gérant mais bien de directeur, il y a aussi la recherche de fonds et de nouveaux partenaires», car l’équilibre financier de l’endroit reste fragile malgré le soutien du canton, de plusieurs communes, d’entreprises et de particuliers.

D’ailleurs tout cela serait impossible sans une formidable équipe de bénévoles – près d’une centaine – qui permettent à l’aventure de perdurer.

Thème de cette année? L’eau bien sûr, puisque 2013 est placée sous le signe du précieux élément. Ce qui n’empêche pas qu’en matière de pluie, le ciel peut attendre…

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Mathieu Rod