Archives
29 juin 2015

«L’idée m’est venue spontanément»

Les célèbres glaces Midor ornées d’un phoque fêtent leurs 40 ans. A cette occasion, «Migros Magazine» a rencontré Hans Uster, le collaborateur Migros qui a imaginé cet emballage intemporel.

Hans Uster à son bureau, chez lui
Hans Uster, 86 ans, a dirigé le département Emballages de Migros de 1966 à 1991.

Hans Uster, comment expliquez-vous le succès de l’emballage de glace que vous avez dessiné il y a maintenant quarante ans?

Franchement, je ne sais pas (sourire amusé). J’ai dessiné les différents motifs dans la même matinée, tout simplement.

Le processus de création semble très facile pour vous...

L'emballage de la glace vanille avec le phoque sur fond bleu.
Un emballage légendaire!

Oui, l’idée m’est venue spontanément. A l’époque, je dessinais beaucoup pour mes enfants. C’était le temps des premiers dessins animés de Walt Disney mettant en scène des animaux. Pour ces motifs, je n’ai pas tergiversé longtemps, j’ai privilégié la simplicité. D’autres emballages m’ont pris plus de temps, et il m’arrivait de retoucher mes ébauches. Ce métier était alors un véritable artisanat: il fallait dessiner, découper, coller…

Auriez-vous aimé être graphiste à l’époque du numérique?

Bien sûr! Maintenant, tout est beaucoup plus facile et efficace. Il suffit d’un clic pour que tout ce qui est bleu devienne rouge. C’est le rêve!

Vous avez beaucoup écrit sur votre travail de graphiste, mais curieusement, vous n’avez pas évoqué les emballages des bâtonnets glacés.

C’est vrai. Pour moi, c’était tout à fait anecdotique, un simple travail parmi d’autres.

Au cours des vingt-cinq années passées à Migros, j’ai dessiné près de mille emballages et lancé de nombreuses marques.

Nous avons également imaginé tout le visuel des lignes de cosmétiques comme Jana ou Zoé ou encore complètement transformé le design des véhicules réfrigérés.

De quoi êtes-vous le plus fier?

La meilleure idée que j’ai eue était un emballage pour des baies congelées: il montrait un fruit unique en très gros plan sur fond blanc. C’était complètement nouveau pour l’époque et le produit a fait un tabac. Cette innovation a d’ailleurs été primée.

Le marketing avait donc conscience de l’importance du visuel?

Et comment! A Migros, c’était même le chef qui s’occupait des emballages. Pierre Arnold, alors directeur du marketing, puis patron de Migros, présidait en personne la commission ad hoc. C’est sous son égide que s’est répandue l’habitude de consacrer le recto de la boîte au graphisme et le verso à l’information, un principe encore appliqué aujourd’hui.

On dit pourtant qu’au début, Gottlieb Duttweiler était plutôt partisan des emballages sobres.

C’est vrai. Dans un premier temps, Gottlieb Duttweiler se montrait très réservé vis-à-vis des emballages colorés et tapageurs. Il aurait cependant changé d’avis à l’ouverture du premier magasin self-service, en 1948. Il voulait que l’emballage donne envie aux clients d’empoigner le produit.

Est-ce que les emballages Migros actuels vous plaisent?

Beaucoup d’entre eux me semblent trop sages. Ceux des articles M-Budget sont très réussis, tout comme ceux de la gamme Sélection: ils sont simples, visibles et percutants.

Qu’est-ce qui vous a amené à dessiner pour Migros?

Après avoir suivi des études à l’Ecole des beaux arts de Zurich (lien en allemand ou en anglais), j’ai travaillé pendant quelques années pour une agence, d’abord en tant qu’employé, puis comme indépendant. Je dessinais en parallèle les couvertures de certains livres Ex Libris, et il m’arrivait déjà d’effectuer des travaux pour Migros. Ensuite, l’enseigne m’a proposé le poste de responsable du département Emballages, une offre qui ne se refusait pas. Je l’ai occupé pendant vingt-cinq ans, jusqu’à mon départ en retraite en 1991. Je ne l’ai jamais regretté.

Vous travaillez toujours?

Bien que j’aie été opéré de la cataracte, je vois encore relativement bien, et mes mains ne tremblent pas. C’est un privilège! Il m’arrive encore de dessiner à des fins privées, notamment des bandes dessinées et des illustrations pour mes histoires et mes poèmes préférés.

Votre maison zurichoise ressemble à une petite galerie d’art. Toutes ces œuvres sont-elles de votre main?

Certaines, oui. C’est le cas des objets en terre cuite, que j’ai confectionnés il y a déjà longtemps, et de quelques-unes des toiles.

Encore une question: mangez-vous vos créations?

(Rires). Non! Je n’apprécie pas du tout la vanille. Je préfère de loin les sorbets aux fruits et les tartes glacées de Migros…

Photographe: Sophie Stieger